Toxic Hell

Anita Rigins · Chapitre 51 sur 65

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Toxic Hell

47. Loving you is a losing game

 

 

Hena

 

Je dois halluciner. Je me trompe forcément, ce n’est pas possible. Dites-moi que je me trompe… Mais non. La conclusion est toujours la même. C’est moi sur cette vidéo. Une vidéo trouvée dans l’ordinateur de Nasser, en plus de différentes informations relatives à Délivrance.

La vidéo ne dure que quelques secondes, mais je me reconnais bien. Je suis nue tandis qu’Abraham se redresse et s’avance vers la caméra. Sous sa longue toge noire, il était nu, lui aussi. Je le sais parce que, désormais, je me souviens de cet instant. Et Nasser a une vidéo de…

Je suffoque et étouffe un petit cri.

Pourquoi est-ce si compliqué de respirer ? Pourquoi est-ce si dur d’avoir le cœur brisé ? Comment faire quand il refuse de se remettre à battre ?

Je sursaute en entendant un craquement derrière moi.

– Hena ?

Je me lève si brusquement que je renverse le fauteuil du bureau. Je fais volte-face et me dresse devant Nasser, alors que, la seule chose que j’aimerais faire, c’est m’écrouler.

Ses yeux gris trahissent son inquiétude. Les questions semblent se bousculer dans sa tête.

– Qu’est-ce que tu as ? ose-t-il me demander.

– Tu…

J’aimerais parler. J’aimerais hurler, mais ma voix se brise et des tremblements irrépressibles me parcourent. Alors, Nasser fixe l’écran de l’ordinateur et comprend. Il comprend exactement ce que je viens de découvrir. Il a l’air défait, alors que c’est moi qui viens d’être trahie.

Soudainement, j’explose. La douleur me terrasse, mais elle n’est pas la seule. L’incompréhension, la colère et un sentiment de trahison l’accompagnent.

– Pourquoi ?! Pourquoi as-tu ces informations dans ton ordinateur ? Pourquoi as-tu cette… cette vidéo ?

Ma voix flanche sur le dernier mot. Je sens les larmes monter à mes yeux brûlants sans pouvoir les retenir.

– Ce n’est pas ce que tu crois. Laisse-moi t’expliquer.

Nasser fait un pas dans ma direction, une main tendue vers moi. Je fais un bond en arrière et recule ensuite davantage.

– Ne t’approche pas ! hurlé-je. Reste loin de moi !

– Écoute-moi !

La frustration l’habite désormais.

– Ce n’est pas ce que tu crois, répète-t-il.

Je devrais l’envoyer bouler, mais mon cœur se raccroche à ses mots, comme si je n’étais pas assez anéantie.

– C’était trop beau pour être vrai, n’est-ce pas ? Toi. Nous.

Mille et un scénarios me passent par la tête. J’imagine plein de choses concernant Nasser à mesure que ma panique grandit.

– Hena, m’appelle Nasser d’une voix forte. Attends. J’ai besoin que tu m’écoutes. Je n’ai pas été honnête avec toi.

– Tu crois ?!

J’explose encore plus. Je me jette sur lui et le pousse le plus fort possible. Il ne bouge pas vraiment, alors je martèle son torse de mes poings.

– Putain ! Tu as ces putains de photos et de vidéos dans ton ordinateur !

Il me laisse faire, recevant mes coups sans me repousser. Finalement, ses mains agrippent mes poignets. Je me dégage comme s’il venait de me brûler. C’est le cas, il vient de me brûler et je n’ai rien pour atténuer les flammes et les dégâts qu’elles sont en train de causer.

– Ce n’est pas ce que tu crois, répète Nasser. Lorsque tu m’as rencontré, dans le bar d’Archi, c’était la première fois que tu me voyais. Mais ce n’était pas la première fois que moi, je te voyais. Pourtant, je n’avais pas eu connaissance de toi par les journaux.

Je veux qu’il arrête de parler. Je veux juste que tout s’arrête. Je traverse la pièce et il me suit. Les larmes dévalent mes joues. Ses mots résonnent à mes oreilles. Je lui fais finalement face.

– Quand je t’ai vue dans ce bar, je connaissais déjà ton histoire. Ta véritable histoire. Je devais m’approcher. Alors, je suis venu à ta rencontre.

– Tais-toi !

Mais il secoue simplement la tête.

– Tu faisais partie de Délivrance ?

Voilà, j’ai posé la pire question possible. Le chagrin et l’incompréhension traversent son visage comme s’il était sincèrement blessé par mes mots.

– Quoi ? Bien sûr que non ! Tu crois vraiment que j’aurais pu être l’un de ces malades ?!

Je ne sais que croire. Je ne veux plus rien croire, et surtout pas croire en nous. Quand je pense que Nasser a vu… Il m’a vue… Pendant tout ce temps, il savait. Et il ne m’a rien dit. Il m’a vue dans cet état. L’envie de vomir me prend. Je lutte de toutes mes forces pour ne pas me laisser submerger.

– Tu m’as vue ! Tu… tu as…

– Hena, écoute-moi, bordel ! hurle-t-il soudain.

Je me tais, pleurant toujours.

– Si la police est intervenue, si la police vous a trouvés, c’est grâce à moi.

Mon cœur bat toujours aussi rapidement, mais ses mots me parviennent après une seconde.

– Quoi ?

Ma voix se craquelle. Nasser reste à bonne distance de moi. Ses poings se serrent et se desserrent comme s’il s’empêchait de me toucher, puisque je refuse son contact.

– Tu sais que je suis sur le dark Web depuis longtemps, Hena. J’ai vu tellement de choses y circuler ! Tellement de merdes affreuses que les gens filment pour les poster. Des animaux torturés. Des armes vendues illégalement. Mais, un jour… un jour, j’ai vu bien pire. Une atrocité à laquelle je n’avais jamais été confronté.

Au fur et à mesure de son récit, mes jambes me lâchent presque, mais je suis incapable de bouger pour aller m’asseoir.

– En naviguant sur différents serveurs, j’en ai découvert un nouveau. Je suis tombé sur certaines vidéos, postées par un groupe d’hommes. Ces hommes, c’étaient les dirigeants de Délivrance. Ils… ils se filmaient, avec vous. Les caméras n’étaient pas là pour garder des souvenirs, Hena. Ils diffusaient ça sur le dark Web afin de recevoir de l’argent de la part d’inconnus qui vous mataient.

– Non…

Ils nous filmaient pour ça. Ils vendaient les images à des malades sur le Net.

Nasser inspire brusquement avant de reprendre :

– J’ai prévenu l’inspecteur Hiro, avec qui j’étais déjà en contact. Je l’aidais à retrouver certaines infos sur le Net. On a réussi à vous localiser. Vous étiez dans l’État. Un putain de mouvement sectaire sévissait près d’ici sans que personne le sache. Hiro s’est mis sur l’affaire et a contacté des collègues. C’est comme ça que l’inspecteur Tate a été chargé de l’enquête et que Délivrance a été démantelée.

Je secoue la tête, sentant la panique affluer en moi.

– Je t’en prie, Hena, il faut que tu me croies ! Ces infos sont toujours dans mon ordinateur, car je sais que l’enquête est en cours.

– Tu m’as vue ? Tu as assisté à… tu as assisté à mon viol ? À ceux de mon frère ?

– Oui. Et ça me bouffait de l’intérieur de voir ça sans pouvoir trouver d’où provenaient ces images ! hurle-t-il en retour.

Mes lèvres tremblent et un gémissement douloureux sort de ma bouche. J’ai besoin de me protéger, de dresser des barrières autour de moi.

– Comment as-tu pu me mentir ?

Ma voix n’est qu’un murmure.

– Tu savais depuis le début. Tu… tu as vu toutes ces choses que j’ai subies. Je me suis confiée à toi, alors que tu le savais.

L’air se raréfie autour de moi, mais j’ai besoin de parler. J’ai besoin de dire ce que je ressens.

– Tu n’as rien dit. Comment as-tu pu me mentir ?

– Comment étais-je censé te le dire ?! L’autre jour, après que tu t’étais confiée à moi, je voulais enfin tout t’avouer, mais…

– Je t’ai parlé des caméras. Tu savais que ça me bouffait. Mais tu n’as rien dit, encore une fois. Tout n’était que mensonges. Tu viens de me briser le cœur, pleuré-je sans pouvoir me retenir. Et ça fait un mal de chien !

– Ce n’est pas vrai, ce n’était pas un mensonge ! Je ne voulais pas te faire de mal, Hena.

– Tu viens de tout briser, murmuré-je. Je n’en reviens pas que tu aies vu tout ça, que tu m’aies vue dans cet état.

– Ne dis pas ça. Ça ne change rien. Ne remets pas tout en question.

Un rire incrédule m’échappe.

– Ça ne change rien, martèle Nasser, parce que je suis fou de toi.

Mais je n’entends même pas ses mots. Je ne ressens que mon âme que l’on tente de faire plier une nouvelle fois. Mes larmes continuent de couler et mon palpitant, de saigner. Nasser s’excuse plusieurs fois. Il tente un nouveau mouvement dans ma direction, mais je lève la main devant moi.

– Ne m’approche pas. Ne m’approche plus !

– J’ai merdé, c’est vrai, Hena, mais écoute-moi. J’ai besoin que tu comprennes. J’avais peur de t’en parler.

– Je ne veux plus t’écouter. J’en suis actuellement incapable. Je veux juste… je veux juste partir loin de toi.

– J’ai besoin que tu me croies, souffle-t-il.

Ses yeux brillent étrangement et je vois sa lèvre inférieure trembler. Lui aussi semble détruit.

Mais je l’ignore. Je dresse un mur infranchissable autour de moi. La dernière chose qu’il me reste pour me protéger.

– Je savais que tu étais dangereux, asséné-je d’une voix plus claire. Je savais que m’approcher de toi serait risqué. Et tu sais le pire dans cette histoire ? J’avais raison. J’ai profité de notre chute, mais je suis entrée en collision avec le sol, comme prévu, et tu n’étais pas là quand je me suis écrasée. Parce que c’est toi qui viens de me pousser.

– Hena… tente-t-il d’une voix faible.

– Bravo, Nasser ! Tu disais que ce petit jeu allait nous tuer. Je viens de perdre la partie. J’arrête.

– Hena !

Je fais un pas en arrière, mes jambes me soutenant afin que je puisse prendre la fuite.

– J’arrête. Bravo, Nasser. Tu as gagné.

– Ce n’est pas un jeu ! Ce n’est pas un putain de jeu !

Je secoue la tête et m’éloigne, le laissant seul.

Que me reste-t-il sans lui ?

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