Toxic Hell
Épilogue
Hena
Deux mois plus tard
Memphis, Tennessee
Assise sur l’un des tabourets du bar, je sirote la fin de mon cocktail. L’arôme du citron stimule mes papilles. C’est alors que je sens un regard sur moi. Un homme, assis de l’autre côté du bar, est en train de me reluquer. Je fais semblant de l’ignorer et sors mon portable de la poche de ma veste. Je sélectionne un numéro et porte le téléphone à mon oreille. Il est vingt heures trente, j’espère qu’elle va décrocher.
– Allo ?
– Docteure Bomley ? C’est Hena.
J’entends un craquement. Ma psy s’est levée de son fauteuil et le bruit de ses talons résonne.
– Hena ? Je suis tellement contente de vous entendre ! Comment se passe votre petit périple ?
Je souris en pensant à l’homme qui partage ma vie et qui la sauve chaque jour.
– Ça se passe bien.
Nous sommes à Memphis depuis quelques jours. Juste avant, nous étions à Nashville. La semaine prochaine, nous nous dirigerons vers La Nouvelle-Orléans. J’ai toujours rêvé d’y aller.
– Et vous, ça va ?
– Les premiers signes de la grossesse se font sentir. J’essaie de faire avec.
L’imaginer avec un ventre rond fait gonfler mon cœur. Iris Bomley m’a tant aidée pour ma guérison ! Je sais qu’elle sera une super maman. Même si j’ai quitté la ville, j’ai continué à prendre de ses nouvelles. Archi et Aly poursuivent leurs études et manquent chaque jour de s’entre-tuer.
Et, avant-hier, j’ai eu ma mère au téléphone. Elle n’a pas prononcé un mot, mais elle m’a écoutée lui raconter notre périple, avec Nasser. À un moment, elle a rigolé. Et ce son a bercé mes oreilles pendant des heures. J’ai hâte de la revoir.
– Bon courage. Vous allez être géniale, lancé-je à ma psy.
Elle s’esclaffe.
– Je ne vous dérange pas plus longtemps. Je voulais simplement vous remercier. Et vous dire que vous aviez raison quand vous avez affirmé que l’amour existait.
– Bien sûr qu’il existe, Hena. Sous différentes formes. Mais il nous trouve toujours.
Je raccroche une minute plus tard.
C’est à ce moment-là que mon pigeon mord à l’hameçon. L’homme qui se tenait de l’autre côté du bar s’approche de moi, un sourire de prédateur sur le visage.
Mais j’ai déjà mon propre prédateur.
– Je peux vous offrir un verre ? me demande-t-il.
– Oh ? Euh… oui. D’accord.
Ma fausse moue timide lui plaît encore plus. L’homme s’installe près de moi, ne prenant même pas la peine de cacher son alliance.
Enfoiré !
Il engage la conversation, mais je ne l’écoute pas. J’observe son costume taillé sur mesure. Il me raconte une blague et je fais semblant de rire. Je me colle à lui et glisse la main dans l’une de ses poches. Mes doigts se saisissent immédiatement de ce que je convoitais.
Bingo !
L’alarme incendie se déclenche au même moment.
Parfaitement à l’heure, Hell.
La plupart des clients commencent à paniquer et quittent le bar. Le type dégage rapidement, inquiet. Quant à moi, je bois la dernière gorgée de mon verre, nullement anxieuse. Je garde précieusement le portefeuille dans une main, puis sors à mon tour du bâtiment.
Beaucoup de gens se sont rassemblés sur le parking. Je le traverse en regardant droit devant moi. Une silhouette massive s’approche soudainement et mes lèvres s’étirent.
– La pêche a été bonne ?
Je lève le portefeuille en direction de Nasser.
– Impec. Et toi, Hell ?
Il m’observe longuement, dévoilant ses dents.
– Pas mal, ta trouvaille, trésor. Mais j’ai fait mieux.
Il agite des clés de voiture. Une moue boudeuse tord mes lèvres.
– Je crois que j’ai gagné cette partie, termine-t-il.
Je dois bien le reconnaître. Mais je gagnerai la prochaine fois.
– Je suis prête pour ma revanche, fanfaronné-je.
Il a l’air impatient. Il rigole dans sa barbe avant de se pencher et de m’embrasser. Nos langues dansent ensemble. Puis il se tourne et je saute sur son dos. Ses mains se placent à l’arrière de mes cuisses et il se dirige vers la voiture qu’il vient de voler.
Je mordille le lobe de son oreille et chuchote :
– J’ai envie de toi.
– Arrête de me rendre dingue.
– Jamais.
Je n’arrêterai jamais. Pas alors que c’est si bon de le voir perdre pied. Je plonge mon visage dans son cou et ferme les yeux.
Nous sommes libres. Nous sommes forts. L’enfer toxique qui nous retenait prisonniers n’est plus. Nous contrôlons notre propre destin, désormais. Et, surtout, nous affronterons nos chutes ensemble, sans peur. Car nous serons toujours la plus belle et la plus dangereuse collision qui puisse exister.
FIN
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