Toxic Hell
11. Le roi fou
Nasser
Les mots quittent à peine la foutue bouche d’Hena que cette tarée appuie sur l’accélérateur, manquant de m’écraser les pieds. Je frappe sa carrosserie, puis fais un bond en arrière.
Cette nana est complètement timbrée, putain !
– Espèce de folle ! hurlé-je.
Mais déjà, la voiture s’élance dans la nuit et disparaît derrière un bâtiment. Je ne crois pas avoir déjà été aussi énervé par quelqu’un. Elle arrive à me faire sortir de mes gonds comme personne. Déjà, elle me vole, putain ! Ensuite, elle me défie. Elle me pousse à bout sans jamais hésiter.
J’étais à deux doigts, vraiment, de la jeter dans le vide. La foule l’aurait rattrapée, avec plus ou moins de dommages, je l’avoue. Mais, quand j’ai vu ses yeux de biche brisée… putain ! Je l’ai retenue sans même m’en rendre compte. Mais le message est passé. Mes menaces ont porté leurs fruits. J’ai vu la peur sur son visage. Sauf que son foutu caractère est ressorti à peine une minute plus tard.
– Est-ce qu’elle a vraiment failli t’écraser ? s’écrie Archi.
Il retient un fou rire tant bien que mal.
– Et elle m’a jeté une pierre, marmonné-je avec stupeur.
Il finit par ne plus pouvoir se retenir et explose de rire malgré mon regard noir, ses doigts tenant une poignée de billets. La pêche a été bonne, apparemment. Le but est simple au Toxic Hell. Chacun parie avec qui il veut. Archi supervise le tout et vérifie que les choses ne dégénèrent pas. Il parie aussi directement avec des spectateurs, avec ceux qui misent sur mes adversaires. Une fois que je remporte le combat, il récupère notre argent et on se le partage ensuite.
J’inspire profondément pour tenter de me calmer. Quand Hena est dans les parages, tout le contrôle que j’ai habituellement sur moi-même disparaît. Le problème, en plus de ça ? L’air de défi qui se trouve continuellement sur son visage attise tout ce qu’il y a de mauvais en moi. Ça me donne envie de la combattre, de voir jusqu’où je peux aller pour la faire plier. Parce qu’elle pliera, c’est un fait.
Mais j’ai aussi besoin d’elle.
Je réintègre l’entrepôt – mon territoire – alors que mon cerveau se concentre sur d’autres éléments qui ne me plaisent pas. Ses yeux, qui semblent si prudes et innocents, fixés sur moi pendant le combat. Pourtant, la force qui se dégage d’elle me montre qu’elle n’est pas un oisillon tombé du nid. C’est le genre de force donnée par les coups que la vie vous porte. Je la revois étouffer au milieu de tous ces gens. Je me revois, moi, fendant la foule et la tirant de là sans réfléchir. Je pousse un grognement tout en me secouant mentalement.
Cette fille ne m’attire pas, putain ! me répété-je.
Pourtant, sa bouche pulpeuse vient narguer mes pensées. J’ai envie de la faire taire en la baisant avec ma queue, juste pour qu’elle arrête de me répondre. J’avale difficilement ma salive et mes yeux balaient la salle, encore pleine à craquer. Hors de question de me jeter dans la gueule du loup qu’est Hena Williams ! Cette fille est intenable. Incontrôlable. Trop sauvage. Elle veut absolument avoir le dernier mot.
C’est justement ce qui te rend fou, ce combat que tu n’es pas sûr de gagner, murmure une voix au fond de moi.
Je l’ignore superbement. J’ai besoin d’Hena. Alors, je vais l’utiliser. Puis on en restera là.
Tandis que je traverse la foule, une fille se colle à moi.
Esmée.
Je m’arrête un instant. Elle ondule près de moi, son petit corps bouillant contre le mien, ses longs cheveux noirs cascadant dans son dos. Elle colle sa poitrine contre mon torse.
– Je t’ai cherché toute la soirée.
Je ne réponds pas.
– Bravo pour ton combat, Hell, murmure-t-elle devant mon visage.
Ma main se pose sur ses fesses. Elle et moi savons comment nous allons terminer la soirée. Nous ne sommes pas potes ni en couple, mais nos corps matchent bien ensemble. Esmée aime butiner les nombreuses fleurs de la ville de Monroe. Elle va d’homme en homme, sans aucune attache. Je fais pareil avec les femmes. Je respecte son choix et elle respecte le mien. Juste du sexe sans prise de tête quand l’occasion se présente.
Sans un mot, je la tire derrière moi. Nous montons l’escalier en métal. Elle manque de tomber, alors j’agrippe un peu plus fermement son poignet. Sauf que mes doigts se rappellent la douceur d’une autre peau. Je me souviens du pouls d’Hena, battant follement contre ma main un peu plus tôt. Je serre les mâchoires et continue mon ascension.
– Hum, et si on allait derrière cette porte ? demande Esmée en tortillant des hanches quand elle arrive en haut.
Elle indique la porte du regard. Celle donnant sur mon appartement.
– Non.
Ma réponse est la même que d’habitude. Pourtant, Esmée pose la question, encore et encore. Je me laisse tomber sur le canapé et écarte les cuisses.
– Ne fais pas comme si le bruit de la foule allait te gêner.
Elle rigole doucement et vient me chevaucher. Sa robe bleue remonte haut sur ses hanches et j’en profite pour poser la main directement sur sa petite chatte. La brune ondule contre mes doigts. L’humidité de son string trempe mes phalanges.
– Putain, j’ai eu envie de ça toute la soirée ! halète-t-elle. Et si on demandait à Archi de nous rejoindre ?
Ce n’est pas comme si c’était la première fois, mais Archi tardera à se joindre à nous et j’ai trop de colère en moi. Alors, je secoue sèchement la tête. J’ai besoin d’évacuer. Maintenant.
– Je n’ai pas envie de te baiser.
Esmée comprend rapidement où je veux en venir. Elle s’agenouille devant moi. Ses yeux de chat se posent sur ma queue, qu’elle a pris soin de dévoiler. Sa main coulisse le long de mon manche. Un grognement monte de ma gorge quand sa langue rejoint la partie.
– T’as l’air en colère, commence-t-elle. Quelque chose t’a mis en rogne ?
Je ferme les yeux sans répondre. Sauf qu’un visage s’impose à moi. Je revois une petite poupée blonde et, soudain, c’est sa main que je sens sur ma queue tandis que ma respiration s’accélère. J’ouvre grand les paupières et me reconnecte à la réalité.
Qu’est-ce qu’il se passe, bordel ?
Les minutes suivantes, je me concentre sur mon plaisir et sur ma partenaire.
– Je vais jouir, annoncé-je à Esmée pour qu’elle se recule.
Mais elle me suce un peu plus fort. Ses bruits de succion recouvrent ceux de la foule en bas. Alors, je me laisse aller, jouissant puissamment au fond de sa gorge.
Quelques minutes plus tard, Esmée redescend. Je suis à nouveau seul sur mon canapé. Je presse les mains sur mon visage fatigué et contusionné. Ce chien d’Ilias m’a pris par surprise, ce soir. Mais notre guerre n’est pas terminée. Hena va m’aider à y mettre fin. Bientôt. Très bientôt.
Je pense à cette tarée. Je me relève avec un juron et ferme la braguette de mon jean. Ne me préoccupant pas de la salle, je déverrouille la porte de mon appartement et la claque dans mon dos. Je sais qu’Archi est en train de gérer.
J’avance dans mon salon aux tons gris pour aller m’installer à l’immense bureau en verre qui trône sur la droite. Deux ordinateurs dernier cri sont posés dessus, tous deux verrouillés. Je me connecte rapidement à ma session. Enfin, les choses sérieuses vont pouvoir commencer. J’accède rapidement au dark Web, mon second terrain de jeu. Mon royaume secret.
Moins de dix pour cent du Web sont accessibles librement : le Surface Web. Mais si vous saviez ce qu’on peut trouver sur le dark Web ! C’est simple : absolument tout. Marché noir. Commerces illicites. Pornographie. Pédophilie. Terrorisme. Et j’en passe, tous plus dégueulasses les uns que les autres. Ce n’est pas ce côté qui m’intéresse.
C’est le repaire parfait si t’es assez doué pour cacher totalement ton adresse IP et ta localisation. Parce que sachez une chose : le dark Web est le réseau préféré des hackers comme moi. Et je connais assez les lieux depuis que j’y publie mes activités.
J’ouvre une seconde connexion cryptée, accède à plusieurs pages, et enfin arrive sur la mienne. En bas, à droite, j’avise directement la somme d’argent que je viens de récolter cette dernière heure. Je me félicite intérieurement.
J’observe le reste. Il n’y a aucun commentaire sur la page. Aucun échange avec les spectateurs, qui gardent leur anonymat. Mes combats sont diffusés en direct ici, uniquement contrôlés par moi-même. Les spectateurs paient grassement pour accéder à la diffusion, puis ils parient. Ils veulent du sang. Du spectacle. De la rage sans limites. L’argent transite par différents lieux avant d’être transféré sur un compte secondaire qui m’appartient. Je reverse une partie de mes gains à Archi.
Je me cale sur ma chaise et commence à me rouler un joint tout en regardant les nouveaux gains arriver. Telle est ma vie au milieu de cet enfer toxique qui me bouffe peu à peu.
OceanofPDF.com