Voyage Au Congo
30 août.
consternante ?… Je suis trop neuf dans le pays 7.
Nous engageons, au petit bonheur, deux boys et un cuisi-nier. Ce dernier, qui répond au nom ridicule de Zézé, est hideux. Il est de Fort-Crampel. Les deux boys, Adoum et Outhman, sont des Arabes du Oua-daï, que ce voyage vers le nord va rappro-cher de leur patrie.
30 août.
Engourdissement, peut-être diminution. La vue baisse ; l’oreille durcit ; aussi bien portent-elles moins loin des désirs sans doute plus faibles. L’important, c’est que cette équation se maintienne entre l’impulsion de l’âme et l’obéissance du corps. Puissé-je, même alors et vieillissant, maintenir en moi l’harmonie. Je n’aime point l’orgueilleux raidissement du stoïque ; mais l’horreur de la mort, de la vieillesse et de tout ce qui ne se peut éviter, me semble impie. Je voudrais rendre à Dieu quoi qu’il m’advienne, une âme reconnaissante et ravie.
2 septembre.
Congo-Belge. – Nous prenons une auto pour Léopoldville. Visite au Gouverneur Engels. Il nous conseille de pousser jus-qu’à Coquillatville (Équateur-ville) et propose de mettre une baleinière à notre disposition, pour nous ramener à Liranga, que nous pensions d’abord gagner directement.
7 Je ne pouvais prévoir que ces questions sociales angoissantes, que je ne faisais qu’entrevoir, de nos rapports avec les indigènes, m’occuperaient bientôt jusqu’à devenir le principal intérêt de mon voyage, et que je trouverais dans leur étude ma raison d’être dans ce pays. Ce qu’en face d’elles je sentais alors, c’est surtout mon incompé-tence. Mais j’allais m’instruisant.
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Notre véranda est encombrée de caisses et de colis. Le ba-
gage doit être fractionné en charges de vingt à vingt-cinq kilos 8.
Quarante-trois caissettes, sacs ou cantines, contenant l’approvisionnement pour la seconde partie de notre voyage, seront expédiés directement à Fort Archambault, où nous avons promis à Marcel de Coppet d’arriver pour la Noël. Nous n’emporterons avec nous, pour le crochet en Congo belge, que le « strict nécessaire » ; nous retrouverons le reste à Liranga, ap-porté par le Largeau, dans dix jours. Brazzaville ne nous offre plus rien de neuf ; nous avons hâte d’aller plus loin.
8 « Chacun portant une charge de trente livres » lisons-nous dans la traduction de Cœur des Ténèbres (p. 118). C’est trente kilos qu’il faudrait lire. (a 60 lb load, dit le texte anglais ; soit exactement : 27 kilos 21, la lb anglaise étant de 453 grammes.
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