Toxic Hell
30. Voyeurisme
Hena
Ne me demandez pas comment Aly a réussi à me traîner jusque chez elle, dans ce repaire rempli d’étudiants en rut. Un moment, j’étais dans mon salon, avec Karl, et l’instant d’après, je débarquais dans cette demeure de deux étages où les gobelets jonchent le sol. Heureusement que ses parents ne sont apparemment jamais là !
Nous sommes en pleine discussion, mais ma nouvelle amie disparaît brusquement dans la foule, se collant au moindre fêtard qui se dresse devant elle. Je bois une gorgée du cocktail maison. Si vous voulez mon avis, il n’y a que de l’alcool là-dedans. Mais ce n’est pas mauvais. C’est drôlement bon, en fait, si on oublie ma gorge, qui est en train de rendre l’âme.
Je tente de rejoindre Aly, ignorant le regard de Nasser, qui est posé sur moi depuis que je suis arrivée. J’ai bien cru qu’il allait exploser le joli visage du type qui tentait de se moquer de lui. Mais ils étaient quatre. Honnêtement, je me demande ce qu’il se serait passé si je n’étais pas intervenue.
Son regard de prédateur me suit attentivement. Je mentirais en disant que je n’accentue pas exprès le mouvement de mes hanches. Je lui jette un coup d’œil plus ou moins discret. Il reste à l’écart de la foule, ne se préoccupant de personne, si ce n’est de moi.
Je repense à ce qu’il m’a dit, que je me mentais à moi-même. Il a raison. Là, je ne cherche que son regard. Je ne désire secrètement que son contact. Je ne veux brûler que pour lui. Contre lui. Avec lui.
J’abandonne mon gobelet sur une table et arrive finalement près d’Aly.
– Ma vessie va exploser.
– Tu ne pouvais pas pisser avant ?
– Disons que tu m’as littéralement kidnappée pour que je te suive. J’ai même pas eu le temps de mettre du déo.
Elle fait semblant de renifler avec un air dégoûté et je lui donne un coup de coude.
– Ça va ! rigole-t-elle. Monte directement au deuxième étage. Il n’y a que ma chambre et celle de mon frère. Tu seras tranquille pour faire pleurer ton minou.
– Faire quoi ?
Je manque de m’étouffer de rire. Mais déjà elle s’éloigne, ses doigts agrippés à des fesses féminines en forme de cœur. Ni une ni deux, j’opère un demi-tour… et me heurte presque à Tag, qui se tenait juste derrière mon dos. Son regard sombre est posé sur moi.
– Salut ! dis-je, gênée, en repensant à l’autre soir.
Ses traits mettent du temps à se détendre, mais finalement il me sourit d’un air aimable.
– Salut.
– Je dois y aller.
Je n’attends pas sa réaction et m’éloigne déjà. Plus jamais je ne veux me retrouver seule avec Tag. Et certainement pas au milieu d’un parc, en pleine nuit.
Brrrr !
Un frisson remonte le long de mon épine dorsale, mais je l’ignore. Du moins, je n’y pense déjà plus parce que c’est désormais Nasser qui se dresse devant moi. Autre chose me percute de plein fouet à l’intérieur. Mon souffle se coupe tandis qu’il m’effleure en passant près de moi. Son torse se presse contre mon épaule et je serre les poings, sentant mon corps s’embraser.
– Qu’est-ce que tu fais ? soufflé-je.
– Je cherche juste Archi, mais tu es sur mon chemin.
– Bien sûr. Menteur.
Un rire bas et profond sort de sa bouche tandis qu’il s’éloigne. Il me laisse là, comme s’il ne s’était rien passé. Il attise ma faim sans me donner de nourriture, me punissant. L’enfoiré ! Je me calme comme je le peux et m’éloigne.
J’arrive rapidement au deuxième étage. Miracle, il est silencieux ! Personne à l’horizon. Et ça, vu tous les gens qui se trouvent en bas, c’est du pain bénit. Je traverse un long couloir et tourne sur ma droite. Il n’y a que deux portes en bois sombre sur ce côté. Je pousse la première, priant pour avoir bien choisi.
– Bingo ! m’exclamé-je.
Une lampe sur pied éclaire faiblement la pièce. La chambre d’Aly, si j’en crois l’immense photo d’elle accrochée au mur. Je prends une seconde pour l’admirer et étouffe un rire. Je suis sûre que, si elle devait se marier un jour, ce serait avec sa propre personne. Sur le cliché, elle porte un déguisement de pénis plus vrai que nature et sourit fièrement à l’objectif.
Mon Dieu ! Si elle n’existait pas, je crois qu’il faudrait l’inventer !
Je traverse sa chambre et ouvre une seconde porte, atterrissant dans une salle de bains. J’appuie sur l’interrupteur et la luminosité m’aveugle presque. La déco est assez simple. Quasiment tout est blanc, sauf le lavabo, de couleur boisée. Je m’installe sur les toilettes et fais ma petite affaire, remarquant, par la même occasion, une porte entrouverte sur ma droite.
– Merde !
Ça doit être la porte donnant sur la chambre d’Archi. Heureusement que tout est éteint de ce côté : il n’y a personne. Je me lave les mains au lavabo et observe ensuite mon visage. Ma peau brille par endroits. Elle est toujours aussi brûlante après ma récente confrontation avec Nasser. Je pose les mains sur mes joues et appuie dessus.
J’entends soudainement un grincement de porte au loin et plusieurs gémissements.
Merde, merde ! C’est pas vrai !
Je me jette presque sur l’interrupteur de la salle de bains commune et éteins le plafonnier. Les gémissements se font plus distincts.
Dégage ! m’ordonne ma conscience. Tire-toi immédiatement, Hena.
Sauf que je suis interpellée par les bruits qui proviennent de la chambre d’Archi. Alors, faisant taire chaque partie logique de mon cerveau, je traverse la salle de bains et m’arrête près de la porte entrouverte.
Je suis cachée dans l’ombre, mais je vois ce qu’il se passe dans la chambre.
Et je n’arrive pas à m’éloigner. Pas alors que le plaisir des deux personnes m’explose au visage et me remue le bas-ventre. Ma bouche s’ouvre lentement. J’observe Archi embrasser sa conquête. Leurs langues s’unissent pour ne plus se quitter. Il n’y a que du plaisir. Que de la passion. J’apprends. Je repousse tout ce qui m’est arrivé. Je veux me délecter de cette union consentie.
Archi commence à retirer le haut de l’étudiante. Je m’apprête à m’éloigner pour les laisser tranquilles lorsqu’une silhouette massive se colle contre mon dos. Je ferme les yeux et inspire aussi discrètement que possible. Un parfum boisé envahit mes narines et me déconnecte de la réalité. Mon dos est pressé contre un torse musclé. Un corps que je connais, désormais. Celui d’un homme qui me perturbe, me fascine et m’attire au-delà de toute raison.
– Ma petite voyeuse.
Nasser chuchote à mon oreille pour que je sois la seule à l’entendre. Il a raison. Je l’ai déjà surpris avec deux étudiantes, dans une salle de la fac. Et me voilà ici, ce soir, là où je ne devrais pas être, une fois de plus.
– Tu préférais me voir à l’œuvre, dans la salle de cours, ou tu préfères observer Archi ?
Je le laisse presser son corps contre le mien sans lui répondre. Je me nourris de sa présence, qui attise le feu en moi. Ma silhouette, beaucoup plus petite, s’emboîte presque parfaitement dans la sienne.
L’une de ses mains s’aventure alors lentement, mais dangereusement sur mon ventre, à travers mon tee-shirt.
Je vais mourir.
Je me mords les lèvres, mais ne bouge toujours pas. J’ai besoin qu’il continue de me toucher. J’ai besoin de ça maintenant. Je n’arrive pas à me mentir cette fois. Je lui donne raison. Ses doigts caressent ma peau à travers mon vêtement. Ils tracent leur chemin sous mon nombril. Je pousse instinctivement mes fesses en arrière, contre Nasser.
Je continue d’observer ce qui se déroule dans la chambre. Archi et sa copine sont installés sur le lit, au centre de la pièce. Tous deux en sous-vêtements, ils gémissent bruyamment en se dévorant mutuellement la peau, ne se doutant pas un instant qu’ils ne sont pas seuls. La scène sous mes yeux stimule chacune de mes terminaisons nerveuses.
Nasser soulève mon haut de quelques centimètres. Je bascule dans un état second quand sa peau entre enfin en contact avec la mienne. Je ferme les yeux. Ses doigts tièdes frôlent mon épiderme tendre juste sous mon nombril. Sa tête se colle à la mienne. Un souffle brûlant percute mon oreille.
– C’est bon ? souffle-t-il.
Je me contente de me serrer un peu plus contre lui. C’est plus que bon. C’est dangereusement séducteur. Mortellement addictif.
Au moment où il commence à éloigner sa main, mes doigts agrippent son poignet pour le retenir contre mon corps. Je ne veux pas qu’il parte, pas maintenant. Il se laisse faire et, finalement, son index se pose sur le bouton de mon jean. Alors, je le relâche.
– Tu es avec moi ? chuchote une nouvelle fois Nasser à mon oreille.
Je hoche la tête, mais il attend quelque chose de plus explicite. Il veut mon accord entier pour continuer. Hors de question que je recule. J’ai besoin d’assouvir la faim en moi. C’est une nécessité.
– Oui, murmuré-je.
Après mon accord, Nasser ouvre le bouton de mon jean. Je serre les lèvres dans l’espoir de retenir le gémissement qui tente de m’échapper. Ses dents mordillent mon oreille avant qu’il ne pose un doux baiser juste sous mon lobe.
Ses doigts s’agitent tout contre moi. Son index appuie sur le tissu de mon sous-vêtement, le faisant pénétrer doucement – trop doucement – entre mes lèvres. Je serre les poings lorsque l’étoffe se presse contre mon clitoris, qui pulse d’excitation.
Une chaleur inonde mon bas-ventre. En réalité, elle explose dans tout mon corps. Le désir. Le lâcher-prise. L’envie. Tout me percute de plein fouet. La vague me heurte et je m’efforce de ne pas me noyer, nageant à contre-courant.
Mes doigts se posent sur son avant-bras, que je tiens fort contre moi. Ma main continue sa descente et rejoint la sienne à l’intérieur de mon jean entrouvert. Mes doigts accompagnent les siens. Ensemble, ils dansent sur ma lingerie et me rendent dingue. Nasser ne va pas plus loin, comme s’il savait, au fond de lui, que je n’ai pas besoin de plus pour m’embraser.
Ce moment me fait décoller du sol. Une drogue si puissante et si humaine parcourt mes veines. Les endorphines galopent. L’euphorie me guette sans, toutefois, me laisser la rejoindre pleinement.
La bouche de Nasser se colle une nouvelle fois à mon oreille.
– Ma peau contre la tienne, chuchote-t-il. Ton désir contre le mien. Tes gémissements contre les miens.
Il murmure difficilement, perdant lui aussi peu à peu le contrôle. Ses hanches heurtent doucement la chute de mes reins. Je sens son érection contre moi. Je n’ai pas peur, putain ! Je ne veux qu’une chose, qu’il continue à me guider sur cette pente glissante, jusqu’à ce qu’enfin je sois délivrée de la faim dévorante qui me retient prisonnière. Mon corps lui fait confiance. Je le remets entre ses mains.
– Je veux te baiser si fort.
Je suis à deux doigts de lui hurler de le faire.
– Encore, chuchoté-je.
– Je vais exploser, souffle-t-il avec difficulté.
Il obéit à mon besoin silencieux. C’est intense et passionnel. Mais il reste doux, surveillant la moindre de mes réactions, là, contre moi.
Très vite, j’atteins un point de non-retour. La jouissance m’appelle. Elle hurle mon nom en me tendant les bras. Je ne pensais pas que mon corps serait capable de lâcher prise aussi vite. Je ne le pensais pas capable de ça. Mais il suit aveuglément Nasser. Il lui fait confiance pour lui donner exactement ce dont il a besoin.
Son index accélère les mouvements directement sur mon clitoris, la barrière de ma lingerie toujours présente. Le tissu est trempé, je le sens, mais je n’en ai pas honte. Au même instant, j’inspire brusquement et le haut de mon corps vacille en avant. Je tente de me retenir, mais je chancelle et manque de tomber. Je heurte alors la porte, qui s’ouvre sur plusieurs centimètres.
Archi et sa copine lèvent la tête. Je suis mortifiée sur place. La faim gagne du terrain alors que Nasser et moi sommes pris en pleine séance de voyeurisme. Mais je ne recule pas. La jeune femme en face de moi admire notre position enlacée, reflet de notre plaisir.
– Les choses deviennent intéressantes, susurre-t-elle.
Un sourire passe sur son visage alors qu’elle se laisse tomber sur Archi, autorisant ce dernier à la pénétrer jusqu’à la garde.
– Approchez-vous, nous invite-t-elle.
Mais je ne suis pas prête. Je me contente de reste immobile, observatrice. J’analyse le désir sur ses traits. Je me nourris de son propre plaisir. Cette expérience entièrement consentie est si différente de ce que j’ai connu ! Il n’y a que la satisfaction du corps physique, que la dévotion pour le corps de l’autre.
Nasser continue de me caresser, plus férocement. Mon regard croise celui d’Archi. Il se concentre ensuite sur sa partenaire, posant ses lèvres sur les siennes. Quant à moi, je ne sens plus que Nasser. Son corps contre le mien. Son torse se presse un peu plus contre mon dos. Nos respirations se font plus fortes, nous ne nous retenons plus. Un gémissement sort de ma bouche. Je l’entends pousser plusieurs jurons. Mon cœur bat en rythme. Mon corps pulse.
Encore. Encore !
Et je jouis. Je ferme les yeux et laisse tomber la tête en arrière tout en jouissant contre les doigts de Nasser. Son corps me soutient, véritable roc face au raz-de-marée qui est en train de me terrasser.
Il continue d’effleurer mon bourgeon sensible et un frisson parcourt l’ensemble de mon corps. Les gémissements se font plus fort devant moi. Archi et sa partenaire atteignent, eux aussi, le sommet de la jouissance.
Nasser se tient toujours contre moi, ne quittant pas mon corps d’un centimètre. Lui n’a pas joui. Il s’est contenté de se nourrir de moi et de mes émotions. Maintenant, j’ai envie qu’il prenne du plaisir. Je le veux véritablement. Mais je redescends bien vite de mon petit nuage en entendant une voix, au loin, qui m’appelle. Aly est dans le couloir.
J’inspire brusquement et m’éloigne, reboutonnant mon jean, avant de fermer la porte donnant sur la chambre d’Archi, qui nous a déjà totalement oubliés. Mes mains tremblent. Tout est chamboulé en moi. Je suis encore à moitié dans une bulle de luxure.
Je fais ensuite face à Nasser. Il se tient devant moi, son regard droit dans le mien. Il jauge mes réactions, vérifiant silencieusement que tout va bien pour moi. Je m’éloigne à reculons vers la porte donnant sur la chambre d’Aly. Il fait un pas dans ma direction, les sourcils froncés.
– Je dois y aller, murmuré-je. Cette fois, ce n’est pas une fuite parce que je te préviens de mon départ.
Si je reste une seconde de plus dans cette pièce, je vais lui sauter dessus. Mais je ne sais pas encore si je suis prête pour ça.
Nasser s’immobilise.
– Est-ce que tu regrettes ? me demande-t-il néanmoins.
Je n’ai pas besoin de réfléchir longtemps à ma réponse.
– Non.
Mais j’ai peur. Peur de ce que tu me fais ressentir. J’ai envie de hurler.
Je m’éloigne, vacillante. Et il ne me suit pas.
***
Inconnu
Le vent se lève. Les arbres bougent dans tous les sens. Des plantes grimpent le long de la façade de la maison. Du lierre. Il recouvre les murs et les retient prisonniers. Il les étouffe peu à peu.
Un mouvement me ramène à la porte d’entrée. Elle quitte cette maison de plusieurs étages. Je l’observe depuis l’autre côté de la rue. Ses cheveux blonds sont dans tous les sens. Il y a beaucoup de monde autour de la bâtisse, mais personne ne me remarque. Ce ne sont que des idiots. Ceux qui ne comprennent pas réellement le monde – mon monde – comme il est.
Je suis si bien caché dans l’ombre. Je m’y complais. Mais je ne suis pas seul. Il y a les autres. Et puis… il y a les flammes. Celles qui ne me quittent que rarement. Elles me rendent souvent visite. Elles ne me laissent qu’après avoir tout dévasté. Alors, il ne reste que le noir. Il n’y a plus que du vide.
Je ne la suis pas. Je me retourne en attendant patiemment mon heure.
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