Voyage Au Congo
3 novembre.
Vers le soir, gagnant une petite rivière ombragée, je me suis baigné, me laissant glisser d’un grand tronc d’arbre mort dans un clair bassin au fond de sable blanc. Un petit écureuil est venu me regarder, semblable aux écureuils de nos pays, mais de pelage beaucoup plus sombre.
3 novembre.
Départ de Katakouo bien avant l’aube ; durant longtemps, nous cheminons dans la forêt, si obscure que, sans le guide qui nous précède, nous ne pourrions distinguer le sentier sinueux. Très lente venue du jour, un jour gris, terne, indiciblement triste. Monotonie de la forêt ; quelques futaies assez belles (mais beaucoup de troncs morts) au milieu des cultures de manioc – de nouveau non récolté, bien que nous ne soyons plus sur Boda. Je tâche d’interroger le chef d’un village où nous nous arrêtons, homme stupide (comme le chef du village précédent et du sui-vant) qui tend un livret où je lis de nouveau : « Chef incapable, n’a aucune autorité sur ces gens. » Cela se voit du reste. Impos-sible d’obtenir une réponse à ma question : « Pourquoi n’a-t-on pas récolté le manioc en temps voulu ? » En général, le « pour-quoi » n’est pas compris des indigènes ; et même je doute si quelque mot équivalent existe dans la plupart de leurs idiomes. Déjà j’avais pu constater, au cours du procès à Brazzaville, qu’à la question : « Pourquoi ces gens ont-ils déserté leurs vil-lages ? », il était invariablement répondu « comment, de quelle manière… ». Il semble que les cerveaux de ces gens soient inca-
pables d’établir un rapport de cause à effet 45 ; (et ceci, j’ai pu le constater maintes fois dans la suite de ce voyage).
45 Ce que confirme, commente et explique fort bien Lévy-Bruhl, dans son livre sur La mentalité primitive, que je ne connaissais pas en-core.
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