Toxic Hell

Anita Rigins · Chapitre 59 sur 65

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Toxic Hell

55. Right person but wrong time

 

 

Hena

 

Les jours passent. Nasser est revenu le lendemain de sa dernière visite. Il a toqué à ma porte, mais il n’a pas parlé, cette fois. Il est resté quelques minutes, jusqu’à comprendre que je n’allais pas ouvrir.

Il est parti, pour ne plus revenir les jours suivants. Il m’a obéi. Je suis restée seule, comme il le fallait. Je n’ai pas pleuré. Aucune larme n’a coulé sur mon visage. Je suis restée vide tout ce temps.

Je commence à sortir de la brume épaisse trois jours plus tard. J’accomplis quelques gestes mécaniquement et termine sous la douche. L’eau brûlante coule sur moi. Elle est trop chaude, mais je m’en moque. Enfin, je me rappelle qu’au-delà de ce grand froid qui refuse de me quitter, il y a une vie.

Ma vie.

Je ne suis pas morte. Je réalise les choses. Ce n’était pas le cas ces derniers jours. Là, je comprends, comme si mon cerveau se remettait en marche. Mon corps rouillé refuse que je l’abandonne une nouvelle fois. Il veut que je me batte. Je ne veux pas lui céder, mais mon cerveau s’y met, et, à eux deux, ils parviennent à me réveiller.

Je vais devoir vivre.

Je laisse tomber ma tête en avant et l’eau coule dans mes cheveux. C’est si bon de ressentir à nouveau ces quelques sensations ! La dernière discussion que j’ai eue avec Nasser me revient alors en mémoire. J’ai été horrible avec lui, alors qu’il ne souhaitait qu’une chose : m’aider. J’avais besoin d’être seule avec moi-même, c’était essentiel. Alors, je l’ai repoussé. Je lui ai fait croire que je n’avais jamais eu besoin de lui. Ce n’était qu’un mensonge.

Savoir qu’il était là, ces derniers jours, attendant derrière ma porte, c’est aussi ce qui m’a aidée à tenir sans que je le réalise sur le moment. Je pensais que j’étais seule tout ce temps. Mais je ne l’étais pas. Jamais.

Et puis Nasser a arrêté de venir en comprenant que je n’allais plus jamais lui ouvrir.

– Putain…

Je presse mes mains sur mes paupières. D’autres souvenirs veulent m’envahir, mais ceux-là sont trop douloureux. Je ne suis pas encore prête pour eux. Alors, je me concentre sur Nasser. Je me concentre sur lui, ma réalité. Je ne sais absolument pas ce que je vais faire une fois que je serai en face de lui, mais il faut que je le voie.

J’arrive vingt minutes plus tard dans la zone industrielle désaffectée de Monroe. Je me gare en face de l’entrepôt. Je ralentis le pas en découvrant la Lincoln Navigator, garée juste devant la lourde porte métallique ouverte. Il y a des cartons dans le coffre.

Qu’est-ce qu’il se passe ?

Tant de choses ont dû se produire depuis que je me suis retranchée sur moi-même ! Beaucoup plus de choses que je ne le pensais.

Je m’avance entre les cartons et arrive devant l’entrée, mais je ne vois personne à l’intérieur. Finalement, une silhouette apparaît devant moi. Nasser traverse la salle sans m’avoir encore remarquée. Il s’est rasé de près et porte un pull gris, assorti à ses yeux. Il m’aperçoit soudain sur le seuil. Nous restons silencieux pendant une longue minute, sans bouger. Finalement, il s’approche de moi.

– Hena ?

Ça fait du bien d’entendre sa voix. Je croise les bras. Je ne sais même pas ce que je fous là. Et voir ces cartons me fait mal. Mais j’avais besoin de revoir Nasser.

– Salut.

– Salut, me répond-il.

Ses yeux parcourent avidement ma silhouette. Plein de choses se réveillent en moi. Des choses qui dormaient depuis de longs jours.

Il ne me demande pas comment je vais. Il doit connaître la réponse. Je pose finalement la question qui me bouffe.

– Tu déménages ?

Nasser fixe les cartons derrière moi.

– J’ai beaucoup réfléchi, ces derniers jours, à l’avenir du Toxic Hell. J’ai tout repassé dans ma tête. L’inspecteur Hiro. Mon père. Mon frère. Ton… ton frère.

J’inspire brusquement sans pouvoir m’en empêcher. Il me fixe comme s’il ne croyait pas vraiment à ma présence. Comme s’il voulait me toucher et me serrer contre lui.

– Et, continue-t-il, je crois que je vais tout mettre sur pause quelque temps : les combats, le dark Web et tout ce qui va avec. J’ai économisé pas mal de fric. C’est l’occasion d’en profiter. Je pars à l’aventure. On verra de quoi seront faits l’avenir et mon voyage.

Ne pars pas ! crie mon cœur silencieusement. Je t’aime toujours !

Il a l’air décidé et très motivé.

– J’espère que tu vas t’éclater.

Voilà la seule chose que je prononce.

Quelle débile je suis !

– Tu ne veux pas venir avec moi ?

Sa proposition tourne dans ma tête, mais j’ai encore besoin de rester ici. Je ne peux pas partir comme ça. Je ne veux pas devenir un poids pour lui alors qu’il ressent l’envie de s’en aller.

– Je… je ne peux pas partir ainsi.

Nasser hoche la tête, mais reste silencieux.

– Bonne personne, mais mauvais moment, pas vrai ? continué-je avec un rire triste.

Nous nous observons quelques secondes, puis il s’approche de moi, lève mon visage et m’embrasse. Ses lèvres épousent les miennes. La brume disparaît autour de moi. Nasser la dissipe sans lui laisser le choix. C’est si bon de le sentir de nouveau contre moi ! Son goût et son odeur me possèdent enfin.

Sa langue effleure la mienne une dernière fois, puis je recule.

– Merci de m’avoir aidée à être libre, Hell. Merci de m’avoir aidée à faire le grand saut.

– Et quelle sacrée chute !

Il se retient de me sauter dessus et de me garder pour lui, je le sais. Mais il doit voir que je ne suis pas prête.

– Salut, dis-je doucement.

– Salut, ma petite voleuse.

Le souffle court, je lui souris tristement.

Je quitte le Toxic Hell. Je quitte Nasser. C’est dur, ça me fait mal, mais je sais qu’il mérite de profiter de la vie à son tour.

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