Toxic Hell

Anita Rigins · Chapitre 39 sur 65

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Toxic Hell

35. Avoir besoin de lui

 

Hena

 

– Tu es sûr que tu veux sortir ?

Je suis inquiète. Mais Karl hoche vigoureusement la tête. Il va mieux depuis ce matin. Sa crise est passée et ses yeux sont plus clairs. Il est sorti de son cauchemar. Il est censé rejoindre ses nouveaux amis ce soir. Mais je m’en fais pour lui. Je ne fais que ça depuis des heures. Sauf que je ne veux surtout pas lui couper les ailes.

– Je te jure que je vais bien. Mieux, précise-t-il. Et j’ai vraiment envie d’aller à cette soirée.

Je croise les bras et l’observe mettre une tonne de parfum.

– Je vais sûrement rentrer très tard. Peut-être demain matin si je bois de l’alcool.

– OK. Question : est-ce que tu mets tout ce parfum pour une certaine personne ?

Il rougit face à mes mots et je me retiens de sourire comme une débile. Il ne répond pas, mais son silence veut tout dire.

– Alors… amuse-toi bien !

– Yep !

Il quitte l’appartement une seconde plus tard, l’air plus excité que jamais. Je pousse un soupir et me retrouve dans notre petit chez-nous désert, où il n’y a plus aucun bruit, si ce n’est celui de ma respiration.

J’ai tellement la flemme que je n’ai même pas envie de cuisiner ce soir. Je remonte mon short de pyjama en coton gris et vais dans la cuisine. J’ai le réflexe d’allumer quasiment toutes les lampes autour de moi pour la simple et bonne raison que ce soudain silence me stresse un peu. Je sais pourtant très bien qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter.

Je récupère mon portable sur l’îlot central et découvre un appel manqué de la part de l’inspecteur Tate. L’angoisse monte en moi. Il m’a appelée il y a dix minutes, pendant que j’étais sous la douche. Il a laissé un message sur mon répondeur, mais je préfère l’appeler directement. Il ne décroche pas. Je réitère l’opération, en vain.

– Fait chier !

Pourquoi est-ce qu’il tenterait de me joindre à vingt et une heures ? Je lance le répondeur et colle mon portable à mon oreille tout en faisant les cent pas dans la pièce.

 

« Mademoiselle Williams ? C’est l’inspecteur Tate. Je tenais simplement à faire un point avec vous concernant les recherches de Marcus et de votre père. »

 

Un long soupir se fait entendre à travers le combiné et je sens mes paumes devenir moites.

 

« Il n’y a rien d’alarmant, rassurez-vous, mais un collègue m’a contacté aujourd’hui. Marcus aurait été aperçu à la frontière de l’État, donc loin de Monroe. Nous n’avons pas encore de confirmation. Aucune information concernant Daryl. Nous pensons véritablement qu’il a quitté l’État depuis tout ce temps. Je reviens vite vers vous dès que j’ai d’autres nouvelles. »

Le message se termine aussi soudainement que ça. Une boule grossit dans ma gorge. Marcus est à la frontière de l’État. Daryl est censé être loin d’ici. Mais… et s’il était plus proche qu’on ne le pensait ?

Je tente de me rassurer. Je sais que je me fais des idées et ça me bouffe. J’espère juste qu’ils mettront la main sur cette pourriture et sur Marcus afin qu’ils ne reconstruisent pas Délivrance ailleurs.

Je garde mon portable serré dans la main tout en déambulant. Je pourrais appeler mon frère et gâcher sa soirée. Mais pour quoi, au juste ? Je secoue la tête et pianote sur mon téléphone. Mon index s’immobilise au-dessus de son prénom. Je reste ainsi de longues secondes. Finalement, n’écoutant que mon instinct, j’appuie sur la touche d’appel.

Je suis persuadée de tomber sur sa messagerie. Mais, à ma grande surprise, Nasser décroche dès la première sonnerie. J’entends sa respiration, calme et profonde. Ça aide à apaiser la mienne et mon cœur, qui bat trop rapidement.

– Salut, soufflé-je.

Je perçois un crissement de cuir, comme s’il était assis dans un fauteuil.

– Salut.

Sa voix est rocailleuse. Je ne sais pas quoi dire ensuite. Je ne sais même pas pourquoi je l’ai appelé. Pourtant, ça me semblait être la seule chose à faire. J’ai besoin d’une présence, de sa présence. Qu’il m’aide à dompter ma peur.

– Tu te rappelles quand tu m’as dit que tu attendrais que je fasse le premier pas ? murmuré-je.

D’abord, seul son silence me répond. Mais je sais qu’il a compris mes mots.

– Ouais, souffle-t-il. Est-ce que tu as besoin de moi ?

Sa question est franche et attend une réponse franche.

Sois honnête, Hena.

– J’ai… j’ai besoin de toi. Maintenant.

J’avoue ma faiblesse. J’avoue avoir besoin de lui. Les mots de Tate tournent dans ma tête. Je veux m’échapper loin de cette réalité avec Nasser. Je veux sa chaleur. Je veux ses bras. Son souffle. Son corps. Qu’il me protège comme il l’a déjà fait plusieurs fois.

– Je crois que je deviens fou, m’avoue-t-il en retour. Tu me rends fou.

J’inspire brusquement.

– Est-ce que tu peux venir ?

– Je suis déjà là.

Alors, il raccroche.

– Quoi ?

Je m’avance rapidement vers la fenêtre et écarte le rideau blanc. J’observe la voiture garée juste en face de l’immeuble. Une silhouette d’homme s’en détache. Nasser lève la tête et observe la fenêtre avant d’avancer d’un pas décidé vers l’entrée.

Une minute plus tard, un coup est frappé à la porte. Je reste là, au milieu de la pièce, les yeux fixés sur le battant.

La seconde suivante, la poignée s’abaisse doucement, et il est là. Sa silhouette remplit l’entrée. Jamais un homme ne m’a regardée avec autant d’intensité. Et je suis sûre que je lui renvoie le même regard. Tous ses muscles sont contractés. Sa respiration est rapide. La mienne est un écho de la sienne.

Il ferme la porte, puis fait un pas dans ma direction.

– Attends, lui ordonné-je.

Il s’arrête immédiatement. Ça me montre qu’il sait se maîtriser. Quelque part, ça me rassure. Son regard continue de me dévorer. Il observe chaque centimètre carré de ma peau dénudée. Même si je suis vêtue de mon pyjama, j’ai l’impression qu’il me voit déjà nue. Son regard me donne des frissons. Je veux que mon corps percute le sien.

Mais j’ai toujours cette peur en moi. J’ai toujours des trucs moches cachés dans mes entrailles. Et, si je veux aller plus loin ce soir – et obéir à mon cops –, il faut que Nasser sache certaines choses.

– J’ai besoin de toi, soufflé-je. Mais, si nous devons avoir une relation sexuelle, tu dois savoir ce que mon corps a subi.

Ce n’est pas le moment que je lui confie toute mon histoire, mais il doit connaître une partie de ce qu’il m’est arrivé.

– Lorsque j’étais là-bas. À Délivrance.

Il serre les poings et sa respiration se fait plus rapide. Mais il m’écoute attentivement.

– J’ai été violée. Une seule fois. Une abominable et interminable fois.

Afin de faire renaître mon corps et mon esprit, selon les dires d’Abraham. C’était sa justification pour cet acte horrible. Et il brûlera en enfer pour ça.

Nasser est désormais parfaitement immobile. J’ai même l’impression qu’il ne respire plus. On dirait une statue. Mais je vois toutes ses émotions sur son visage. Il ne me cache rien. Il me montre tout sans filtre. La colère. La peine. Des envies de meurtre le traversent si soudainement que j’en ai presque peur.

– Tu as l’air de vouloir tuer quelqu’un, chuchoté-je finalement.

– Parce que je le veux.

Sa voix est si glaciale ! Mais il se reprend bien vite et fait un nouveau pas dans ma direction.

Mais je dois être honnête. Alors, peut-être qu’il fera demi-tour et prendra la fuite.

– J’ai eu du mal, par la suite, à reprendre pleinement possession de mon corps. Mais aujourd’hui, j’ai réussi à reprendre du plaisir par moi-même. Et j’ai, hum, pris beaucoup de plaisir avec toi. Mais… coucher avec quelqu’un… Je ne sais pas si j’y arriverai. Je préfère te prévenir, au cas où ça deviendrait gênant pour toi et pour moi.

– Hena, tu n’as pas à te justifier, putain ! Tu n’as pas à te forcer pour quoi que ce soit.

Je secoue la tête.

– Tu n’as pas compris. Je ne me force pas, Nasser. Je veux simplement te prévenir que je commencerai certaines choses, mais que je m’arrêterai peut-être en plein milieu.

– Je comprends. Bien sûr que je comprends. On suivra ton rythme.

Il ne prend toujours pas la fuite. Alors, je continue sur ma lancée, reprenant confiance en moi.

– J’ai ressenti du plaisir avec toi. Je veux que tu… je veux que tu m’apprennes à en ressentir de nouveau avec quelqu’un. Je te fais confiance pour que tu m’en donnes tandis que je ne serai plus seule maîtresse de mon corps. Est-ce que tu veux bien faire ça avec moi ?

Une autre émotion passe sur son visage, beaucoup plus tendre que toutes les autres.

– Est-ce que tu es prête à lâcher prise ? demande Nasser.

– Avec toi, oui.

Il s’avance de nouveau vers moi. La boule dans ma poitrine est toujours là, mais il y a autre chose qui se réveille en moi. Une faim qui surpasse tout. Il y a aussi de la confiance pour cet homme.

– J’ai l’impression de sauter d’une falaise, murmuré-je. C’est excitant. Mais ça fait aussi très peur.

– Je ne vais pas te laisser tomber dans le vide toute seule, m’affirme-t-il. On tombera à deux.

Je passe ma langue sur mes lèvres, haletante. Nasser s’arrête devant moi.

– Et si on s’écrase en bas sans s’en sortir ?

– Alors, on s’assurera que notre chute en vaut la peine.

Mes lèvres s’étirent doucement et mon cœur se serre. Il est tellement compressé que j’ai l’impression qu’il va lâcher à tout moment. La bouche de Nasser se plaque sur la mienne la seconde suivante.

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