Toxic Hell

Anita Rigins · Chapitre 37 sur 65

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Toxic Hell

33. Retrouvailles non voulues

 

Nasser

 

Mes poings percutent le sac de frappe en continu. Le pied du sac vacille à chaque fois que ma jambe le heurte. Mes muscles me font souffrir, mais je les ignore. La douleur me fait du bien. Elle me stimule. Elle m’oblige à m’améliorer, jusqu’à un certain point. Je connais les limites de mon corps et je sais que je ne suis pas loin du point de rupture.

J’entends la porte de l’entrepôt claquer dans mon dos, son bruit recouvrant celui de ma respiration hachée. Je jette un œil à Archi, qui s’approche de moi. Il sautille et donne des coups de poing dans le vide. Il n’est pas le boxeur de notre duo. Il est celui qui récolte l’argent, celui qui bluffe pour obliger les clients à parier de grosses sommes que nous nous partageons ensuite. Mais il a quand même un bon crochet. Nous nous entraînons souvent, lui et moi.

– Tu ne devineras jamais ce qui vient de m’arriver, m’annonce-t-il tout en arrêtant de gigoter.

– Éclaire ma lanterne.

– OK. Bon. Tu sais que je suis inscrit sur Tinder et que je cherche un plan avec une femme… mature.

Mes bras immobilisent le sac de frappe tandis que mes lèvres s’étirent. Pourquoi je sens que ses prochains mots vont me plaire ?

– Et donc, t’es tombé sur ta mère ?

– Espèce d’enfoiré, marmonne Archi.

Il roule des épaules, puis il jette un œil autour de nous pour s’assurer qu’il n’y a personne et continue son histoire.

– J’ai matché avec une femme. Elle était de dos sur sa photo de profil. Disons que ses fesses m’ont convaincu. Et ma propre photo affichant mes splendides abdos l’a appâtée. Y avait pas vraiment de photos de son visage, du moins pas de près. Disons qu’elle mettait en avant d’autres parties de son corps sur sa présentation. Bref, on s’est retrouvés à l’entrée de la ville, dans un motel.

Je suis suspendu à ses lèvres, imaginant déjà mille et un scénarios.

– Et donc ?

– Et donc…

Il passe une main dans ses cheveux hirsutes.

– Mec, c’était Mme Dabbfire !

Tandis qu’un rire profond commence à monter dans ma gorge, je demande, pour être sûr :

– Notre prof d’ergonomie ?

Archi hoche la tête avec un air dépité. N’y tenant plus, j’explose de rire. Il plisse les yeux.

– C’est pas drôle ! Quand je suis entré dans la chambre, elle était déjà à poil, les jambes écartées. Elle a hurlé en me voyant.

Je me tiens le ventre, hilare. Pourquoi ce genre de chose n’arrive qu’à lui ? Il s’approche du ring.

– Et donc, comment ça s’est terminé ?

– À ton avis ? Je me suis barré et j’ai fini par me branler. Rappelle-moi de matcher avec des nanas dont on voit le visage dans leur photo de profil, putain !

J’essuie mes yeux humides avec mon avant-bras. Rien que de l’imaginer avec notre professeure – qui est détestable – me tire de nouvelles larmes de rire.

Il m’observe attentivement tandis que je reprends mes coups dans le sac de frappe. Mes mains sont bandées avec des élastiques usés.

– Alors, continue-t-il ensuite sur un ton inquisiteur, qu’est-ce qui se passe entre Hena et toi ?

Je m’immobilise une seconde, mais conserve un visage neutre. Je n’ai pas envie de me confier maintenant.

– Qu’est-ce que tu veux dire par là ? demandé-je innocemment.

Mes poings frappent le sac une fois. Deux fois.

– D’abord, vous jouez à frotti-frotta dans ma salle de bains. Et ce matin, je t’ai vu la serrer dans tes bras, dans le couloir, quand vous pensiez être seuls. Tu la tenais contre toi comme si tu faisais barrage avec ton corps entre elle et le monde. Ça avait l’air plutôt sérieux.

Je tourne furtivement mon visage vers lui et remarque l’expression de vainqueur sur ses traits.

– Qu’est-ce que t’as encore fumé ?

Il renifle bruyamment avant de lâcher un petit rire moqueur. Il sait que je ne suis pas du genre à serrer quiconque dans mes bras.

– J’ai du mal à cerner cette fille, reprend-il en ignorant ma question.

– Ne te mêle pas de ma vie, Arch. Ni de la sienne.

Ma réponse lui donne encore plus envie de creuser. Eh merde ! Je m’arrête et retire mon tee-shirt trempé.

– Tu essaies de me draguer ? me demande Archi. Je ne couche jamais le premier soir, même pour un joli corps comme le tien.

Je lui envoie mon tee-shirt à la figure. Il l’esquive de peu.

– T’as pas un autre rendez-vous Tinder avec une prof à organiser ?

– Ha ! Ha ! Ha ! Hilarant. Mais, plus sérieusement, Hell, je ne t’ai jamais vu être proche d’une fille.

– Je pourrais être proche de ta sœur si je le voulais.

Il lève les yeux au ciel.

– Aly ne te donnerait même pas l’heure, mon pote. Elle est trop bien pour des gars comme nous. Donc, où est-ce que j’en étais ? Toi et Hena !

– Tu te fais des films. On s’amuse, c’est tout.

J’ignore pourquoi je nie autant. Je veux juste qu’il change de sujet. Je ne veux pas parler de ce qu’il se passe avec Hena. Ça ne regarde que nous. Je veux garder ça jalousement pour moi. Elle est à moi.

Archi commence à s’éloigner à reculons, une lueur calculatrice dans les yeux.

– Arrête de t’imaginer des scénarios, continué-je.

Ses lèvres s’étirent et il lève les mains dans un geste démontrant sa pseudo-innocence.

– Mais je n’ai rien dit.

– Ton sourire veut tout dire. Et tu te trompes.

Il s’arrête, des idées plein la tête.

– Il n’y a rien entre vous, c’est ça ? Donc, on pourra continuer à jouer tous ensemble ? Toi faisant jouir Hena devant moi et inversement ?

L’intégralité de mes muscles se tend à ce souvenir. Des envies de meurtre me viennent. Je ne partagerai plus jamais l’un de ses orgasmes. Ils lui appartiennent comme les miens m’appartiennent.

La colère qui contracte mon visage fait sourire un peu plus Archi.

– Peut-être que je pourrai même la tou…

– Crève.

– Tu disais quoi ? Que je me trompais ? demande-t-il en rigolant. Espèce de trou du cul ! On ne t’a jamais appris à ne pas mentir ?

Il s’éloigne, ravi, et quitte l’entrepôt. J’entends encore son rire. La porte s’ouvre une nouvelle fois dans mon dos.

– Casse-toi, Arch, marmonné-je entre mes dents.

J’entends des pas, mais aucune parole ne sort de la bouche d’Archi. Toujours au centre du ring, je me tourne et découvre une tout autre personne à quelques mètres de là. Un visage similaire à celui que me renvoie mon miroir chaque matin. De nombreuses cicatrices le recouvrent. Un regard aussi gris que le mien me percute et me défie froidement.

Mes poings se serrent et ma gorge se noue. Une soudaine envie de lui cracher au visage me prend.

– Salut, lance MG.

– Qu’est-ce que tu fous là ?!

Il s’avance vers moi, passant une main sur son crâne rasé.

– Tu ne viens pas saluer ton grand frère ?

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