Toxic Hell
21. Panique et intensité
Hena
L’ambiance est totalement différente du Toxic Hell. Alors que, dans l’usine désaffectée, aucune limite n’existe, ici, les choses semblent un peu plus maîtrisées. Les billets volent tandis que les paris sont lancés, mais les esprits ne s’échauffent pas encore assez pour que la situation devienne incontrôlable.
Nasser me fixe une dernière fois, puis rejoint le centre du chapiteau. La foule se rassemble en cercle. Je suis vite percutée par les épaules et les coudes de nombreux inconnus. Mon souhait serait de me recroqueviller sur moi-même. Mais pas cette fois. Pas ce soir. Je redresse les épaules, inspire brusquement et me concentre sur la foule.
J’aperçois Nasser au loin. Il sautille sur place, sa silhouette dominant aisément celles de la plupart des gens rassemblés. Un type se dresse devant lui, le visage entièrement recouvert de maquillage de manière à le faire ressembler à un clown. C’est celui qui est passé près de moi, tout à l’heure.
Brrrrrr ! Il me file la chair de poule, ce con !
Je devrais commencer tout de suite ma mission : trouver Ilias et le voler. Mais je reste quelques secondes à observer la scène où le combat va bientôt débuter. Nasser devient un véritable prédateur, prêt à écrabouiller l’autre comme de la vermine. Ce dernier n’est pas en reste. Ses larges épaules indiquent qu’il est, lui aussi, un adversaire redoutable.
Un couple, à mes côtés, s’agite. La petite blonde à lunettes tire sur le bras de son copain. Ce dernier secoue de nombreux billets en l’air.
– Putain, Keegan, tu ne vas pas parier mille dollars sur ce trou du cul !
– T’inquiète, bébé, je gère, lui répond l’immense biker avec un sourire penaud.
Le regard amoureux qu’ils échangent ensuite me fait détourner le mien. J’ai l’impression de jouer les voyeuses. J’observe une dernière fois Nasser. La foule siffle et acclame les combattants. C’est parti pour mon propre combat.
Ilias. Je dois trouver Ilias et rembourser ma dette.
Je n’ai pas à chercher longtemps avant de le repérer. Sa longue chevelure pend librement dans son dos. Vêtu d’un jean et d’une veste en cuir, il se tient au milieu de la foule qui entoure le ring. II tape un message sur son portable avant de le ranger dans la poche droite de sa veste.
OK, je note.
Désormais les bras croisés, il observe le combat, une moue colérique sur le visage. Je n’aime pas ce qu’il dégage. Ça me met mal à l’aise. Je repense à lui, roué de coups par Nasser, alors qu’il avait tenté d’abattre sur ce dernier sa barre de fer.
Il n’a pas dû parier sur Nasser ce soir, le coco.
OK, comment m’approcher de lui ? Plusieurs personnes sont accrochées à ses basques. Mais il semble seul, désespérément seul au milieu de cette foule. Il ne parle pas, garde un visage fermé.
Je dois l’atteindre sans qu’il se doute une seule fois que mon but est de le dépouiller. Le meilleur moyen de le faire est d’avoir l’air d’une biche perdue dans ce monde. Je me dirige vers lui et m’arrête à quelques pas. Je sors un billet de dix dollars de ma poche et pivote dans sa direction, l’air incertain.
– Sur qui est-ce que je devrais parier, d’après toi ?
Je donne l’impression d’être totalement décalée avec l’endroit, en plus d’être perdue face aux combattants. Ilias tourne son visage vers moi, se demandant sûrement si je m’adresse bien à lui. Il fronce les sourcils tout en fixant mon pauvre billet.
– Si tu veux parier, petit cul, tu vas devoir miser un peu plus.
Ce surnom me donne envie de lui en coller une.
– Oh…
Je prends un air déçu et me tourne vers le combat. Je reste silencieuse, priant pour qu’il morde à l’hameçon et ait pitié de ma fausse détresse. Et il fonce dans le piège directement, comme un gros poisson.
– En tout cas, tu vois l’enfoiré avec le jogging ? souffle-t-il en se collant presque à moi. C’est une merde, il va se faire rétamer. Parie sur son adversaire.
J’ai envie de me reculer pour échapper à son souffle qui frappe mon oreille. Son odeur de bière bon marché et de cigarette froide envahit mes narines, me faisant froncer le nez. Je le regarde et rétorque sans pouvoir m’en empêcher :
– Certaines personnes, dans la foule, le décrivent comme le roi de cet endroit.
Pourquoi est-ce que je défends Nasser, maintenant ?!
Les rides autour des yeux d’Ilias se creusent tandis qu’il plisse les paupières. Il crache sur le sol, se moquant d’avoir l’air d’un porc.
– C’est plutôt un simple bouffon du peuple, oui.
La jalousie est si présente dans sa voix qu’elle renforce mon malaise. Il faut que j’en finisse au plus vite pour pouvoir me barrer d’ici.
J’inspire brusquement et, quand une personne passe près de nous, je fais semblant de percuter par maladresse l’épaule d’Ilias. Son contact me révulse, mais je m’oblige à glisser les doigts dans la poche de sa veste. Il me maintient en équilibre tandis que je planque son portable dans la poche arrière de mon jean.
– Désolée ! m’exclamé-je, le souffle court. Je dois y aller.
Bingo ! J’ai réussi.
Je me redresse et m’écarte le plus rapidement possible à reculons, mais Ilias en a décidé autrement. Il fronce davantage les sourcils et se colle de nouveau à moi.
– Attends, ne pars pas tout de suite, petit cul.
Le souffle me manque quand je sens son torse contre ma poitrine. Puis ses doigts s’enroulent autour de mon poignet et me maintiennent sur place.
Une partie de moi est prête à lui arracher les yeux, ou du moins à lui en coller une. Mais l’autre partie, la plus brisée, est tétanisée. Je me mets à paniquer, alors même que je devrais bouger et m’éloigner de ce type. Mais je suis incapable du moindre mouvement. Je sens désormais d’autres doigts sur moi. Une autre poigne se rappelle à mon souvenir. Je sens Abraham contre mon corps, sa respiration contre mes lèvres.
L’air se bloque dans ma gorge. Je suffoque. L’expression lubrique sur le visage d’Ilias me donne envie de vomir. Je. Ne. Peux. Pas. Bouger. Mon corps refuse.
Des cris résonnent soudainement dans mon dos, marquant la fin du combat. Ilias se redresse, puis recule de quelques centimètres, essayant d’apercevoir qui a gagné. La foule se presse de tous les côtés, me percutant de toutes parts. Je sais que je dois bouger maintenant alors que le regard d’Ilias est ailleurs, mais…
Un bras s’enroule autour de mon ventre et je suis soudainement tirée en arrière.
– Qu’est-ce que… commence Ilias.
Mais nous sommes déjà loin et la foule se dresse entre nous. Des mains saisissent mes hanches. Encore une fois, Nasser me tire d’une situation dangereuse. Je me colle contre lui tandis qu’on traverse la foule. Mes ongles s’enfoncent dans sa peau, mais il semble s’en moquer.
– J’ai le portable, tenté-je de le prévenir par-dessus les cris et mes propres démons, qui se joignent à la partie.
– Là, tout de suite, je m’en tape, du portable, lance Nasser d’une voix forte.
Il relève la tenture et me pousse dans l’ancienne loge de tout à l’heure. Je prends une grande inspiration, mais l’air est toujours bloqué dans ma gorge. Mon cœur bat toujours aussi rapidement. La raison n’est plus mon amie.
Je croise le regard de Nasser, et il comprend ce qui se déroule en moi.
***
Nasser
Je crois qu’Hena est sérieusement en train de péter un câble dans sa jolie petite tête blonde. Elle pose les mains sur son abdomen. Je m’avance vers elle rapidement. Un couinement sort de sa bouche quand mes mains saisissent ses hanches.
Je la fais s’asseoir avec précaution sur la coiffeuse, de l’autre côté de la pièce, et me dresse entre ses jambes écartées.
– J’ai le portable, souffle-t-elle une nouvelle fois, comme si le reste n’avait pas d’importance.
Son regard est vide. Ma main ensanglantée saisit sa mâchoire et je lui relève le visage pour qu’elle me regarde.
– Hena. Regarde-moi.
Elle ne me répond pas. Je resserre ma prise et me colle un peu plus contre elle, ses cuisses me retenant prisonnier.
– Hena. Regarde-moi immédiatement. Moi.
Ma voix claque dans le silence de la loge. Je ne sais pas où son esprit est parti, mais elle est loin. Le seul moyen de la faire revenir est la chaleur de mon corps. Mon autre main agrippe délicatement sa nuque. Ses yeux se posent sur moi et elle inspire brusquement, se reconnectant à la réalité.
Ni elle ni moi ne bougeons pendant de longues secondes. Puis elle prend conscience qu’elle est dans mes bras et observe notre position. Moi entre ses cuisses, ma main sur sa nuque, et elle blottie contre mon corps.
J’examine les traits de son visage, son petit nez retroussé et ses lèvres pleines, qui tentent d’inspirer toujours plus d’air. Les petites taches de rousseur sur ses pommettes sont dissimulées par la rougeur qui a envahi ses joues.
Mes mains la lâchent. Je les pose de chaque côté de ses cuisses ouvertes.
– Je n’avais pas besoin que tu voles à mon secours, souffle-t-elle.
Je lève un sourcil face à sa mauvaise foi.
– Quelle petite voleuse têtue tu fais ! lui murmuré-je sans m’éloigner.
Ses cuisses tremblent contre moi, mais elle ne fait rien pour se dégager. Mon visage est toujours penché vers le sien. Son menton est dressé dans ma direction. La voilà de retour, cette petite garce entêtée.
– J’ai le portable, répète-t-elle pour la énième fois.
Ce foutu téléphone est sorti de ma tête. J’ai agi par pur instinct ces cinq dernières minutes. Je venais de mettre à terre mon adversaire, puis je l’ai vue. J’ai vu la panique dans ses yeux tandis qu’Ilias la retenait contre lui.
Je ne savais pas si Hena avait récupéré le portable, l’objet de mes convoitises, mais je ne voulais qu’une chose : l’éloigner de cet enfoiré. L’emmener à l’écart de la foule. La garder contre moi. Mon propre comportement me choque tant il est inhabituel. Je ne voyais que les mains d’Ilias. Je voulais lui briser les doigts pour le repousser loin d’elle.
Mes yeux affrontent le regard désormais combatif d’Hena. Elle avale difficilement sa salive. Seuls quelques petits centimètres séparent mon visage du sien. Son regard se pose alors sur mes lèvres et ne les quitte plus.
Me prenant au dépourvu, elle colle ses lèvres contre les miennes. Juste une seconde, comme si mon contact l’avait brûlée. Elle m’effleure dans un souffle, et déjà son visage recule. Le choc envahit ses traits. Elle aussi ne comprend pas ce qu’il vient de se passer.
J’en veux encore.
– Je… pardon, chuchote-t-elle en se mordant la lèvre inférieure.
Elle n’a pas le temps de prononcer autre chose que je fonds sur elle. Ma bouche se presse contre la sienne et je la dévore littéralement. Je veux prendre mon temps pour la savourer. Je veux me plonger dans son odeur et y imprimer la mienne. Mes dents entrent en jeu et mordent sa lèvre inférieure afin qu’elle m’ouvre le passage.
J’en veux plus.
Sa bouche s’ouvre quand mes deux mains se posent sur ses cuisses pour les écarter davantage. Une exclamation s’étouffe dans sa gorge et ma langue rencontre la sienne.
Putain de merde !
Elle ne me laisse pas la dominer. Sa langue vient chercher la mienne, s’enroule autour avant de s’éloigner, taquine. Un bruit sourd se bloque dans ma cage thoracique. Mes doigts pressent sa peau et mes hanches butent contre son bassin. La coiffeuse grince sous ses fesses, signe qu’elle est à deux doigts de lâcher, mais je m’en moque. Rien ne compte, à cet instant, à part le brasier qui enflamme ma peau. Une flamme grandit sous mes doigts, prête à anéantir le chapiteau.
– Encore, gémit-elle contre ma bouche avant de reprendre notre baiser.
– Putain, dis-je en succombant davantage face à sa gourmandise.
Nos dents s’entrechoquent et ses mains plongent dans mes cheveux, qu’elle tire pour approfondir notre baiser. Je penche son visage sur le côté, ma main posée sur sa mâchoire pour la maintenir et posséder pleinement sa bouche.
C’est moi qui contrôle.
Mais elle ne me laisse pas faire. Elle tire encore mes cheveux. Mon bassin percute de nouveau le sien. Je sens que l’intérieur de ses cuisses est aussi brûlant, voire plus, que le reste de son corps. Ma queue, prisonnière derrière mon jogging, est si dure que je ne souhaite qu’une seule chose : prendre Hena rudement, la baiser longuement.
Je me presse davantage contre elle, mon torse écrasant ses seins. Ses mamelons frottent contre ma peau nue à travers la barrière de son pull. Ma main lâche sa mâchoire et j’attire ses hanches contre moi.
– J’ai besoin de plus de friction, m’exclamé-je, un sourire carnassier sur les lèvres.
Je me frotte contre son bassin et un autre couinement sort de sa bouche. Je la veux nue, mes hanches la martelant contre le sol. Je veux poser ma bouche sur ses seins, mes dents mordant durement ses mamelons. Je veux lécher la mouille qui s’écoulera de son corps avant de lui faire goûter son jus en l’embrassant pleinement.
Puis tout bascule. Une exclamation se fait entendre dans mon dos. Je comprends que quelqu’un a relevé la tenture.
– Merde ! Désolée ! s’écrie l’inconnue avant de partir.
Je n’ai pas le temps de tourner la tête vers elle que, déjà, Hena se redresse. Je m’éloigne et elle saute sur ses jambes vacillantes. Sa bouche est gonflée par la force de nos baisers. Elle essaie, tant bien que mal, de remettre correctement son pull.
Le souffle court, elle retire le téléphone d’Ilias de sa poche arrière et le dépose sur la coiffeuse.
Ma propre respiration est erratique. Je m’éloigne d’un pas tant notre attraction m’aveugle. Ma queue est si douloureuse que ça me rend fou. Hena vient de m’enflammer littéralement de l’intérieur. Et je sais qu’elle a ressenti la même chose.
Qu’est-ce qu’il vient de se passer, putain ?!
La question semble flotter entre nous. J’ouvre la bouche pour lui parler, mais elle me devance.
– Putain, je ne sais pas ce qu’il s’est passé ! Voilà le portable. On est quittes, désormais.
Puis elle s’enfuit comme s’il n’y avait rien eu.
Cette fille est un ouragan et vient de dévaster la moitié de mon cerveau.
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