Voyage Au Congo
6 décembre.
Quel bain délicieux j’ai pris à midi, et dans quelle limpide rivière ! Que la nuit est claire ce soir ! Je ne sais même pas le nom de ce village où nous gîtons. Cette route que nous suivons est des moins fréquentées (par les blancs, s’entend). Un im-mense inconnu nous enveloppe de toutes parts.
Tandis que je relis avec ravissement Romeo and July, Marc soigne des plaies, distribue des remèdes, puis « rend la justice », ce qui prend un temps infini.
6 décembre.
Arrêt à Batara. Aux abords de l’important village, où nous arrivons vers onze heures, de jeunes plantations de céaras nous annoncent que nous sommes rentrés sur le territoire de Lam-blin – subdivision de Bosoum.
Après avoir circulé longtemps dans le sauvage, le larvaire, l’inexistant, joie de retrouver un village net, propre, d’apparence prospère ; un chef décent, en vêtements européens point ridi-cules, en casque blanchi à neuf, parlant correctement le fran-çais ; un drapeau hissé en notre honneur ; et tout cela m’émeut jusqu’à l’absurde, jusqu’au sanglot.
Tourmentés par l’idée que nous n’avons pas été généreux suffisamment envers le chef de village, à notre dernière étape. Nous lui faisons porter deux billets de cent sous dans une enve-loppe, par un coureur de Batara. Son air consterné en recevant ce matin six francs de matabiche, m’était resté sur le cœur. L’absence de prix des denrées, l’impossibilité de savoir si l’on paye bien, ou trop, ou trop peu, les services rendus, est bien une des plus grandes gênes d’un voyage dans ce pays, où rien n’a de valeur établie, où la langue n’a pas de mot pour le merci, où, etc.
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