Toxic Hell

Anita Rigins · Chapitre 19 sur 65

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Toxic Hell

15. Voler la voleuse

 

Hena

 

– Eh oui ! Vu qu’il n’y a pas d’atmosphère sur la Lune, il n’y a pas d’eau, pas de vent, etc. Bref. Les empreintes laissées aujourd’hui seront toujours visibles dans plusieurs milliers d’années. Rien ne viendra les altérer.

Adélaïde Montpensier, notre professeur d’astronomie, écrit de nombreux mots-clés sur le tableau tout en continuant de parler d’une voix forte.

– On pense que notre chère copine a 4,5 milliards d’années. Savez-vous comment elle se serait formée ?

À ma grande surprise, Aly lève la main.

– Moi, moi, moi, murmure-t-elle.

J’interromps ma prise de notes sur ma tablette tandis que la prof interroge ma nouvelle amie, qui se met debout pour lui répondre.

– La Lune provient d’une collision entre la Terre et une étoile.

– C’est presque ça, répond la prof avec un hochement de tête. Bravo, mademoiselle.

La brune se rassied, un grand sourire sur le visage. Elle se tourne vers moi et me donne un petit coup de coude.

– Je suis la meilleure, dis-le !

– T’es la meilleure, répété-je avec un clin d’œil.

Elle joue des sourcils, ravie, puis reprend sa prise de notes. Honnêtement, contrairement à elle, je n’avais aucune réelle information concernant la formation de la Lune.

– Pour être plus précis, reprend Adélaïde, la Lune provient d’une gigantesque collision entre la Terre et un corps céleste de la taille de la planète Mars. La violence de cet impact aurait éjecté de nombreux débris en orbite autour de notre planète. Ils se seraient regroupés et auraient formé la Lune.

Quelques minutes plus tard, le cours prend fin. Et tant mieux parce que j’ai clairement la dalle vu qu’on approche de treize heures.

– Je vous donne d’ores et déjà un travail à me rendre dans une quinzaine de jours. Les étoiles sont hautes dans le ciel et une pleine lune arrive prochainement. Je vous demande de vous servir de mon instrument préféré, votre œil, et d’établir grossièrement une carte du ciel que vous aurez préalablement observé. Jouez le jeu, ne regardez pas sur Internet. OK, les moldus ?

Certains acquiescent rapidement tandis que d’autres quittent déjà l’amphithéâtre. Aly me suit dans le couloir. J’envoie un message à Karl pour savoir si on mange ensemble.

– Je viens de vérifier : dans une dizaine de jours, un mercredi soir, on devrait aller observer le ciel pour établir notre carte à main levée. Ce sera la pleine lune à ce moment-là.

– D’accord, bonne idée.

– Tu manges seule ? me demande la brune une seconde plus tard, en écho à mon estomac, qui crie famine.

– En fait, je… Oh, attends !

L’arrivée d’un message sur mon téléphone interrompt ma réponse. Je pousse un soupir de déception.

– Je devais déjeuner avec mon frère, mais il est toujours en train de bosser à la bibliothèque.

– Super, mangeons ensemble !

Je n’ai pas vraiment la possibilité de refuser, puisque, déjà, elle me tient la porte menant à l’extérieur. Je suppose que manger avec une personne comme Aly ne me fera pas de mal.

– T’es proche de ton frère ? me demande-t-elle soudain tandis qu’on pénètre dans l’immense réfectoire de la faculté de Monroe.

L’endroit est partiellement rempli d’étudiants, amassés en petits groupes. D’immenses baies vitrées donnent sur la cour de la fac et apportent une luminosité bienvenue.

– Oui, affirmé-je en avançant vers la zone de service. Et toi ? T’es proche d’Archi ?

Elle hoche la tête avant de récupérer un plateau et de poser ses couverts dessus.

– Je suis proche de mes deux frères, ouais, même si mon aîné est assez… différent de mon jumeau et moi.

Deux frères ?

Un autre détail m’interpelle.

– Archi est ton jumeau ? m’exclamé-je en récupérant une pomme, que je pose sur mon plateau.

– Eh oui, madame ! Enfin, il affirme qu’il est le plus âgé vu qu’il est né quelques minutes avant, mais, personnellement, je soutiens le contraire, et je te conseille de me croire, moi.

Je souris. Une délicieuse odeur de lasagnes envahit mes narines quand une femme m’en sert une généreuse portion.

On s’installe à une table de quatre restée vide. Je m’empresse de prendre une bouchée de pain, calmant ainsi mon estomac.

– C’était comment, là-bas ? questionne Aly, la bouche pleine. Vous avez dû vivre de sales trucs…

Je me fige, le goût du pain m’écœurant soudainement. Je sais que sa question est innocente et qu’Aly n’a pas du tout de mauvaises intentions, mais qu’est-ce que vous voulez que je réponde à ça ?

Aly semble voir mon trouble parce qu’elle continue :

– Enfin… je… je sais grossièrement ce qui vous est arrivé, mais y avait pas vraiment d’infos dans les journaux ni sur Internet. C’était juste… une supposition.

Les excuses que je lis sur son visage me sortent de mon trouble.

– C’est rien, lui dis-je pour la rassurer. Oui, les journaux n’ont pas vraiment eu accès au dossier.

Et c’est une bonne chose. Et, pour répondre à ta question, oui, Karl et moi avons vécu beaucoup de trucs.

Un silence pesant s’installe. Aly tente alors de détendre l’atmosphère.

– J’ai tellement faim que je pourrais carrément bouffer une queue.

Sa remarque complètement délirante me fait exploser de rire. Enfin, j’attaque mon plat, l’appétit retrouvé. Les minutes suivantes, une conversation plus cool et moins sensible s’engage entre nous. On finit par aborder nos séries préférées et nous tombons d’accord sur Vampire Diaries. Mais nous ne le sommes pas pour les personnages.

– Non, attends, me coupe-t-elle, tu ne peux pas dire que Stefan n’est pas le meilleur personnage !

Je termine ma bouchée de pain et rétorque :

– Perso, je n’en avais rien à faire de Stefan. J’étais obnubilée par Klaus.

Elle pince les lèvres et passe la main dans ses boucles brunes. Je me dis que mes longues mèches blondes doivent partir dans tous les sens parce que je ne sais plus si j’ai pris le temps de me coiffer correctement ce matin.

– OK, je te l’accorde. Je rêvais de me taper Caroline et Klaus, finit-elle par m’avouer en me lançant un clin d’œil.

Je hausse les sourcils, imaginant la scène. C’est… intéressant, connaissant les deux personnages. Qui dirait non à un trio si démentiel ?

Archi apparaît et s’assied à côté d’Aly.

– Tu rêvais que tu te tapais qui ?

Il pose le bras sur les épaules de sa sœur. Cette dernière se dégage avec une grimace. Archi est seul. Nasser n’est pas là. Je me gifle mentalement en me disant que je remarque ce dont je suis censée me foutre.

– Hors de question que j’aborde ma vie sexuelle avec toi.

– Ça te dérange pas de te taper tes plans cul au milieu du salon, pourtant ! rétorque-t-il en lui pinçant le bras.

Aly ne trouve rien à redire. Je les observe, souriant intérieurement. J’aime leur complicité et leurs taquineries. Karl était presque pareil avant… avant tout ça. Ça me manque. J’espère qu’on pourra retrouver bientôt cette complicité et cette légèreté.

Un couple passe près de nous, main dans la main. Je suis surprise de voir Aly faire semblant de vomir.

– Quoi ? ne puis-je m’empêcher de lui demander.

– Bryan et Lena, dit-elle en me présentant le couple, qui s’est déjà éloigné à l’autre bout de la salle. Je vomis ce mec.

– C’est quoi, ton problème avec lui ? demande Archi.

Sa sœur fait la moue, puis lui explique :

– Ce mec lui a tapé une crise de jalousie hier dans le couloir. Il a frappé le mur comme un débile plusieurs fois. Ça se voit que ce n’est pas son père qui paie les travaux ici.

– Sérieux ? m’exclamé-je en reposant ma pomme, que j’allais entamer.

– C’était juste un accès de colère, rétorque Archi.

– Un mec qui tape dans un mur ? s’indigne Aly. Mais quel gangster, dis donc ! Mes orteils frétillent. Plus sérieusement…

Je pose les coudes sur la table et laisse les mots s’échapper de ma bouche :

– C’est super gênant.

– C’est gênant ! s’exclame Aly au même moment.

Nous nous regardons et la compréhension féminine nous traverse avant qu’on étouffe un rire. Elle continue en racontant une anecdote embarrassante concernant ce Bryan.

– Arrête d’être une garce ! s’écrie Archi.

– C’est cool d’être une garce, le contré-je.

Aly me lance un baiser silencieux face à mon soutien et je joue des sourcils. Puis elle croise les bras et se tourne vers son frère.

– N’attends pas de moi une auréole au-dessus de ma tête.

Son frère s’apprête à lui répondre, mais un énorme fracas se fait entendre dans mon dos. J’entends des chaises racler le sol, ainsi que des exclamations de surprise et de ravissement. J’ai à peine le temps de tourner la tête qu’un type est plaqué lourdement sur notre table.

Je sursaute, puis me lève tout en observant l’inconnu. Ce n’est qu’ensuite que je prête attention à qui le maintient. L’incompréhension m’envahit. Nasser presse le type contre la table, comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes.

– C’est quoi, cette blague ? murmuré-je.

L’inconnu, vêtu d’une veste de sport de l’université, tente de se relever, mais Nasser l’immobilise toujours contre la surface dure.

– Lâche-moi, crache le type en s’adressant à Nasser.

Ce dernier agrippe sa gorge et sa veste.

– Répète ce que tu as dit.

Tous observent la scène sans rien dire, moi la première.

– J’ai dit : tu diras bonjour à ton père, rétorque l’inconnu.

Son père ? Qu’est-ce que le père de Nasser a à voir là-dedans ? Archi pousse un soupir et lève les yeux au ciel, comme si les paroles de l’inconnu venaient vraiment de le mettre dans la merde.

– Fais-moi penser à acheter des fleurs pour sa tombe, souffle-t-il à sa sœur.

Cette dernière hoche la tête, aussi muette que moi.

Nasser remet le type debout et le pousse un peu plus loin dans un nouveau fracas.

Puis il m’aperçoit et un sourire d’enfoiré se colle sur son visage.

– Ma petite voleuse, me salue-t-il.

Je n’ai pas le temps de lui répondre qu’il se penche et attrape brusquement la pomme sur mon plateau.

– Enfoiré ! craché-je dans son dos en le voyant emporter son dû sans un remerciement.

Il se retourne alors vers moi, croque dans le fruit et s’éloigne à reculons.

– Celui qui vole la voleuse, tu connais ? Bref, ce soir, vingt-deux heures. N’oublie pas, tu travailles. Au même endroit que l’autre soir.

Mon travail. Mon vol. Comment l’oublier, putain ?!

Je brandis mon majeur dans sa direction alors qu’il quitte les lieux, Archi désormais derrière lui.

– OK, lâche Aly. C’est quoi, ce délire ?

Sous son regard inquisiteur, je lui explique la situation. Une question tourne en boucle dans ma tête concernant le père de Nasser, mais je la retiens. Je me moque de Nasser, alors je ne veux pas poser de questions sur lui. Sauf qu’intérieurement, je me demande ce qui est arrivé à son géniteur. Et, plus encore, je pense à ce soir et à ce que je vais devoir voler pour lui.

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