Toxic Hell
10. Ultimatum
Hena
Un hurlement s’étouffe dans ma gorge. La main de Nasser attrape mon tee-shirt et il me retient avant que je ne tombe dans le vide. Mes doigts s’agrippent à son bras, mes griffes s’enfonçant profondément dans sa peau au passage.
– Ne m’insulte plus, me menace-t-il.
Mon cœur sort de ma poitrine et je hoche précipitamment la tête. Il me tire un peu plus et je me redresse, vivante, sur le sol.
Mon Dieu ! Quel putain de psychopathe !
Je reste immobile, une bordée d’injures au bord des lèvres. Je suis à deux doigts de lui sauter dessus pour l’étrangler. Il s’éloigne pour récupérer une bouteille d’eau et se laisse tomber sur le canapé avec un petit rire exaspéré.
– Non, mais c’est qui, cette garce ? se demande-t-il à voix haute.
Il passe une main dans ses cheveux. Je rêve de les arracher à cet instant. Je prends sur moi – temporairement.
– Qu’est-ce que tu veux dire par travailler pour toi ?
Il laisse passer quelques secondes, buvant plusieurs gorgées d’eau.
– Je veux que tu voles pour moi.
Je crois avoir mal entendu. Je ne pensais pas que la situation pouvait encore s’aggraver. Je sais que je devrais rester calme, mais au diable la maîtrise de soi. Je préfère sauter moi-même dans la foule plutôt que ne rien dire.
– Tu plaisantes ? Jamais de la vie !
Il pousse un soupir irrité, ses yeux me sondant.
– Pourquoi ? T’es douée, non ? Je t’ai vue à l’œuvre. Tu vas voler pour moi pendant que je serai en train de combattre.
Je secoue la tête et serre les poings.
– Tu crois sincèrement que je vais commettre un délit pour toi ? Absolument pas.
– Alors, les flics viendront te trouver pour les vols que tu as déjà commis et dont j’ai la preuve. Et je veux que tu me rembourses immédiatement mes quatre cents balles.
Je mords ma lèvre si fort que je peux presque sentir le goût de mon sang. Je suis tellement furieuse, putain !
– Tes menaces ne fonctionnent pas. Je pourrais balancer aux flics ce qui se passe ici. Je suis sûre qu’ils seront ravis d’apprendre que tu viens d’exploser la tête d’un homme.
Il hausse les épaules, nullement inquiet.
– Cet endroit m’appartient. Donc, c’est une soirée privée, sur ma propriété. Personne ne va entrer ici. Et les flics me relâcheraient rapidement. Je leur suis trop utile.
Utile ? Utile à quoi ? Je ne sais pas, mais son visage annonce qu’il ne ment pas. Je suis prise au piège. Il se lève et s’avance vers moi lentement – trop lentement à mon goût.
– Tu peux refuser, partir et me rembourser maintenant. Mais je finirai sûrement par te balancer, de toute manière. Ou tu peux accepter de bosser pour moi. Te faire de l’argent facile. Développe ce petit talent que tu caches précieusement.
– Je ne veux pas de cette vie, murmuré-je. Les derniers mois n’ont pas été faciles. J’ai juste envie d’un peu de paix.
– Je lis les journaux, trésor. Mais ça ne change rien. Je m’en moque.
Oui, il est au courant que j’ai été retenue dans une secte aux habitudes douteuses. Mais il ne connaît pas mon histoire. La véritable histoire.
– C’est mort !
– Alors, pars, marmonne-t-il avec colère. Tu as le choix, Hena. On a toujours le choix. Mais ne me fais pas perdre mon temps, trésor.
Cette fois, il m’a appelée Hena. Je reste de longues secondes à ne rien dire.
– Non. On a pas toujours le choix. Et arrête de m’appeler « trésor » ! craché-je. Je croyais que les trésors ne ressemblaient pas aux garces dans mon genre.
Un long silence s’installe entre nous. Il y a une lueur calculatrice dans son regard, et ça ne me plaît pas du tout. Je me tourne à nouveau vers la foule. Je veux réfléchir. Je dois peser le pour et le contre.
– À quoi servent les écrans et les caméras ? demandé-je pour gagner du temps.
Il sait ce que je fais, mais il répond quand même.
– À diffuser les combats. À recevoir les paris extérieurs.
– Ils sont diffusés où ?
– Sur le 1 Dark Web. Et je récupère l’argent de divers paris directement dessus.
Le Dark Web ? Bien sûr, j’en ai entendu parler, mais je ne me suis jamais risquée à m’y rendre. Apparemment, ce n’est pas le cas de Nasser et de ses spectateurs. Je m’apprête à lui donner enfin ma réponse lorsque je vois un visage familier traverser la foule. Je fronce les sourcils et pousse un juron.
– Karl ?! m’exclamé-je.
Je cours vers l’escalier comme une furie.
Qu’est-ce que mon frère fait ici ?!
J’entends les pas de Nasser dans mon dos. Il se demande sans doute pourquoi je me barre. Je l’entends m’appeler plusieurs fois, mais je l’ignore, cherchant mon frère une fois en bas. Mais Karl n’est plus là.
Putain !
Je gagne difficilement l’extérieur, mais je ne le vois toujours pas. Il s’est volatilisé.
La voix de Nasser claque derrière moi.
– On a pas terminé notre conversation. Je veux une réponse.
– Putain, mais fous-moi la paix ! Attends une minute !
Mes yeux scannent les entrepôts extérieurs, mais il n’y a personne.
– Quoi ? grommelle Nasser, perdu.
Il s’approche de moi, mais je lève les mains dans sa direction.
– Tu n’as aucune foule dans laquelle me jeter maintenant. Reste loin de moi, lui ordonné-je avec rage.
Il hausse les épaules.
– C’est toi qui es venue à moi, trésor. Même si je t’ai dit de venir, tu aurais pu refuser, mais tu es ici. Il y a même de quoi satisfaire tes désirs cachés.
– Mes désirs cachés ?
Un sourire de connard étire ses lèvres.
– Qui sait ? Tu pourrais prendre de nouvelles habitudes loin de ta vie de merde de ces derniers mois.
Je sens des envies de meurtre me traverser. J’ai tant de rage en moi ! Je ne réfléchis plus à rien. Je me baisse, récupère une pierre et l’envoie dans sa direction, ne pensant même pas aux conséquences de mon acte.
Nasser se décale et l’évite de justesse. Le choc s’inscrit sur son visage.
– Je n’ai jamais vu un aussi gros connard de ma vie !
Je cours vers ma voiture. Je verrouille les portières une fois à l’abri derrière le volant. Nasser s’empresse de me rejoindre, le regard meurtrier. Mais il m’a cherchée ! Alors, il m’a trouvée. Il pose la main sur la vitre, son visage se penchant vers moi. Je crie pour qu’il m’entende :
– Une fois. Je volerai une seule fois pour toi. Après, on sera quittes et je ne veux plus jamais voir ta sale gueule, Hell !
Je mets le contact et démarre en trombe, manquant de lui écraser les pieds. Sa main frappe la carrosserie, mais déjà je m’éloigne, priant pour retrouver Karl sur la route.
1. Le Dark Web, aussi appelé Web clandestin ou encore Web caché, est le contenu de réseaux superposés qui utilisent l’Internet public, mais qui sont seulement accessibles via des logiciels, des configurations ou des protocoles spécifiques. Le Dark Web est surtout connu pour des usages illégaux, comme le trafic de drogues ou de marchandises illicites.
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