Toxic Hell

Anita Rigins · Chapitre 38 sur 65

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Toxic Hell

34. Plus qu’un jeu. Plus que toi. Plus que moi. Juste nous

34. Plus qu’un jeu. Plus que toi. Plus que

 

moi. Juste nous

 

Nasser

 

Je descends du ring, le menton relevé. Tant de haine et tant de rancœur me parcourent. Mais je garde tout enfoui en moi.

Ça fait quatre ans que je n’ai pas vu mon frère. Je m’avance vers lui, le dos droit, les épaules carrées. Désormais, je le dépasse de quelques centimètres. Sa carrure est celle d’un rugbyman. Il est resté massif. Mais j’ai appris à me battre dans la rue tandis que lui a parfait sa formation au sein de la prison de l’État.

– T’es pas le bienvenu ici. Dégage.

Ma voix est glaciale et claque dans l’entrepôt. Je n’admettrai aucun refus de sa part. Mes mots et mon ton le font tiquer. Il pince les lèvres tout en arquant un sourcil. Je sais qu’il a envie de m’en coller une rien qu’en voyant sa posture. Mais il n’a plus en face de lui le gamin docile sur lequel il pouvait passer ses nerfs. Maintenant, je suis un adversaire à sa taille.

MG observe le moindre centimètre carré de mon torse nu, chaque cicatrice et chaque bleu qui s’y trouvent.

– Eh bien, quel accueil !

Je me retiens de lui rire au nez. Parce qu’il pensait que j’allais l’accueillir à bras ouverts ? Foutaises !

– Je croyais que notre père t’avait prévenu que je sortais de prison. Ma peine a été raccourcie pour bonne conduite.

Je me moque de ce qu’il me dit ou de ce qu’Elijah pense. Je récupère mon tee-shirt sur le sol et l’enfile sans lui jeter un regard.

– Il m’a prévenu.

Alors que je pensais qu’il avait compris que la conversation était terminée, il reprend :

– Il a dû te dire que j’aurais besoin de certaines de tes ressources en sortant.

La rage m’envahit de toutes parts. Quelles retrouvailles familiales, hein ! Ils veulent faire de moi un pion sur leur échiquier. Un rire sans joie sort de ma bouche. Je ne les aiderai pas. Qu’ils se démerdent ! Je n’ai compté que sur moi quand je me suis retrouvé à la rue à cause de leurs conneries. Je me suis construit tout seul. Et je n’oublie pas tous les efforts que j’ai faits pour m’en sortir. Ils ne seront pas vains. Ces deux-là ne briseront pas le nouvel équilibre dans lequel je suis le seul à diriger.

– Je n’ai rien à vous offrir. Tu vas devoir demander de l’aide à quelqu’un d’autre.

Son corps se tend un peu plus. Je l’envoie chier, et c’est inacceptable pour lui. L’ancien Nasser, l’adolescent, aurait fini par battre en retraite. Mais je ne suis plus le même.

Nous n’avons jamais été proches, lui et moi. J’étais plus son défouloir qu’autre chose. MG obéissait à mon père au doigt et à l’œil. Moi ? J’étais le dernier de la portée, celui qui restait à l’écart de leurs escroqueries et de leurs braquages en tous genres.

MG tourne sur lui-même, observant l’intérieur de l’entrepôt.

– Sympa, ta nouvelle « maison ». Tu t’en es bien sorti pendant notre absence.

Je m’en suis sorti seul. Je me suis construit seul. Je ne suis redevable à personne. Il le sait. Et ça le fait chier.

– Comment m’as-tu trouvé ?

Il hausse les épaules avant de me répondre.

– J’ai des contacts qui peuvent te débusquer n’importe qui dans la ville. Mais venons-en au fait. On m’a dit que tu pouvais absolument tout trouver avec ton réseau.

Je croise les bras. Avec mes contacts physiques et ceux du dark Web, c’est vrai. Mais je ne ferai rien pour lui.

– Tes hommes t’ont mal renseigné.

MG rigole, ne me croyant nullement.

– Une fois que notre père sera sorti, on va reprendre nos affaires, me prévient-il.

Donc, de nouveaux braquages en perspective. Je suppose qu’ils seront plus gros. Ils ont besoin de ça pour se sentir puissants.

– Tant mieux pour vous. Mais ce sera sans moi.

– T’étais déjà une couille molle à 16 ans. Tu l’es toujours ? Ne le sois plus maintenant. T’es devenu un homme, petit frère.

Je sens l’insulte à travers ses derniers mots, mais elle me passe au-dessus. Enfant, je l’aimais. Comme tout cadet, je vouais un culte à mon grand frère. Je voulais lui ressembler. Mais j’ai bien vite compris que c’était juste un putain d’enfoiré.

– T’es un petit génie de l’informatique depuis que t’as 8 ans, reprend MG. Et j’ai besoin de matériel pour notre prochain coup. Trouve-moi ce dont j’ai besoin.

Ses paroles sonnent comme un ordre. Il affiche un air de branleur. Je l’observe de haut en bas tout en souriant.

Il se trompe tellement !

– Qu’est-ce qui te fait sourire ? crache-t-il.

Son vrai visage refait surface.

– Toi. Ton soi-disant air dominateur. Toi, qui penses que je vais t’obéir au doigt et à l’œil alors que je n’en ai strictement rien à foutre de ta petite personne et de tes futurs braquages.

Il avale difficilement sa salive, son regard gris se faisant plus sombre.

– Fais attention à tes paroles, Nasser. Les regrets nous rattrapent vite quand il est trop tard.

– Ne me menace pas, MG.

Je m’avance vers lui, le corps bouillonnant.

– Maintenant, barre-toi.

Il s’apprête à me dire quelque chose d’autre, mais garde finalement la bouche fermée. Il roule des épaules et commence à s’éloigner avant de lâcher d’un ton doucereux :

– On se revoit bientôt. Je reste dans le coin. Tout près. Hâte de te voir ramper jusqu’à moi, petit frère.

C’est ça, ouais !

Je vérifie qu’il quitte bien les lieux, étouffant un cri de rage. Les problèmes commencent. Tout ce que MG touche finit par tomber en cendres. Je ne le laisserai pas faire. Pas cette fois.

Je vois rouge tandis que je fais les cent pas dans l’entrepôt. La colère grandit en moi. Je ne distingue plus rien de ce qui m’entoure. Il n’y a que les flammes. Il n’y a que la colère, la rancœur. Une âme rageuse et destructrice.

Me sentant soudainement étouffer, je récupère mon portable, mon portefeuille, mes clés de voiture, et sors rapidement de l’entrepôt. Il n’y a pas un rat dehors. L’endroit est désert. Mais je sais très bien que le danger guette depuis les ombres. Je m’engouffre dans mon véhicule et démarre dans un grondement puissant.

Je roule pendant de longues minutes. La nuit tombe peu à peu. La circulation est fluide et je roule vite, bien trop vite par rapport aux limitations de vitesse. Mais je ne pense à rien, ni même à ma propre sécurité. Trop de choses me bouffent intérieurement.

Je finis par arriver dans une rue résidentielle. Des immeubles s’élèvent des deux côtés de la route. Je me gare devant une bâtisse de plusieurs étages, me demandant comment j’ai pu me retrouver ici sans m’en rendre compte. Mon corps m’a conduit jusque-là tandis que ma tête était occupée à ressasser le passé.

Je sais parfaitement où je me trouve. Devant chez Hena. J’ai obtenu son adresse il y a déjà trois semaines. C’est une information si facile à trouver quand on sait justement où chercher sur Internet. Mais je ne suis jamais venu. Et maintenant, me voilà juste devant chez elle. Comme si c’était le seul endroit où j’avais envie d’être. Comme si je ne pouvais pas rester éloigné de sa personne. Ce qui est vrai.

Mon moteur vrombit doucement et mes yeux se posent sur la façade de son immeuble. Que fait-elle ? Pense-t-elle à moi ? Elle aussi est prisonnière de ce lien qui nous unit. Elle aussi n’a aucun moyen de s’échapper.

Mes doigts serrent mon volant tandis que j’avale difficilement ma salive. Tant de choses font rage en moi. Mais je suis certain d’un point : je deviens fou. Hena me rend fou. J’ai besoin d’elle, maintenant. J’ai besoin qu’elle me fasse penser à autre chose. Je veux qu’elle m’insulte, puis qu’elle me raconte ses stupides anecdotes sur le Système solaire. Je veux qu’elle griffonne ses cartes débiles avec cet air concentré qui n’appartient qu’à elle. J’ai envie qu’elle jouisse à nouveau contre moi, sur moi, avec moi. Que son souffle percute le mien. Je veux la serrer contre mon corps et la posséder. Par-dessus tout, je souhaite la protéger de tout, sauf de moi-même.

C’est à cet instant que je comprends véritablement ce qu’il se passe. C’est plus qu’un jeu. Ça, je le savais. Mais je comprends aussi que je suis vraiment en train de ressentir quelque chose pour elle. Elle a planté ses griffes en moi. Et il n’y a pas moyen que je me libère. Pas quand les blessures qu’elle m’inflige sont si bonnes à endurer.

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