Toxic Hell

Anita Rigins · Chapitre 53 sur 65

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Toxic Hell

49. Choose your own path

 

 

Nasser

 

Hiro refuse de me donner les putains d’infos supplémentaires sur le meurtre de cette fille. C’est classé « secret défense ». Mon cul ! Les informations sont confidentielles seulement quand ça l’arrange. Quand il a eu besoin de moi, par le passé, pour Délivrance, bizarrement tous les verrous ont sauté.

J’ai besoin de savoir si mon frère est vraiment l’auteur de tout ça. Avant qu’il finisse en prison, j’aurais eu des doutes, mais les années derrière les barreaux l’ont rendu encore plus monstrueux. Ça ne m’étonnerait absolument pas qu’il se soit débarrassé de cette femme pour une sombre raison.

Je quitte ma voiture et me dirige vers la prison d’État. Il n’y a personne dans mon dos. Pourtant, je sens et je sais qu’on me surveille. MG n’est pas loin. Il rôde sans aucun doute dans l’espoir de me porter le prochain coup. Mais je ne veux pas le combattre. Je veux juste tracer mon chemin et qu’il reste loin de moi. D’où ma présence ici.

Je passe rapidement les contrôles de sécurité et me retrouve dans l’un des parloirs. Je suis venu il y a peu de temps, mais ma volonté reste toujours la même concernant mon père et mon grand frère.

Assis sur une chaise soudée au sol, je patiente. Mes genoux s’agitent et mon corps se tend de minute en minute. Finalement, une silhouette massive entre dans la pièce, escortée par un flic. Mon père se laisse tomber sur la chaise en face de moi.

S’il n’a pas changé depuis ma précédente visite, ses traits sont néanmoins plus fatigués. Il semble surtout surpris de me trouver ici. Son regard gris m’analyse, comme s’il cherchait une blessure. Bien sûr qu’il est au courant de ce qu’il s’est passé avec MG !

– Quel honneur, cette visite ! Deux fois en un an, bon sang !

Je reste silencieux et croise les mains sur la table. Mon père observe l’état désastreux de mes phalanges. Il fronce le nez.

– MG m’a expliqué ce qu’il s’était passé entre vous.

Je ne suis pas surpris. Mais je veux en savoir davantage afin de gratter des informations sur le comportement de MG.

– Est-ce qu’il t’a dit autre chose ?

– Qu’est-ce qu’il aurait dû me dire ?

Je n’obtiendrai rien de mon père, je le vois à son visage. Mais je continue néanmoins.

– Est-ce qu’il a tué quelqu’un ?

Ma question le prend au dépourvu.

– Je ne contrôle pas les faits et gestes de ton grand frère.

Personne ne contrôle totalement cet enfoiré, ça, c’est bien vrai.

– Mon fils, reprend mon père, quand je sortirai…

– Je ne suis pas venu pour parler de ta future libération ni de tes plans, le coupé-je froidement.

Il croise alors les bras et m’observe attentivement. Il ne paraît pas surpris. Il sait, au fond de lui, que je ne changerai pas d’avis. J’ai l’impression de me retrouver des années en arrière, alors qu’il gérait d’une poigne de fer mon existence.

– Alors, pourquoi est-ce que t’es venu ici ?

– Je suis venu te dire une dernière fois que je ne me mêlerai jamais de vos affaires. Garde MG près de toi, qu’il ne se dresse plus en travers de ma route.

Je pose mes mains à plat sur la surface en métal et m’assure de le regarder droit dans les yeux pour lui asséner le coup de grâce.

– Et je suis venu te dire au revoir.

Mon père ne s’attendait pas à cette phrase. Il paraît soudainement perturbé et mécontent.

– Tu crois que tu peux tourner le dos à ta famille ?

Nous avons déjà eu cette discussion. C’est toujours le même combat et le même résultat.

– Je le peux, et je suis en train de le faire.

Je me suis construit moi-même et j’avancerai sans lui. Il le faut.

– Ta mère aurait voulu qu’on reste soudés.

Le fait qu’il mentionne ma mère ne me plaît absolument pas. Ce sujet est une corde sensible chez moi.

– Il y a bien longtemps qu’on n’est plus soudés, articulé-je difficilement en fronçant les sourcils. Ne mêle pas maman à cette conversation.

Il veut me contredire. Il veut dominer. Mais il semble aussi comprendre, finalement, qu’il n’y a plus d’issue.

– Tu souhaites véritablement couper les ponts avec moi ?

– Oui. C’est la dernière fois que je viens te voir.

Il hoche plusieurs fois la tête, son regard perdu dans le vide. Puis il me demande :

– C’est à cause d’une fille ?

Je garde le silence. Oui et non. Je ne peux m’empêcher de penser à Hena. Mais ça me rend complètement fou, alors j’essaie de la sortir de mes pensées.

Mon père finit par pousser un soupir de résignation.

– Je parlerai à ton frère, mais s’il veut te donner une nouvelle leçon, je ne le contrôlerai pas.

– J’espère qu’il t’écoutera parce que je ne jouerai plus face à ce lâche.

La conversation se termine ainsi et le silence envahit l’espace entre nous. N’y tenant plus, je me lève et commence à me diriger vers la sortie. J’ai à peine fait un pas que la voix de mon père claque dans mon dos.

– Nasser ?

Je tourne à demi la tête dans sa direction.

– Après le cancer de ta mère, je n’ai pas été le père qu’il fallait. Mais sache que… je te respecte. Tu as eu le courage que je n’ai pas eu au bon moment. J’ai pris les mauvaises décisions. Trace ton propre chemin, fils.

Ce ne sont que des mots, mais je les réceptionne et je les accepte. Je hoche simplement la tête et m’éloigne.

– Ma’asalama.

« Au revoir. » Ce sont mes derniers mots pour lui.

Je me sens libre à cet instant. Une page se tourne. Je dis adieu à l’homme qui m’a élevé avant de prendre le mauvais chemin.

La famille est importante. Mais, parfois, les liens du sang ne suffisent plus. Peut-être que mon père n’est pas le seul fautif dans cette histoire. Il s’est retrouvé piégé dans une spirale infernale où il n’avait plus de contrôle.

Mais cette spirale ne m’écrasera pas.

***

 

Le soir est tombé. Le bar dans lequel bosse Archi se remplit à vue d’œil. Assis sur l’un des tabourets du comptoir en bois, je sirote ma bière tout en regardant fixement mes doigts. Archi sert derrière le bar. Il est en train de récupérer le numéro d’une cliente.

Je reste plongé dans mes pensées. Il n’y a que le noir qui m’entoure. Une lourde enveloppe de noirceur qui refuse de s’évaporer et qui m’aveugle.

Je repose ma bière et masse mes tempes douloureuses. Une femme s’installe sur le tabouret voisin. Je lui jette un coup d’œil et découvre une silhouette sculpturale. Malgré le regard rempli de sous-entendus qu’elle me lance, je reste impassible. Je tourne la tête sans plus faire attention à elle.

– Salut, susurre-t-elle d’une voix douce et sensuelle.

Je ne l’écoute pas. Je ne pense qu’à une seule personne, à une femme qui me rend complètement dingue. Hena a mis mon univers sens dessus dessous. Et c’est impossible de faire machine arrière désormais. Je ne veux qu’elle. Je ne désire qu’elle et son putain de caractère.

– Tu perds ton temps, lancé-je à l’inconnue. Je ne suis pas libre.

Non, je ne le suis pas. Hena a beau se mentir, elle s’est enroulée autour de moi et me retient toujours prisonnier. Oui, je n’ai pas été sincère avec elle. J’ai merdé. Elle me repousse, car c’est sa douleur qui s’exprime. Ce que je comprends.

Par contre, j’étais honnête quand je lui ai dévoilé mes sentiments. Je lui ai dit que j’étais fou d’elle et elle m’a repoussé. Elle s’est protégée en le faisant. Mais tout ce qu’il y a eu entre nous n’a jamais été un mensonge. Je suis tombé pour elle et je suis tombé à ses côtés.

Hena a déserté le Toxic Hell. Mais ce n’est qu’une question de temps avant que nos chemins se croisent de nouveau. Telle est notre vie. Et s’il faut forcer le destin pour que je la récupère un jour, je suis prêt à le faire. Mais pas maintenant. Je dois lui laisser le temps de digérer la situation. J’attendrai patiemment qu’elle amorce le premier pas dans ma direction.

– Oh, oh, regarde qui voilà !

Je relève la tête en entendant les paroles d’Archi. Il nettoie un verre de l’autre côté du comptoir tout en observant l’entrée du bar. La fille continue d’essayer d’engager la conversation, mais je l’ignore. Je fixe les personnes qui viennent d’entrer.

Aly, la sœur d’Archi, avance avec deux amies. Une quatrième personne les suit, les yeux fixés sur ses pieds.

Hena. Ma voleuse. Mon chaos.

Sa longue chevelure est tirée en arrière, dévoilant la finesse de ses traits. Je vois d’ici la profondeur des cernes sous ses yeux. Comme si elle avait senti mon regard sur elle, Hena lève la tête et me découvre au comptoir. Elle s’arrête sur place et sa bouche s’ouvre de surprise.

De mon côté, je maîtrise parfaitement mon expression et l’observe sans laisser paraître quoi que ce soit, alors qu’au fond de moi, c’est le bordel complet.

Semblant penser à quelque chose de désagréable, Hena détourne le regard, m’ignorant volontairement.

Ma petite garce indomptable.

Hena s’installe à la table d’Aly. Seulement quelques mètres nous séparent. Sa chaise est dans mon champ de vision si bien qu’on se fait presque face. Aly lance la discussion. Hena jette un nouveau coup d’œil vers moi sans pouvoir s’en empêcher. Elle remarque la jeune femme à mes côtés et je vois son visage se crisper. Elle n’aime pas la proximité de cette inconnue avec moi. Je ne bouge pas, savourant cette minuscule victoire.

Je vois sa respiration s’accélérer. Finalement, Aly suit son regard et me remarque à son tour. Elle dresse son majeur dans ma direction. Malgré moi, un petit rire sort de ma bouche. Je me demande si Hena s’est confiée à elle. Sûrement en partie.

L’inconnue s’éloigne finalement. Je le remarque à peine. Mon attention est entièrement focalisée sur Hena. D’ailleurs, elle rigole face au geste d’Aly et m’ignore une nouvelle fois. Je veux la prendre, la baiser, la caresser, puis lui demander pourquoi elle m’inflige cette torture. Je veux lui hurler de ne plus me repousser. Sauf que je sais pertinemment que j’ai merdé.

Patience.

Mais je sens que ma maîtrise s’amenuise. Hena agit comme un aimant sur moi. J’ai besoin d’elle. Elle est nécessaire à mon univers.

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