Toxic Hell
45. Complications
Nasser
J’observe Hena. Elle est endormie. Assis au bord du matelas, un café brûlant dans les mains, je le sirote dans le calme du lever du jour. Je repense à tout ce qu’elle m’a dit. Tous les détails de ces atrocités orchestrées par cette bande de cinglés. Ça me dégoûte. J’ai envie de la serrer contre moi et de plonger mon nez dans ses cheveux dans le seul but d’inspirer son odeur.
Son petit nez se fronce et ses paupières papillotent soudainement. Elle s’étire et roule sur elle-même. Tout en étouffant un bâillement, elle me remarque à ses côtés. Un petit sourire hésitant se dessine sur ses lèvres. Dieu qu’elle est belle ! Et je veux la protéger, veiller sur elle.
Tandis qu’elle me fixe, mon cœur se serre. Je ressens de la culpabilité. J’ai besoin d’être honnête avec elle. J’ai besoin de lui dire mon secret. Un secret qui va détruire la relation qui est née entre nous, je le sens.
– Je veux te dire quelque chose.
Elle me sourit alors pleinement, pensant que je suis taquin. Ma bouche s’ouvre, mais, au même instant, je perçois de lourds tambourinements. Les bruits qui percutent la porte de l’entrepôt sont si forts qu’on les entend jusqu’ici.
– Qu’est-ce qu’il se passe ? demande Hena.
– Aucune idée. Je vais voir.
Les sourcils froncés et uniquement vêtu d’un bas de jogging, je quitte rapidement mon appartement et descends l’escalier en métal de l’entrepôt. L’endroit est dans un sale état, mais je ne m’attarde pas dessus.
J’arrive devant l’immense porte coulissante. Les cognements redoublent d’intensité.
– J’arrive ! m’exclamé-je. Ça va, ça va !
Hena foule le sol derrière moi. Je remarque qu’elle a remis ses vêtements de la veille. Elle est aussi préoccupée que moi.
Je fais coulisser la lourde porte et me retrouve nez à nez avec l’inspecteur Hiro, le frère d’Archi. Il prend une seconde pour évaluer la situation. Il observe attentivement le visage d’Hena avant de reporter son attention sur moi. Sa mine sombre ne me dit rien qui vaille.
– Qu’est-ce qu’il se passe, inspecteur Hiro ?
Sa mâchoire se contracte. J’espère qu’il ne vient pas pour perquisitionner les lieux. On avait un accord, lui et moi.
– Un meurtre a été commis à cent mètres d’ici.
J’entends la respiration d’Hena se couper derrière moi. Elle se colle contre mon dos. Le choc m’envahit tellement que j’en perds mes mots.
– Comment ça ? Ce n’est pas possible !
– Une jeune femme a été sauvagement assassinée près de chez toi, Nasser.
Un seul nom me vient en tête. Peut-être que je me trompe, mais je mettrais ma main à couper que mon frère, MG, y est pour quelque chose.
L’enfoiré !
***
Hena
Un meurtre. Il y a eu un meurtre. Une femme a été assassinée et son meurtrier court toujours.
La nouvelle me terrasse. Je n’imagine pas dans quel état sera sa famille en apprenant la triste nouvelle.
L’inspecteur Hiro, que je ne connais pas, pénètre dans l’entrepôt sans vraiment attendre l’autorisation de Nasser. Son regard suspicieux analyse les lieux.
– Je ne peux pas m’attarder, annonce-t-il ensuite. Mais tu es le seul à vivre ici et à organiser des soirées dans les parages.
– Qu’est-ce que vous essayez de me dire, inspecteur ?
Les deux se toisent sans ciller.
– Une de tes… soirées s’est-elle tenue ici, hier soir ?
Nasser ne répond rien, mais son silence est éloquent. L’inspecteur pousse un soupir avant de m’observer une nouvelle fois. Je serre les bras sur ma poitrine, me sentant glacée de l’intérieur.
– L’enquête vient de s’ouvrir et l’arme du crime n’a pas été retrouvée. Nous n’avons pas encore les détails de ce qu’il s’est passé, mais je pense que tu vas rapidement avoir de mes nouvelles.
L’inspecteur Hiro quitte l’entrepôt. Je suis toujours sous le choc. Je ne vois rien de ce qui m’entoure. Mais, au fond de moi, je sais que ce meurtre est lié à ma propre vie. Appelez ça l’instinct.
Je sens que Marcus ou mon père est ici. L’un des deux – voire les deux – est proche. Et ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne me trouve.
Nasser est plongé dans ses propres pensées, m’en refusant l’accès. Je dois voir mon frère. Je dois lui parler, être auprès de lui.
– J’ai besoin de rentrer chez moi, soufflé-je.
La panique m’envahit pour ne plus me quitter. Nasser se tourne vers moi, inquiet, lui aussi.
– Ma voiture est toujours sur le parking de la fac et ma batterie de portable est à plat. Je dois récupérer mon véhicule, puis rejoindre mon frère.
Nasser ne me contredit pas. Vingt minutes plus tard, il me dépose sur le parking de l’université. Toujours plongé dans son monde, il fixe son pare-brise. Un meurtre a été commis près de chez lui. Si ça se trouve, et c’est même fort probable, il s’agit d’une fêtarde qui était à l’entrepôt hier soir. Je m’apprête à descendre, mais il se penche soudainement vers moi et pose sa bouche sur la mienne. Il m’embrasse à en perdre haleine. Dans cet océan de noirceur, il est ma bouée de sauvetage.
– Rentre chez toi. Retrouve ton frère. Et recharge ton foutu portable. Je te rejoins rapidement, d’accord ?
– D’accord.
Je quitte sa voiture et traverse le parking. Nous sommes le 1er novembre, mais il y a pas mal de véhicules garés. Beaucoup d’étudiants bossent à la bibliothèque universitaire. Je me demande s’ils savent ce qu’il s’est passé. Probablement pas. Pas encore, du moins.
La voiture de Nasser s’éloigne tandis que j’atteins la mienne. Une silhouette se glisse entre mon corps et la portière. Je fais un bond en arrière. Tag se tient devant moi. Je pose ma main sur mon cœur.
Putain, encore lui ! Toujours dans les parages !
– Bouh ! s’exclame-t-il en rigolant devant ma mine défaite.
– Tu m’as fait peur !
– Je vois ça !
Il replace correctement son sac à dos sur son épaule.
– J’allais bosser à la bibliothèque quand je t’ai vue. Je voulais simplement te dire que le ciel sera dégagé, ce soir, si tu veux qu’on retourne dans ce parc.
Je le regarde de travers sans pouvoir m’en empêcher. Comment peut-il sérieusement croire qu’on se retrouvera une nouvelle fois, tous les deux, là-bas ?
– Désolée, mais non.
Mon refus lui fait perdre son sourire. Ses traits si aimables et avenants se craquellent. Son visage est rempli de déception et de perplexité.
– T’es sûre ? Écoute… je sais qu’on est partis sur un mauvais pied, toi et moi…
Je le contourne sans attendre.
– On ne sera jamais amis, toi et moi, Tag. Reste loin de moi.
Je n’attends pas sa réaction et pénètre dans mon véhicule. Tag disparaît rapidement de mon champ de vision tandis que je m’éloigne.
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