Toxic Hell
42. Répondre à la provocation
Nasser
Elle a sauté. Hena a écouté la petite voix dans sa tête. Elle s’est fait confiance. Elle a affronté mon regard et a eu les couilles de se jeter dans le vide.
Je la serre un peu plus contre mon corps, sa silhouette s’imbriquant parfaitement dans la mienne bien qu’elle soit beaucoup plus petite. Je n’ai qu’une envie : la dévorer. J’ai contenu ma faim toute la soirée, mais c’est terminé. Le jeu est fini, et je me moque de savoir qui est le gagnant parmi les étudiants.
Je la veux atrocement. Ça me fait mal tant j’ai besoin d’elle. Parce que, oui, j’ai besoin d’elle. Mes mains parcourent son dos et finissent par s’immobiliser sur ses hanches. Je voudrais que la foule disparaisse pour que je puisse la prendre à même le sol. Mais les gens sont là, et je ne la partagerai pas.
Alors que je m’apprête à la tirer une nouvelle fois vers l’escalier donnant sur la mezzanine, j’entends Archi hurler mon prénom dans mon dos. Son ton ne me plaît pas. Je redresse la tête, aux aguets. Son air rageur m’inquiète.
– Ton frère ! hurle-t-il.
Malgré le brouhaha ambiant, j’ai parfaitement compris ce qu’il vient de dire. Mes membres se figent et je regarde dans tous les sens en relâchant Hena.
– Qu’est-ce qu’il se passe ? me demande-t-elle alors avec perplexité.
Mais je l’ignore. Ma colère prend le dessus. J’ai dit à MG de ne pas revenir. Mais, bien sûr, il est là quand même. Je vais l’anéantir.
Archi s’approche de nous. Je remarque la panique qu’il tente de me cacher. Il connaît mon frère. Il sait à quel point MG est un enfoiré.
– Ton frère est là.
– Reste avec elle, lui ordonné-je.
– Rester avec qui ? demande Hena en tentant de m’attraper le bras. Et… ton frère ?
C’est à cet instant que je le vois. Mon grand frère. L’homme que j’adulais étant gosse, avant de le détester à l’adolescence.
Debout au centre de mon ring, il pointe un doigt dans ma direction. Il me défie directement devant tout le monde. Les billets pleuvent. Les gens viennent de trouver leurs deux nouveaux adversaires.
MG scande mon nom et la foule le suit. Mais je vois la moquerie et le dédain qui s’échappent de ses paroles et de ses gestes. Sa large poitrine est moulée dans un débardeur. Il passe une main sur son crâne rasé tout en m’observant narquoisement.
Hena comprend bien vite la situation en observant nos regards meurtriers.
– N’entre pas dans son jeu, m’ordonne-t-elle.
Mais je suis déjà en train de foncer. Elle me suit.
– Choisis la liberté, me supplie-t-elle. Ne reste pas enchaîné à ce passé qui tente de te détruire. Brise tes liens, Nasser. Choisis la liberté plutôt que ce combat.
J’écarte doucement sa main. Elle ne comprend pas. Ou, du moins, c’est moi qui choisis de ne pas comprendre.
– Je ne serai libre que lorsque je l’aurai forcé à quitter ma vie, soufflé-je.
Puis je m’éloigne d’elle et m’approche de celui qui a, un jour, été mon frère. Je grimpe sur le ring, comme je l’ai fait des dizaines de fois. Mais je ne suis pas là pour le spectacle. Je ne suis pas là pour l’argent. Je suis là pour revendiquer mon territoire et faire comprendre à mon frère que je ne serai jamais à sa botte.
Je sais qu’Hena s’est approchée du ring au lieu de rester à l’écart, mais Archi est près d’elle. Rien ne peut lui arriver.
Je me redresse de toute ma hauteur et affronte ce regard gris si semblable au mien. Combien de fois MG s’est-il défoulé sur moi à la suite d’une dispute avec mon père ? Combien de fois m’a-t-il humilié dans le seul but de me faire passer pour le fils raté ?
– Salut, petit frère, me lance-t-il en souriant de toutes ses dents.
– Tu n’aurais jamais dû revenir ici.
Ma voix est calme, alors même qu’une tempête fait rage en moi.
– J’ai décidé de te donner une petite leçon. Histoire que tu te rappelles qu’ici, tu es et resteras toujours ma petite chienne.
Son insulte ne m’atteint pas. Il cherche à me mettre hors de moi, mais je le suis déjà.
– Tu aurais dû choisir de suivre nos ordres, reprend-il en commençant à sautiller sur place. Maintenant, je vais devoir te mettre une raclée comme tu les aimais tant avant. Souviens-toi.
Je fais rouler mes épaules et me mets à tourner autour de lui, un petit sourire aux lèvres. Il n’est qu’un corps puissant qui croit que sa principale force, lors d’un combat, réside dans le poids de ses muscles. J’observe les mouvements et la position de ses jambes. Lamentable !
Il joue des muscles, croyant m’impressionner.
– Alors ? Attaque !
Son ordre claque et la foule rugit. Ils veulent du sang alors même qu’ils ignorent les liens qui nous unissent.
– Si tu quittes cet endroit, je te laisse tranquille. C’est mon dernier avertissement.
Un rire moqueur lui échappe. Pour toute réponse, il s’abat sur moi. Comme je le disais, il est large et lourd, mais ce n’est qu’une masse de chair sans aucun entraînement précis. Il a appris à frapper comme un bourrin pour écraser ses ennemis. Moi, je les fais s’agenouiller. Je les fais plier dans les règles de l’art de l’humiliation publique.
J’esquive ses poings aisément.
– Tu es venu te donner en spectacle, craché-je. Laisse-moi te montrer mon numéro.
La foule veut du sang ? Elle va en avoir. Alors que MG tente de m’attraper entre ses larges mains, je me glisse sur le côté et abats mon coude à l’arrière de sa nuque. Il perd l’équilibre, mais essaie de se tourner vers moi pour m’attraper. Je me suis déjà reculé. S’il m’attrape, il frappera fort dans l’espoir de me briser. Mon but est de le fatiguer, de le déstabiliser.
Il se redresse et un hurlement rageur sort de sa bouche. Il pensait m’épingler facilement, aussi facilement que par le passé. Or, la nouvelle réalité ne lui plaît pas. Alors, pour le rendre encore plus fou, je lui adresse un sourire d’enfoiré.
– Allez, petite chienne, montre-moi comment tu mords.
Je lui balance au visage sa propre insulte. Ses yeux sont noirs, si noirs… On dirait notre père. Il me saute une nouvelle fois dessus. J’évite son premier poing, mais pas le deuxième, qui percute durement ma mâchoire. La foule rugit. Je laisse croire à mon frère qu’il a le dessus, alors qu’en vérité, je ne fais que me donner en spectacle. Je relève ma garde, plaçant mes deux avant-bras devant mon visage.
Un sourire victorieux déforme déjà le visage de mon frère tandis qu’il enchaîne les coups et que je les encaisse sans broncher. J’entends la voix d’Hena par-dessus les cris. Elle hurle mon nom, inquiète malgré sa connaissance de mon fonctionnement.
Mon frère frappe sans jamais véritablement me blesser. Et ses coups le fatiguent. Le véritable jeu peut commencer. Je me décale et MG tape dans le vide. Tandis qu’il se redresse difficilement, je me replace face à lui et lui fais un clin d’œil. Puis j’envoie brusquement ma tête directement dans la sienne. Mon front percute son nez, et un bruit parfaitement reconnaissable se fait entendre. Il étouffe un cri.
Je me recule quand il vacille. Je sautille sur place. Mon nom est sur la plupart des lèvres. Le show commence. Mon frère se redresse et crache du sang à mes pieds.
– Tu as toujours eu du mal à respecter tes aînés, articule-t-il difficilement.
Il veut vraiment me terminer. Mais, le prenant au dépourvu, je ne m’éloigne pas cette fois. Je m’avance soudainement vers lui et envoie un direct dans son nez déjà brisé, puis je me glisse dans son dos. Je ne perds pas mon temps en menaces inutiles et décide de lui porter le coup fatal. Mon genou se lève et je frappe directement l’arrière de sa cuisse.
MG s’effondre à genoux. J’enroule alors mon bras autour de sa gorge et le tire en arrière. Prise d’étranglement. Elle ne lui laisse aucune échappatoire.
Mais mon but n’est pas de le tuer. Je ne suis pas un criminel, et surtout je n’insulterai jamais la mémoire de notre mère de cette façon. Je lui montre simplement qu’ici, c’est mon terrain de jeu. Mon territoire. Mon royaume.
Je me penche à son oreille en continuant d’exercer une pression sur sa gorge.
– Tu as voulu du spectacle, tu l’as eu. En mémoire de notre mère, je n’irai pas plus loin dans ta punition, MG. Alors, je vais te relâcher et tu vas repartir d’où tu viens.
Il tente de s’écarter de moi et de se redresser, mais ma prise est trop solide. Soudainement, je le relâche. Toujours à genoux, il essaie de reprendre son souffle.
La foule veut plus de sang, mais je l’ignore. Je jette un dernier regard plein de pitié à mon frère, puis je lui tourne le dos. Je cherche une tête blonde parmi les gens et me calme en la trouvant au bord du ring. Je m’apprête à le quitter quand la bouche d’Hena s’ouvre en grand :
– Derrière toi !
Instinctivement, je me tourne en m’écartant d’un bond. La lame du couteau qui devait entrer profondément dans mon dos ne fait qu’effleurer mes côtes. Une douleur lancinante me traverse tandis que je me retiens difficilement aux cordes du ring.
Fier de sa lâcheté, mon frère observe le sang imbiber mon vêtement.
– Tu viens de te faire un nouvel ennemi, petit frère.
Et il quitte le ring sous les hurlements de la foule. Certains sont avides du spectacle, d’autres crient d’effroi. Archi tente de le suivre, mais MG a déjà disparu. Je presse ma blessure et m’autorise à pousser une exclamation de douleur. Je suis un tricheur, mais il reste un lâche. Il remporte cette victoire avec un comportement indigne.
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