Toxic Hell
23. Un changement nécessaire pour guérir
Hena
Le lendemain, je déboule dans le bureau de ma psy, la D re Bomley. Et, encore une fois, la rousse à la silhouette sculpturale patiente derrière son bureau. Elle termine de ranger une feuille de classeur, puis replace ses lunettes sur le bout de son nez.
– Bonjour, Hena. Vous êtes en avance. Est-ce qu’il faut que j’ouvre une bouteille de champagne pour fêter ça ?
– Bonjour, doc. Sortez plutôt du whiskey, si vous avez.
Son rire me répond. Je me laisse tomber sur le canapé. Elle se lève et va s’installer dans le fauteuil en face de moi.
– Vous avez l’air en meilleure forme que l’autre jour, me fait-elle remarquer.
Je réponds par un hochement de tête. Il y a des jours avec et des jours sans. Aujourd’hui est une bonne journée, je le sens.
– Je n’ai fait aucun cauchemar cette nuit, lui annoncé-je avec joie. J’ai rêvé que j’ouvrais un putain de centre UV en plein Las Vegas et qu’il s’appelait Course vers le cancer de la peau. Je vous jure que ça cartonnait.
Ma doc retient un sourire avant d’inscrire quelque chose dans son carnet.
– Ça, c’est original. Rappelez-moi de ne jamais y aller.
Je pose mes mains sur mes cuisses et laisse aller ma tête contre le dossier.
– Est-ce que vous aimeriez que l’on aborde Délivrance aujourd’hui ?
J’inspire profondément et secoue la tête pour toute réponse. Certaines questions me bouffent, c’est vrai, et en parler avec Iris Bomley me ferait peut-être du bien. Je me demande toujours pourquoi ces enfoirés nous filmaient. Regardaient-ils les images ensuite, se félicitant les uns les autres pour leurs performances ? Trop de questions. Mais je ne veux pas me faire du mal maintenant.
– Nan, je n’ai aucune envie de parler de ça aujourd’hui.
Ma psy s’immobilise, attendant patiemment mes prochains mots.
– Vous vous souvenez de l’imbécile d’étudiant dont je vous ai parlé l’autre jour ? soupiré-je.
– Effectivement. Vous avez son corps à cacher et vous avez besoin d’aide ? Je vous préviens : il va me falloir une augmentation.
Je lève les yeux au ciel et laisse échapper un gloussement face à son humour. Putain, je me sens d’excellente humeur, aujourd’hui ! Peut-être que les trois cafés que j’ai bus y sont pour quelque chose.
– Je ne suis pas sûre que votre réponse soit déontologique, doc. Enfin, passons. Nasser est toujours aussi insupportable. Peut-être un peu moins, en fait. On va collaborer. Pour être honnête, j’ai accepté de devenir son amie.
Ses sourcils se haussent derrière ses lunettes carrées. Je me redresse contre le dossier du canapé. Elle ne s’attendait apparemment pas à ces mots, et j’avoue que je partage moi-même sa surprise.
– Vraiment ?
– C’est une mauvaise idée, pas vrai ? Je sais.
Je tapote mon front du bout de mon index.
– En fait, continue ma psy, peut-être que c’est une bonne idée. Avoir des contacts sociaux ne peut qu’être bénéfique. Vous craignez les changements dans votre vie. Mais peut-être sont-ils nécessaires à votre guérison.
Elle a raison. Mais elle ne sait pas que j’ai passé un stade dans mon acceptation des contacts humains, notamment au moment de l’épisode avec Nasser. Je ne lui explique pas cet instant où il s’est frotté contre moi, entre mes cuisses, le moment où j’ai gémi tandis qu’il pressait sa virilité contre mon intimité.
Nous continuons sur d’autres sujets. Nous parlons de Karl, notamment. De ses rechutes, mais aussi de ses progrès. À un moment, ma psy fait tourner son alliance entre ses doigts. Ça veut dire qu’elle est parfaitement concentrée sur mes paroles. Je commence à bien la connaître, moi aussi.
Une autre question me vient. Je ne la retiens pas parce que je sais qu’elle sera cent pour cent honnête avec moi.
– Est-ce que vous êtes toujours aussi amoureuse de votre mari ?
Un sourire éclaire son visage, la rendant rayonnante.
– Je l’aime encore plus aujourd’hui qu’auparavant. L’amour existe sous différentes formes. Vous verrez.
Je n’ai connu que la destruction, mais peut-être qu’elle a raison, finalement. Peut-être que le véritable amour existe. Celui qui te prend aux tripes. Mais est-ce que je vais le rencontrer un jour ? Ça, c’est une autre question.
Quand je quitte le cabinet, quelques minutes plus tard, je suis plongée dans mes pensées. Je manque de heurter un type qui patientait de l’autre côté de la porte.
– Oh ! Pardon !
Il me sourit gentiment. Je remarque son regard vairon.
– Pas de souci.
Le grand brun passe près de moi et entre dans le bureau de la Dre Bomley. En les voyant s’embrasser, je comprends qu’il s’agit de son mari. L’amour se dégage d’eux par vagues et je m’enfuis rapidement pour leur laisser leur intimité.
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