Toxic Hell
5. Observer l’interdit
Hena
– T’es sûre que tu sais toujours conduire ? s’exclame Karl en se tenant à la portière.
Quel rabat-joie !
J’appuie un peu plus sur l’accélérateur. La vitesse, ça me rend vivante. Le sang pulse à l’intérieur de mes veines et fait battre mon cœur plus vite.
– J’ai conduit jusqu’à Monroe. T’inquiète, je gère, mon pote !
Mon frère marmonne quelque chose. Il se redresse sur son siège avant de passer une main dans ses cheveux blonds parfaitement coiffés.
– La dernière fois que tu m’as dit que tu maîtrisais, t’as défoncé la voiture du voisin.
C’est la première fois que Karl parle d’un souvenir d’avant Délivrance et de notre enlèvement. Choquée et secrètement enthousiaste, je tourne une seconde la tête vers lui tout en ralentissant. Ce que je vois me serre le cœur. Karl sourit. Un vrai sourire. Et ça me fait fondre de l’intérieur.
– Est-ce que t’es en train de te remémorer les hurlements de maman quand elle a découvert notre propre voiture ? Pour ma défense, je venais d’avoir mon permis une semaine plus tôt.
Son sourire s’élargit et tout s’illumine autour de lui, moi comprise.
– Ouais…
Nous nous arrêtons au feu et j’en profite pour l’observer discrètement. Et puis tout change. Il se referme complètement, en proie à ses démons. Je sais très bien qu’il est en train de penser à d’autres cris poussés par ma mère.
Ça me tuera toujours.
Nous sommes sortis de Délivrance. Les flics sont venus nous chercher pour nous sortir de là. Mais j’ai parfois l’impression que nous serons toujours entre les griffes de nos bourreaux.
– Il faudrait qu’on aille voir maman, tenté-je d’une voix douce.
Le feu passe au vert et je m’engage dans la voie principale, quelques minutes avant notre arrivée à l’université de Monroe. La ville est moyennement peuplée – cinquante mille habitants. Je ne sais pas trop comment va se dérouler notre premier cours à la fac. Si quelqu’un nous regarde de travers, je lui refais le portrait. Je veux avancer sans penser sans cesse à la tragédie du passé.
– Je ne…
– Quand tu seras prêt, le coupé-je.
– Et si je ne le suis jamais ? me rétorque-t-il en fixant le paysage qui défile.
Le serai-je, moi aussi, un jour ?
Tandis que je ralentis, en arrivant près de l’université, je lui serre les doigts avec ma main libre. Je ne réponds rien parce que, moi non plus, je ne sais pas si je serai prête à lui rendre visite dans ce centre hospitalier qui l’a accueillie. Le seul à pouvoir prendre en charge son âme meurtrie et son corps qui se complaît dans le silence.
Ma petite voiture traverse le parking et je trouve rapidement une place libre. Karl réarrange ses cheveux. Il a développé pas mal de TOC ces derniers temps. Il range plusieurs fois l’appartement, alors même qu’il est toujours nickel. Je crois que ça l’aide à se vider la tête. À chacun son moyen d’évacuer de son esprit toutes les merdes qui l’habitent. Je ne le jugerai jamais.
– Tu es beau comme un cœur, lui dis-je pour lui insuffler la confiance qui lui manque afin d’affronter cette première journée.
Il marmonne quelque chose, puis continue entre ses lèvres pincées :
– J’ai pas envie d’aller en cours. Peut-être que c’est une mauvaise idée, finalement.
– Ou peut-être que c’est la seule chose à faire, rétorqué-je.
Pourtant, il y a quelques semaines, je ne savais pas encore si j’allais commencer la fac.
Karl et moi, on a obtenu notre diplôme de fin de lycée quand j’avais 18 ans et lui 17. Il avait un an d’avance, donc, bien qu’il soit plus jeune, on a été diplômés en même temps. En mai dernier, lorsque notre enfer a débuté, Karl était à la fac de Lafayette tandis que je n’avais pas encore commencé mes études, car je ne savais pas quelle voie était faite pour moi. Et avec ce qu’il s’est passé, Karl n’a pas eu la chance de finir sa première année, et moi, je n’ai jamais connu la fac.
Mais, aujourd’hui, plusieurs mois après la fin de Délivrance, je me dis qu’intégrer une fac, ensemble, à Monroe, en première année, est notre premier pas vers la normalité. Ça aidera Karl. Il verra des gens. Il se mêlera à la foule. Et j’ai toujours eu soif d’apprendre, malgré mes indécisions.
Je coupe le moteur et, sans réfléchir davantage, j’ouvre ma portière. Karl en fait de même, et on sort du parking pour rejoindre l’université. Trois bâtiments de taille non négligeable s’élèvent en face de nous. D’après le plan que j’ai consulté sur Internet, celui de gauche abrite la bibliothèque, le bâtiment en face, les salles de cours et les amphithéâtres, et le dernier, aux murs entièrement en verre, le réfectoire.
J’inspire en faisant plusieurs pas. À l’intérieur de moi, je suis mortifiée par ces lieux que je ne connais pas et dans lesquels je vais devoir trouver ma place. Mais je garde un air farouchement serein. Ça devient compliqué de faire semblant. Douloureux, même.
On traverse l’allée principale, qui est bordée d’immenses arbres aux branches tombantes. Le fait qu’il y ait beaucoup de verdure aide intérieurement à respirer. On ne se sent pas à l’étroit.
On ne se sent pas… prisonniers.
Mais je m’aperçois rapidement que quelques étudiants nous jettent des coups d’œil incertains, et surtout curieux. Vous voyez cette arrivée super bizarre et super cliché des nouveaux étudiants dans les films ? Eh bien, je suis actuellement en train de vivre l’un de ces moments particulièrement embarrassants. Mais on n’est pas dans un film, c’est réel.
Trop réel. Bienvenue dans mon monde. Notre monde.
Rapidement, je comprends que ma volonté de me fondre dans la masse va être compliquée. Quelques personnes nous reconnaissent, même si nous n’étions pas les seules victimes. Certains ont lu les journaux locaux, il y a plusieurs mois, et n’ont pas oublié notre visage.
Merde !
Plusieurs d’entre eux doivent penser connaître notre histoire, mais ils se trompent. Personne ne la connaît réellement. Même moi, j’ai oublié des choses. Enfin, oublier, c’est vite dit. Mon cerveau a surtout choisi de repousser certains souvenirs dans un but d’autoprotection.
– Tu rejoins quel cours ? me demande Karl en ignorant les autres.
Je n’hésite pas une seconde dans ma réponse tant je suis impatiente :
– Astronomie. Tututut, laisse-moi m’envoler vers la Lune, chéri !
Je n’ai pas réfléchi avant de choisir cette option. Pourquoi les étoiles ? Parce que penser à elles, rêver d’être à leurs côtés m’a sauvée à de nombreuses reprises. Alors, j’ai besoin de les étudier, en vrai.
Je ne pensais jamais dire ça un jour, mais retourner en cours me rend vraiment heureuse. Oui, c’est bien le mot. Je suis nerveuse, mais aussi super excitée d’être ici. Et je sais que, sous sa grimace, mon frère pense exactement la même chose. J’ai hâte de me rendre à mon premier cours, mais encore plus à celui qui va suivre demain, bordel ! Rectification, celui de demain me file quand même les jetons.
– Parfait. Moi, comptabilité, me dit-il.
Je fronce le nez alors qu’on pénètre dans le bâtiment central.
– Beurk ! bougonné-je. Autant gerber tout de suite, si tu veux mon avis.
Ma remarque le fait presque sourire, mais il se retient au dernier moment. Il est doué avec les chiffres. Je sais que ça le passionne même de calculer des formules ultra-longues et ultra-chiantes. Perso, je me dis que les calculatrices existent pour une bonne raison, alors je leur laisse les tâches difficiles.
Je dis rapidement au revoir à mon frère, pars me renseigner et me dirige vers le premier amphithéâtre, à l’est de l’immense bâtiment. J’entre dans un lieu pouvant contenir une bonne soixantaine d’étudiants et rejoins l’une des allées centrales, observant discrètement la pièce. La plupart des élèves sont déjà là, tirant globalement la gueule. Je m’attarde sur certains d’entre eux : ils ne me mettent pas vraiment en confiance.
J’arrive devant une rangée assez vide et m’assieds à côté d’une sublime Asiatique aux yeux noisette. Son regard est si percutant et franc que ça me déstabilise presque.
– Salut, lancé-je.
Elle m’observe sortir ma tablette.
– Salut ! Prête à t’envoyer en l’air ?
Je manque de m’étouffer tandis qu’elle écarquille les yeux.
– Enfin, prête à t’envoyer en l’air dans les étoiles. Enfin, je voulais dire : prête à rejoindre le ciel pour… pour l’étudier ! Merde, j’aggrave mon cas, pas vrai ? continue-t-elle d’une voix gênée tout en pinçant son nez.
La voir essayer de se dépatouiller me fait doucement rire.
– Ouais, je suis prête pour tout ça.
– Je te jure que mes paroles sonnaient mieux dans ma tête, marmonne-t-elle avant de mâchouiller son stylo. Au fait, je suis Aly. Tu peux m’appeler Alyson… ou pas. Je préfère Aly. Seule mon ex complètement timbrée m’appelait Alyson, et disons qu’elle a fini par me faire vomir mon propre prénom.
Elle ne me tend pas la main et je lui en suis secrètement reconnaissante. Ma peau n’a aucune envie d’un contact étranger. Mais je reste aimable, me rappelant ma foutue liste. Deuxième chose inscrite dessus : « me faire des amis ».
– Hena, dis-je simplement.
Si elle reconnaît ma tête, Aly n’en montre rien et c’est tant mieux. J’observe son petit pull blanc au col haut recouvert de fleurs brodées. Très sage, mais classe. Elle sort un ordinateur dernier cri. La double porte de l’amphithéâtre s’ouvre avec fracas. Une femme à la silhouette élancée s’avance vers l’estrade, sa main droite tenant fermement une canette de Red Bull. D’ici, je peux voir la paille vert fluo qui en ressort.
La femme pose sa canette sur le bureau au centre de l’estrade et se frotte les bras par-dessus son long gilet noir. Un noir assorti à ses mèches de cheveux, qui partent dans tous les sens. Ses yeux, cachés derrière une paire de lunettes aux verres ronds, se posent sur l’ensemble des étudiants.
– Brrrr ! Il fait un froid de canard pour ce mois de septembre, non ?
Un léger accent se fait entendre. Personne ne lui répond vraiment, mais je ne crois pas qu’elle attendait une réelle confirmation de notre part. Elle reprend sa canette, puis sirote bruyamment plusieurs gorgées. Je me tourne discrètement vers Aly, les sourcils levés.
– Je te parie dix dollars qu’elle vient de fumer clope sur clope, murmure-t-elle.
Je hoche la tête. Je ne peux pas lui donner tort. Je pense même qu’elle a carrément raison. Notre professeure ne tient pas en place. Elle finit par appuyer les fesses contre son bureau.
– Bon ! s’exclame-t-elle.
Une fille assise au premier rang sursaute. Notre prof braque son regard sur elle pour ne plus la lâcher. Finalement, elle passe sa main libre dans ses mèches folles et lance :
– Pourquoi est-ce que vous me fixez tous ainsi ?
OK, c’est gênant.
– Je te parie qu’elle a fumé de l’herbe, murmuré-je pour que seule Aly m’entende.
Je perçois un léger gloussement. Notre professeure continue :
– Ah ! L’heure des présentations ? Argh ! Quelle perte de temps ! Je suis Adélaïde Montpensier. Je viens de France, alors ne perdez pas votre temps à essayer de prononcer mon nom correctement.
Elle se redresse, sa canette toujours à la main.
– Passons ! Bienvenue dans votre cours optionnel d’astronomie. Et non pas d’astrologie ! L’astrologie cherche à déterminer l’influence des astres sur le cours des choses tandis que l’astronomie s’intéresse à la constitution et aux mouvements des corps célestes. Bref, pas de Mme Irma, ici ! Mon but n’est pas de former des experts, mais de vous initier à cette discipline de la manière la plus directe qui soit, sans que l’on s’attarde sur des notions futiles, ou du moins trop lunaires – et c’est le cas de le dire !
Adelaïde Montpensier se lance dans une introduction animée et plutôt… très complète. Bien vite, je galère à prendre tout en notes. Je jette un coup d’œil aux autres étudiants et je comprends que nous sommes tous dans la même situation.
– Je ne vais pas me concentrer plus longtemps sur des généralités que vous pourriez retrouver dans un livre. Nous allons segmenter la matière par thèmes. Mais, d’abord, que quelqu’un me dise quel est l’instrument d’observation le plus adéquat, celui qui vous servira le plus au cours de ce semestre.
Plusieurs élèves lèvent la main. Notre professeure secoue sa canette.
– Déjà vide ? Argh ! Pourtant, c’est ma troisième.
Elle se tourne vers les élèves tout en pinçant les lèvres.
– Baissez la main, je n’ai plus envie de vous interroger.
En fait… je crois qu’elle me plaît ! Je me retiens de sourire face à son comportement un peu à côté de la plaque.
– Donc, l’instrument qui va le mieux vous servir ? L’œil ! Votre œil, ou plutôt vos deux yeux. Sauf s’il y a un borgne dans la salle. Non ? Super, aucun besoin de présenter des excuses !
Nous sommes tous suspendus à ses lèvres tandis qu’elle croise les mains sur son ventre.
– La première chose à savoir, c’est qu’il va falloir apprendre à vous servir de vos yeux pour les observations que je vous demanderai d’effectuer. Bref ! Que peut-on observer avec son œil ?
Personne ne lève la main cette fois.
– Là, c’est le moment de participer ! s’exclame-t-elle après avoir soupiré. Bon, je vais parler pour vous. On peut observer beaucoup de choses ! Ses amis, son chien, son ex-mari, qui vous a trompée avec votre meilleure amie… Bref ! Beaucoup de choses.
Je me mords la lèvre pour ne pas sourire et Aly en fait de même. Pourquoi est-ce que je stressais à l’idée de venir ici, déjà ?
– On peut aussi observer la Lune, le Soleil, etc. Vous pouvez voir jusqu’à six mille étoiles, visibles à l’œil nu, jeunes gens. Quand je vous disais que votre œil allait nous être utile ! Une étoile est un astre producteur et émetteur d’énergie. Notez cette information, j’adore mettre cette question en partiel.
Nous nous empressons de noter ses paroles, tels des robots.
– En termes plus scientifiques, une étoile est un corps céleste plasmatique qui émet sa propre lumière par réactions de fusion nucléaire, ou des corps qui ont été dans cet état à un stade de leur cycle de vie. C’est compris, bande de moldus ?
Elle termine son introduction. Pendant l’heure suivante, je ne décroche pas de ses lèvres. Je ne me laisse distraire par aucun souci, et ça fait du bien de se sentir déconnectée de la réalité. Mais la réalité reprend ses droits une heure plus tard lorsque le cours se termine. Nous quittons rapidement l’amphithéâtre, quelques élèves restant pour poser des questions à la prof.
Le cerveau encore plongé dans les informations que je viens d’apprendre, je ne vois pas tout de suite qu’Aly quitte la pièce à mes côtés.
– Tu as prévu quelque chose ? me demande-t-elle.
Je m’immobilise. Son sourire gentil la rend vraiment sympathique. Se faire des potes de fac est une étape à franchir vers la normalité, non ?
– Je te dis ça parce que je vais rejoindre des amis, donc hésite pas à te joindre à nous. Enfin, t’es pas obligée. Si tu ne veux pas… je comprendrai.
Maintenant que je la fixe droit dans les yeux, je suis presque certaine qu’elle a déjà dû lire un journal me concernant. Encore un journaliste qui pensait connaître mon histoire et celle des autres victimes. Encore un qui ne savait pas toute la vérité. Il n’y a que les flics qui sont au courant de ce qui se déroulait à Délivrance. Mais je ne veux pas y penser. Pas maintenant.
Je jette un œil au soleil, qui se couchera bientôt, de l’autre côté de la double porte en verre du bâtiment, puis à mon tout nouveau portable, qui annonce dix-sept heures quinze.
– C’est gentil, mais mon frère finit à trente. Je vais juste… trouver sa salle et le rejoindre !
La brune lève les deux mains vers moi avant de faire une reproduction parfaite du salut militaire.
– Parfait ! Bah, écoute, j’espère qu’on se recroisera rapidement !
Je n’ai pas le temps de lui répondre que, déjà, la petite boule d’énergie quitte le bâtiment.
Bon, on peut dire que ce premier cours s’est bien déroulé. Je me renseigne rapidement et monte au troisième étage, souhaitant attendre Karl devant sa salle de cours.
Je quitte l’escalier et arrive dans un couloir désert. Je cherche la salle 317. Mes yeux vagabondent de droite à gauche. J’énumère, par automatisme, les numéros. Je m’arrête soudainement de compter en passant devant la salle 298. Je m’immobilise, le cœur au bord des lèvres en entendant des pleurs. Attendez, non, je ne suis pas sûre que ce soient des pleurs…
Qu’est-ce qu’il se passe ?
Je colle mon oreille contre la lourde porte blanche, aux aguets. Un couinement me parvient, comme si quelqu’un était en train d’étouffer.
Comme lorsque Abraham m’étouffait…
Je repousse le souvenir loin de moi, faisant barrage à mon passé. Je sais qu’il faudrait que je l’affronte pour avancer et m’en défaire, mais pas maintenant, putain ! La tête remplie de scénarios horrifiques en tous genres, je pose la main sur la poignée et entrouvre discrètement la porte.
Je m’attendais à trouver un bain de sang, mais en aucun cas à assister à ce spectacle déroutant.
Dos à moi, une étudiante est assise sur un bureau. Je ne vois que sa longue chevelure brune, qui cascade dans son dos. Ma bouche s’ouvre de surprise. Une jeune femme est agenouillée près d’elle. La troisième personne est un homme massif. Il est entre les jambes de la fille sur le bureau et sa tête est cachée dans son cou. Il la prend sauvagement tandis que la femme agenouillée embrasse les cuisses de celle qui est assise.
De petits bruits emplissent la pièce, et je comprends qu’effectivement, ce ne sont pas des pleurs, mais des gémissements de plaisir. Malgré moi, je n’arrive pas à bouger, observant la scène avec attention. Il n’y a que plaisir et sauvagerie entre ces quatre murs. Un vrai plaisir, pris par les trois parties. Je me demande ce que cela fait de ressentir autant de sensations partagées.
Quelque chose au fond de moi m’empêche de bouger, m’empêche de détourner le regard. La jeune femme aux cheveux bruns tire les mèches noires de l’homme et il relève le visage. C’est à cet instant que mon cœur loupe un battement et que mes jambes faiblissent. Presque simultanément, deux yeux gris m’attrapent entre leurs griffes.
Nasser me fixe tandis qu’il prend férocement l’étudiante sur le bureau. Le choc, la confusion… Tant de choses doivent passer sur mon visage à cet instant ! Le sien reste neutre. Seuls ses yeux semblent intrigués par ma présence ici. Lui non plus ne s’attendait pas à retomber sur moi.
Finalement, un sourire moqueur naît sur ses lèvres et je le vois ouvrir la bouche.
– Garce, articule-t-il silencieusement dans ma direction.
Je pensais ne jamais le revoir. Et le voici. En plein trio de baise dans une salle de cours à la fac. Son visage se tend et un air farouche le possède. Je n’avais jamais vu autant de plaisir exprimé de manière si libre. Finalement, Nasser s’enfouit un peu plus brusquement entre les cuisses de sa partenaire et je me recule. Je referme la porte avant de m’enfuir, une nouvelle fois comme une voleuse, pour rejoindre mon frère.
Putain de merde !
Qu’est-ce qu’il vient de se passer ?!
OceanofPDF.com