Toxic Hell

Anita Rigins · Chapitre 54 sur 65

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Toxic Hell

50. Accepter son chaos

 

Hena

 

Nous sommes vendredi et l’après-midi commence à laisser sa place à la soirée. Aujourd’hui, j’ai eu un entretien d’embauche pour travailler dans le café du campus, et j’ai réussi ! Je commence dans quelques jours.

Une semaine s’est écoulée depuis que j’ai quitté Nasser. Une semaine que je cherche à le gommer totalement de ma vie sans vraiment y arriver. C’est dur d’essayer de supprimer de sa tête une personne qui est justement censée y rester.

Karl vient de rentrer de ses cours et il fait les cent pas dans le salon. Il est super speed ce soir. Je me lève du canapé et m’approche de lui.

– Ça va ?

Il se tourne brusquement vers moi.

– Oui. On va bien.

– Tu parles de toi à la troisième personne ? demandé-je avec un sourire. Ton ego ne va plus passer les portes, mon gars.

Mon frère secoue la tête en rigolant.

– Je suis juste… un peu nerveux avec tout ce qu’il se passe.

Il semble avoir une nouvelle crise. Mais je n’ai pas le temps de lui demander davantage de détails qu’il se dirige déjà vers sa chambre tout en croquant à pleines dents dans une pomme juteuse. J’aimerais qu’on ait une vraie discussion, sauf que ce sera apparemment pour plus tard.

Je me laisse tomber une nouvelle fois sur le canapé et fixe le plafond. Et mes pensées dérivent encore vers Nasser. Oui, il m’a menti. Oui, c’est toujours douloureux. Mais ce qu’il s’est passé entre nous n’était pas un mensonge. Une partie de moi tente de se mettre à sa place. S’il m’avait parlé avant, je sais que j’aurais également pris la fuite.

Notre confrontation me revient en mémoire. J’essaie de comprendre ses réactions et ses silences. Je lui en veux toujours, mais j’ai également besoin de lui. Alors que mon univers vole en éclats, j’ai besoin que Nasser devienne mon ancre face à ce chaos qui semble s’annoncer.

On juge si facilement les autres sans connaître leur histoire, sans même savoir que, parfois, ces personnes que l’on juge nous ressemblent. Je comprends une chose fondamentale. Je me redresse et, sans plus réfléchir, je décide d’obéir à mon instinct. Il existe sans doute bien des arguments qui justifieraient que je reste loin de lui, mais j’ai surtout plusieurs raisons de le rejoindre. La première ? Je suis amoureuse de Nasser Imran.

Mes sentiments me heurtent de plein fouet. Je ne peux plus me mentir. C’est pour ça qu’il m’a fait si mal. Parce que je l’aime et que j’ai besoin de lui.

Je récupère mes clés et quitte l’appartement. Je ne veux plus fuir.

 

***

 

J’arrive vingt minutes plus tard devant l’entrepôt. Un calme olympien règne dehors. Je quitte mon véhicule sans prendre le temps d’écouter mes doutes et mes peurs. Je tambourine contre la porte en métal, mais finis par la faire coulisser quand je ne reçois pas de réponse. Je pénètre dans le Toxic Hell, le souffle court.

Nasser se tient au milieu du ring. Le choc se lit sur son visage, mais j’y vois autre chose : de l’espoir face à ma présence.

– Hena ?

Je m’avance vers lui, les jambes tremblantes.

– Je te déteste encore un peu, mais je… je crois que je t’aime.

C’est bizarre de le dire à voix haute.

Il quitte le ring sur lequel il était en train de s’entraîner.

– Tu m’aimes ?

Le choc fait place au ravissement. Et je sais qu’il ressent la même chose que moi. Il m’a dit être fou de moi.

– J’ai… j’ai besoin de toi, Nasser. Tu as volé mon cœur et tu lui as porté un coup presque fatal, c’est vrai. Mais tu l’as tant de fois aidé quand c’était pourtant difficile de le faire fonctionner.

Sa respiration s’accélère alors qu’il s’avance vers moi. Au moment où son corps va toucher le mien, un boucan et des exclamations se font entendre. La situation devient floue autour de moi. J’ai l’impression de suivre ce qu’il se passe au ralenti.

– Police !

Trois policiers pénètrent dans l’entrepôt, arme au poing. L’inspecteur Hiro entre à leur suite, la mine sombre.

Deux flics attrapent Nasser, qui se débat, et le tirent loin de moi.

– Qu’est-ce qu’il se passe ? Putain, lâchez-moi ! Lâchez-moi !

– Qu’est-ce que vous faites ? m’exclamé-je en tentant de m’approcher de Nasser.

Mais l’inspecteur m’en empêche en se dressant devant l’homme que j’aime.

– Un braquage à main armée a eu lieu cet après-midi. Une personne a été blessée par balle. Les coupables ont été arrêtés.

– Mais qu’est-ce que vous me racontez ?

Nasser secoue les épaules, mais les deux policiers le maintiennent fermement.

– L’un des coupables, ton frère, nous a dit que tu l’avais aidé à se procurer des armes. Je vais devoir t’emmener au poste, mon garçon.

La surprise, le choc et la rancœur se mélangent sur le visage de Nasser. Puis la rage semble l’envahir. Je sais qu’il n’a rien fait. Il hait son frère. Il ne l’aurait jamais aidé.

– Je n’ai pas aidé MG ! Jamais de la vie ! Il vous a menti.

Hiro secoue sa tête.

– Je crains bien que, cette fois, je ne puisse pas t’aider. Emmenez-le.

Les deux flics traînent Nasser vers la sortie. Je tente d’attraper l’épaule de l’un d’eux pour qu’il le lâche.

– Vous vous trompez ! hurlé-je. C’est une putain d’erreur.

Le flic me repousse durement au niveau de la poitrine et Nasser explose.

– Ne la touche pas, espèce d’enculé ! braille-t-il en se débattant comme un forcené.

Hiro me jette un regard noir.

– Avant de provoquer un carnage, écartez-vous.

Son ordre est clair : si je ne m’éloigne pas, la situation va dégénérer et j’aurai tout sauf aidé Nasser. Alors, je prends sur moi et recule, la mâchoire et les poings serrés.

– Vous vous trompez, Nasser est innocent.

Hiro soupire et les quatre hommes repartent vers la sortie. Nasser me jette un dernier coup d’œil. Il sait que je le crois, malgré tout. Et ça semble lui suffire pour l’instant. Mon regard exprime l’amour et la confiance que je lui porte.

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