Toxic Hell
27. Mentir à soi-même
Hena
Une seconde, nos lèvres se défient. La seconde suivante, sa bouche se plaque contre la mienne. Ça commence doucement, mais ça me terrasse rapidement. Ses mains se posent à l’arrière de ma tête. Nasser dévore littéralement ma bouche. Et il ne mentait pas. Il ne reste rien de moi.
Il ne reste rien à moi.
Chaque parcelle de mon corps entre dans la danse et tente de suivre ses pas. Mais la valse est trop rapide. Trop séductrice. Ma langue combat la sienne. Elles se caressent, se cherchent, se dévorent. Et, moi aussi, je ne laisse rien de lui.
Il n’y a plus rien de lui. Il n’y a plus rien de moi.
Il n’y a qu’un nous explosif et déchaîné.
Ses doigts agrippent mes cheveux. Les miens s’enroulent autour de sa nuque. Un grognement rugit dans sa poitrine. Il attire mon corps contre le sien, m’installant à califourchon sur ses jambes. Ma poitrine se plaque contre son torse. Mon cœur bat follement, en rythme avec le sien. Nous sommes brûlants.
C’est trop. Trop. Trop.
Boom ! Déconnexion. Vrillage du cerveau. Je perds les pédales et je me perds moi-même. Où est la sortie ? Quelle est la direction à prendre ? Comment récupérer les parcelles de moi que je suis en train d’offrir librement à cet homme dangereusement séduisant ?
Je romps brutalement le baiser, le souffle court. Mes lèvres sont gonflées tant elles ont été baisées. Une faim dévorante et obsédante traverse le regard de Nasser. Le cocon se brise et je reprends le contrôle de mon corps avant qu’il ne soit trop tard. Je me redresse maladroitement, les jambes en coton.
– T’avais dit qu’on était amis !
Toujours assis, Nasser m’observe, parfaitement calme. Je vois son érection qui tend le tissu de son jean.
– Les amis ne s’embrassent pas, putain, craché-je en passant une main dans mes cheveux.
Je panique, et je ne sais même pas pourquoi. Je perds mes moyens.
– J’ai menti, rétorque Nasser. Nous ne sommes pas amis.
– Putain de menteur !
– Bien sûr que nous ne sommes pas amis. Pas alors que tu es là, brûlant pour moi. Tes lèvres appelaient les miennes, bordel ! Bien sûr que nous ne sommes pas amis, pas quand tu sembles me vouloir autant que je te veux ! hurle-t-il dans la nuit.
Je vois le faisceau d’une lampe torche arriver vers nous. Le gardien du parc semble avoir réalisé que des étudiants étaient venus en douce.
– Mais tu veux savoir la vérité ? continue Nasser en se relevant, puis en s’approchant de moi. T’es aussi en train de mentir à toi-même, trésor. Je ne suis pas le plus gros menteur de nous deux. Maintenant, tire-toi.
– Va te faire mettre. Et regarde bien sous ton lit avant de te coucher, Hell, parce que je serai certainement cachée dans ton trou à rats, attendant patiemment que tu fermes les yeux pour te trancher la gorge.
Mon insulte le fait rire. Mais c’est un rire moqueur, acéré. Je récupère mes affaires et m’enfuis avant que le gardien ne mette la main sur moi, les autres étudiants en faisant de même autour de nous.
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