Voyage Au Congo
Matadi (10 août), 6 heures du soir
Matadi 4(10 août), 6 heures du soir
Partis le 12, à 6 heures du matin – arrivés à Thysville à 6 h. 1/2 du soir.
Nous repartons vers 7 heures du matin, pour n’arriver à Kinshassa qu’à la nuit close.
Le lendemain traversée du Stanley-Pool. Arrivée vendredi
14 à 9 heures du matin à Brazzaville 5.
Brazzaville.
Étrange pays, où l’on n’a pas si chaud que l’on transpire.
À chasser les insectes inconnus, je retrouve des joies d’enfant. Je ne me suis pas encore consolé d’avoir laissé échap-per un beau longicorne vert pré, aux élytres damasquinés, zé-
4 « La seule raison d’être de cette ville est sa position au point ter-minus de la navigation et à la tête de ligne du chemin de fer. Construite en toute hâte au milieu des rochers, dans des conditions aussi peu hygié-niques que possible, elle laisse la plus détestable impression à tous les Français, qui sont obligés d’y séjourner, malgré l’obligeance des fonc-tionnaires du chemin de fer belge. » A. Chevalier, L’Afrique centrale française, p. 3.
5 « La voie ferrée (de Matadi à Kinshassa) qui se continue pendant 400 kms à travers une véritable Suisse africaine, a exigé un grand nombre de travaux d’art et coûté environ 70 millions. Elle est entière-ment l’œuvre du Colonel Thys, qui en présenta le projet dès 1887. Les premiers travaux de terrassement furent commencés en mars 1890, mais ce n’est que huit ans plus tard, en mars 1898, que la locomotive arriva au Stanley-Pool. Actuellement la compagnie fait plus d’un million de re-cettes par mois. Non seulement elle draine tous les produits de l’intérieur du Congo belge, mais elle est aussi l’unique voie actuellement praticable pour accéder dans le Moyen-Congo, dans la Sangha, dans l’Oubangui et dans les territoires du Tchad. » Chevalier, ibid., p. 3.
– 15 – brés, couverts de vermiculures plus foncées ou plus pâles ; de la dimension d’un bupreste, la tête très large, armée de mandi-bules-tenailles. Je le rapportais d’assez loin, le tenant par le cor-selet, entre pouce et index ; sur le point d’entrer dans le flacon de cyanure, il m’échappe et s’envole aussitôt.
Je m’empare de quelques beaux papillons porte-queue, jaune soufré maculés de noir, très communs ; et d’un autre un peu moins fréquent, semblable au machaon, mais plus grand, jaune zébré de noir (que j’avais vu au Jardin d’Essai de Dakar).
Ce matin, nous sommes retournés au confluent du Congo et du Djoué, à six kilomètres environ de Brazzaville. (Nous y avions été hier au coucher du soleil.) Petit village de pêcheurs. Bizarre lit de rivière à sec, tracé par une incompréhensible ac-cumulation de « boulders » presque noirs ; on dirait la morène d’un glacier. Nous bondissons de l’une à l’autre de ces roches arrondies, jusqu’aux bords du Congo. Petit sentier, presque au bord du fleuve ; crique ombragée, où une grande pirogue est amarrée. Papillons en grand nombre et très variés ; mais je n’ai qu’un filet sans manche et laisse partir les plus beaux. Nous ga-gnons une partie plus boisée, tout au bord de l’affluent, dont les eaux sont sensiblement plus limpides. Un fromagerénorme, au monstrueux empattement, que l’on contourne ; de dessous le tronc, jaillit une source. Près du fromager, un amorphophallus violet pourpré, sur une tige épineuse de plus d’un mètre. Je dé-chire la fleur et trouve, à la base du pistil, un grouillement de petits asticots. Quelques arbres, auxquels les indigènes ont mis le feu, se consument lentement par la base.
J’écris ceci dans le petit jardin de la très agréable case que M. Alfassa, le Gouverneur général intérimaire, a mis à notre disposition. La nuit est tiède ; pas un souffle. Un incessant con-cert de grillons et, formant fond, de grenouilles.
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