Voyage Au Congo
15 septembre.
Hier, au marché, vente à la criée de viande d’hippopotame : puanteur insoutenable. Foule grouillante et hurlante ; beaucoup de discussions, de disputes, entre femmes surtout, mais qui tou-jours se terminent par des rires.
Le Ruby est flanqué de deux baleinières aussi longues que lui, chargées de bois, de caisses et de nègres. Il fait frais, moite et terriblement orageux. Dès que le Ruby se met en marche, trois nègres commencent un assourdissant tam-tam, sur une calebasse et un énorme tambour de bois, long comme une cou-leuvrine, grossièrement sculpté et peinturluré.
Relu l’oraison funèbre de Marie-Thérèse d’Autriche. Admi-rables passages ; je crois bien que je la préfère à celles des deux Henriettes.
15 septembre.
Le Ruby nous a débarqués à Irébou, à la nuit tombante. Reçus par le commandant Mamet, qui dirige le campement mi-litaire, un des plus anciens du Congo belge. Une belle avenue de palmiers de trente ans, longeant le fleuve (ou du moins le bras qui alimente le lac Tomba), nous mène à la case qu’on nous a réservée. Dîner chez le commandant. Dévorés de moustiques.
Ce matin, promenade en baleinière vers le lacTomba. Ad-mirables chants des pagayeurs. La caisse de métal, à l’arrière de la baleinière, sert de tambour sur laquelle, avec une grosse bûche, tape un des noirs, inlassablement ; et la baleinière, toute de métal, vibre toute ; on dirait le rythme régulier d’un piston,
– 34 – réglant l’effort des pagayeurs. Derrière celui qui tape la grosse caisse, un indigène plus jeune, armé d’une baguette, brise le rythme implacable par un système régulier de syncopes dans l’entre-temps.