Voyage Au Congo

André Gide · Chapitre 23 sur 106

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Voyage Au Congo

18 septembre.

 

 

La température n’est pas très élevée (elle ne dépasse pas 32°), mais l’air est chargé d’électricité, de moiteur, de tsé-tsés et de moustiques. C’est aux jambes particulièrement que ces der-niers s’attaquent ; aux chevilles, que ne protègent pas les sou-liers bas ; ils s’aventurent dans le pantalon, attaquent les mol-lets ; même à travers l’étoffe on a les genoux dévorés. La sieste est impossible. C’est du reste l’heure des papillons. Je com-mence à les connaître à peu près tous ; lorsqu’un nouveau pa-raît, la joie en est plus vive.

 

19 septembre.

 

Le Largeau, vainement attendu depuis deux jours, s’amène au petit matin. Nous arborons un drapeau blanc en face de la mission, et le Largeau s’arrête au petit débarcadère, ce qui épargne le difficile trimballement de notre bagage en pirogue. Le harcèlement constant des moustiques et des tsé-tsés nous fait abandonner Liranga sans regrets.

 

Le Largeau est un navire de cinquante tonnes ; fort agréable ; bonnes cabines ; salon à l’avant ; grande salle à man-ger ; électricité partout. Il est flanqué de deux chalands-baleinières, selon l’usage de ce pays. En plus du capitaine Ga-zangel, nous sommes les seuls blancs à bord ; mais voyage avec nous le « fils Mélèze », un mulâtre assez agréable d’aspect et de manières. Son père est l’un des plus célèbres colons du « cou-loir ».

 

Nous quittons le Congo pour l’Oubangui. Les eaux chargées de limon prennent une couleur de café-crème.

 

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