Toxic Hell

Anita Rigins · Chapitre 55 sur 65

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Toxic Hell

51. L’innocente qui aimait le coupable

 

 

Nasser

 

– Vous savez parfaitement que je n’ai rien à voir avec cette histoire, Hiro.

L’inspecteur pousse un long soupir tandis que je m’installe dans la salle d’interrogatoire. Dieu soit loué, je n’ai pas de menottes aux poignets !

Des envies de meurtre me viennent. MG n’a apparemment pas écouté notre géniteur. Je voudrais qu’il soit en face de moi pour lui briser les genoux. Je ne pensais pas que son comportement pourrait être encore plus lâche qu’avant, mais je me suis apparemment trompé.

Je m’installe sur la chaise en métal et carre les épaules. Quelle ironie quand on sait que j’étais assis sur une chaise similaire, il y a peu, pour dire adieu à mon père !

– C’est plus compliqué que ça, reprend l’inspecteur. Cet individu nous a indiqué que tu lui avais fourni de quoi préparer leur braquage, à lui et ses deux petits camarades.

– Et qu’ont dit ses camarades ?

– Aucune mention de ton nom.

Un sourire moqueur étire mes lèvres.

– Alors, réfléchissez, putain ! J’arrive pas à croire qu’un homme tel que vous soit si stupide.

– Surveille ton putain de langage.

J’arque un sourcil face à son propre juron. C’est l’hôpital qui se fout de la charité, à ce stade.

– Dites-moi que mon frère est ici.

– Il est ici. Dans une salle bien gardée, de l’autre côté du bâtiment.

– Amenez-le-moi. Laissez-moi seul avec lui cinq minutes.

– Écoute, ne rends pas la situation encore plus compliquée, gamin. Une femme a failli perdre la vie aujourd’hui quand ton frère lui a tiré dessus avant de voler la caisse de sa boutique.

– C’est malheureux, mais ce n’est pas mon problème.

– Ça l’est si les paroles de MG sont véridiques.

Je pose les deux mains sur la table.

– C’est ça, votre preuve, inspecteur ? Parce que, si mon arrestation repose sur ses mots, vous êtes en train de vous planter sévère.

– Tu n’es pas officiellement arrêté. On t’interroge.

– Deux de vos petits copains m’ont embarqué. On peut difficilement parler d’une promenade de santé, inspecteur.

Un lourd silence s’installe entre nous. Hiro jette plusieurs fois des coups d’œil à la porte. Il perd son temps et me fait perdre le mien, alors que, putain, Hena s’est ouverte à moi ! Elle est enfin revenue. Elle a des sentiments pour moi, et c’est la seule chose qui m’empêche de vriller à l’heure actuelle.

– Si ce n’est qu’un interrogatoire, comme vous dites, je suis donc libre de partir ?

– As-tu, oui ou non, fourni des armes à ton grand frère ?

– Vous voulez que je vous réponde en quelle langue ? Non, espèce d’idiot !

– Tu veux que je te coffre pour outrage ? N’aggrave pas ton cas, Nasser.

Son pseudo-ton paternaliste me rend dingue. Je n’ai aucune envie de jouer les gentils gars. Je déteste l’injustice, et par-dessus tout qu’on m’accuse de mentir.

– Vous me connaissez, putain ! m’énervé-je. On a déjà fait affaire, vous et moi. Vous vous trompez sur toute la ligne, et en beauté. Je ne suis pas un ange, mais je ne nage pas dans ces eaux-là. Jamais. Et si vous n’avez pas de preuves, vous allez devoir me relâcher. Maintenant !

Son regard affronte le mien, mais hors de question que je baisse les yeux. Finalement, il se lève et s’engage dans le couloir en claquant la porte dans son dos.

– Profitez-en pour ramener mon putain de portable, que votre collègue a pris !

Les minutes s’écoulent sans que quiconque ne vienne. Au bout d’un interminable quart d’heure, Hiro se présente de nouveau dans la salle. Son air mécontent vaut son pesant d’or. J’aimerais prendre une photo de sa tête pour la montrer ensuite à Archi.

– Ton frère va passer un paquet de temps derrière les barreaux, encore une fois. Quant à toi, nous n’avons effectivement pas de preuve de ta culpabilité, à part sa parole contre la tienne.

Il sort mon portable de sa poche et le pose devant moi. Je me redresse sans attendre, toujours aussi énervé.

– Toi, tu es libre jusqu’à preuve du contraire.

– Et il n’y aura aucune preuve du contraire.

Je vois, sur son visage, qu’il ne sait toujours pas s’il doit me croire. Quelle déception... Tu m’étonnes qu’Archi ne puisse pas le supporter !

– Vous venez de commettre une erreur, inspecteur. Plus jamais je ne vous aiderai. Allez crever.

Il contracte durement la mâchoire. Il est à deux doigts de me plaquer contre le mur pour m’arrêter, je le sens. Mais je recule déjà et lui souris avec une expression innocente.

– Oh ! Archi vous passe le bonjour.

– Dégage d’ici !

 

***

 

Hena

 

J’arrive chez moi. Le soleil est couché désormais. Ça me tuait de patienter chez Nasser sans aucune nouvelle. Je sais, au fond de moi, qu’il est innocent, mais rester seule dans cet endroit immense me foutait les jetons.

Je gare ma voiture devant mon immeuble. Une fatigue intense me frappe soudainement. Je suis lasse de toute cette situation qui échappe à mon contrôle. Pourtant, j’ai l’impression que je ne suis pas au bout de mes peines.

Mon portable vibre dans ma poche. Le soulagement m’envahit quand je découvre qui est mon correspondant.

– Nasser !

– Trésor.

Entendre ce surnom me réanime. C’est comme si je pouvais de nouveau respirer.

– Où es-tu ? me demande Nasser sans attendre.

– Devant chez moi.

– Attends-moi là-bas. Je… j’arrive dans trente minutes.

Il raccroche et je m’empresse de quitter mon véhicule. Tandis que je m’engage dans l’escalier, mon portable se met encore à sonner. Mais ce n’est pas Nasser qui tente de me joindre. C’est un numéro que je ne connais pas.

– Allô ? demandé-je prudemment.

Une voix de femme me répond.

– Milhena Williams ?

Je connais ce timbre, mais je n’arrive pas à mettre un nom dessus.

– Oui. Qui est à l’appareil ?

J’arrive devant la porte de mon appartement et m’apprête à l’ouvrir, mais je suspends mon geste.

– Je suis Samantha Holms, la psy de votre frère. Je peux vous parler une minute ?

Je déverrouille finalement ma porte et découvre que l’appartement est apparemment vide, vu le silence qui y règne. L’inquiétude monte en moi. Mon frère est justement censé être chez sa psy à cette heure-ci. J’ai, de mon côté, annulé mon rendez-vous avec la D re Bomley.

– Oui, bien sûr. Mais mon frère n’est pas avec vous ? Je sais qu’il a loupé une séance, mais cela ne devait plus se reproduire…

Elle souffle des paroles que je ne comprends pas et je lui demande de répéter.

– J’ai longuement attendu pour vous appeler, car Karl est un adulte et il est libre de ses choix, d’autant que je sais que votre propre situation est compliquée, mademoiselle. Mais j’aurais dû vous contacter bien avant. Milhena, Karl ne vient plus à nos séances depuis des semaines.

Je fronce les sourcils et pose mon sac sur le canapé.

– Mais ce n’est pas possible ! Je viens, la moitié du temps, le chercher devant votre immeuble.

Seul le silence me répond. Un mauvais pressentiment me gagne.

– J’avoue ne pas comprendre, continue la psy. Si je vous ai appelée ce soir, c’est pour savoir si votre frère avait tout simplement trouvé un autre praticien et avait oublié d’effectuer un transfert de dossier.

– Non, chuchoté-je. Mon frère n’a jamais pris de nouveau psy.

– Eh bien, je pense que vous devriez avoir une conversation avec lui.

– Je dois vous laisser.

Me moquant d’être impolie, je raccroche soudainement et glisse mon portable dans ma poche.

– Karl, murmuré-je, mais qu’est-ce que tu ne me dis pas ?

Je me dirige vers sa chambre, une boule grossissant dans mon estomac. Je n’ai pas pour habitude de fouiller dans ses affaires, mais, cette fois-ci, j’entre sans hésiter dans son espace. Le lit est fait à la perfection. Tout est rangé au centimètre près.

J’allume la lampe et déambule dans la pièce avant de m’asseoir au bord de son lit. Mon frère m’a menti depuis des semaines. Mais pourquoi tous les hommes de ma vie ont-ils décidé de se jouer de moi ? Et pourquoi Karl aurait-il menti ?

Beaucoup de choses me traversent l’esprit. Karl a refusé de se soigner, mais il m’a fait croire que tout allait bien. Et je n’ai rien vu. Il s’est passé tellement de choses autour de nous que je n’ai même pas remarqué ce que j’avais sous les yeux. Je voyais ses crises et son comportement bizarre, mais je pensais que ça irait mieux. Je pensais que le temps le guérirait.

Je fouille minutieusement sa chambre dans l’espoir de comprendre où il va quand il n’est pas chez sa psy. J’ouvre le tiroir de sa table de nuit, mais il n’y a absolument rien dedans. Je me redresse et m’avance vers sa penderie. Je déteste ce que je suis en train de faire, mais j’ai besoin de réponses. Mes mains s’enfoncent entre les cintres. Je ne sais pas vraiment ce que je cherche.

Je baisse alors les yeux, qui se posent sur un sac de sport, au fond du placard. Je le tire à moi et l’ouvre.

Le bruit résonne dans la chambre. Je plonge ma main dans le sac. L’incertitude m’envahit quand je touche quelque chose de pointu du bout des doigts.

– Mon Dieu, Karl ! Mais qu’est-ce que tu as fait ?

J’ouvre le sac en grand. Mes doigts tremblent tellement que j’ai du mal à saisir ce qu’il contient. La première chose que je sors, c’est un couteau avec une lame souillée de taches brunâtres.

Non. Non. Non ! Ce n’est pas possible. Je refuse. Dites-moi que je suis en plein cauchemar !

Puis je retire du sac un tee-shirt gris appartenant à mon petit frère, la prunelle de mes yeux. Le tissu est taché. Je n’ai pas besoin de réfléchir longtemps pour comprendre ce dont il s’agit. Du sang. Mon cerveau fait les connexions. Des liens et des réponses s’imposent à moi, mais je les repousse le plus loin possible.

Et tandis que je suis en train de toucher ces preuves irréfutables qui incriminent mon frère, une partie de moi se détruit. Tout ce temps, j’ai cru que mon père avait tué cette femme. Mais, en réalité…

Un craquement se fait entendre dans mon dos. Je sursaute et lâche le tee-shirt comme s’il était empoisonné. Mon frère se tient sur le seuil de sa chambre. Il fait un pas dans ma direction, le visage ruisselant de sueur. Je ne bouge pas d’un centimètre. J’en suis incapable.

– Karl, murmuré-je difficilement, mais qu’est-ce que tu as fait ?

Sauf que ce ne sont pas les yeux de mon frère qui m’observent attentivement. Ce sont ceux d’un inconnu. Son regard est si noir, si inhumain ! C’est le corps de mon frère, mais la personnalité d’un autre. C’est un monstre qui se tient devant moi. Et c’est ce même monstre qui me frappe au niveau de la tempe. Je m’effondre sur le sol.

Un monstre a emmené mon frère dans le noir. Et il va m’emmener, moi aussi, loin de la lumière.

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