Voyage Au Congo

André Gide · Chapitre 57 sur 106

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Voyage Au Congo

CHAPITRE VDe Nola à Bosoum

CHAPITRE V

 

 

De Nola à Bosoum

 

5 novembre.

 

Crise du portage. Nos porteurs veulent tous repartir ; du moins les soixante recrutés par l’administration. On a apporté pour eux, hier, une grande quantité de bananes, mais très peu de manioc, ce qui cause un grand mécontentement. L’Administration paie 1 fr. 25 par journée d’homme avec charge, et 75 centimes l’homme non chargé ; mais souvent, la somme est remise globalement au chef, de sorte qu’il arrive que les inté-ressés ne touchent rien. C’est, affirment nos porteurs, ce qui va se passer. Nous voici fort embarrassés, car, dans l’absence de tout représentant de l’autorité française, il est extrêmement dif-ficile de trouver ici des remplaçants ; et d’autre part il nous pa-raît inhumain d’emmener ces gens beaucoup trop loin de leurs villages. Nous pensions d’abord pouvoir remonter la rivière en pirogue jusqu’à Nola, mais l’Ekela, grossie par les pluies, coule à pleines eaux et n’est plus navigable qu’à la descente ; les rapides sont dangereux. Force sera de revenir sur nos pas jusqu’à Kon-gourou et de gagner Nola par la rive gauche, car, nous dit-on, l’autre route est abandonnée. Dès qu’uneroute n’est pas entre-tenue, la végétation qui l’envahit la rend à peu près imprati-cable.

 

Nos porteurs, à l’aide d’une très longue baguette de bam-bou, dont l’extrémité est fendue en fourche, s’emparent avec une grande habileté des nids des « mouches-maçonnes » sus-

 

– 103 – pendus aux poutrelles de la toiture qui abrite notre véranda ; ce sont de petites colonies d’une vingtaine d’alvéoles ; les larves, ou les chrysalides lorsqu’elles sont encore d’un blanc de lait, sont, nous disent nos gens, délectables. Nous les avons vus également se jeter sur les termites ailés qu’attire par essaims notre lampe-phare, et les croquer aussitôt sans même les plumer de leurs énormes ailes.