Voyage Au Congo
Bangassou, 8 octobre.
s’écartent. C’est un lépreux. Chassé de son village 21, à trois jours de marche, il ne connaît ici personne. Marc qui me rejoint me dit l’avoir rencontré déjà, et lui avoir donné à manger. Même il a laissé à une femme indigène de quoi assurer la nourriture de ce petit paria pour huit jours ; la femme a promis d’y veiller. Nous devons repasser par ici et saurons si elle a tenu sa promesse. Mais hélas ! si l’enfant ne doit pas guérir, que sert de prolonger sa triste vie…
Le 8, sitôt au sortir de Foroumbala, traversée en barque de la Kotto débordée. Assez vastes champs de coton coupés de champs de manioc, carrés et réguliers comme nos cultures de France. Par places, quantité de gourdes parfaitement rondes, comme des coloquintes, de la grosseur d’un œuf d’autruche, jonchent le sol ; sortes de courges dont, nous dit-on, les indi-gènes mangent la graine.
Tandis que l’on approche de Bangassou, l’on commence à rencontrer des gens coiffés de façon extrêmement bizarre : un côté de la tête est rasé, l’autre couvert de petites tresses flot-tantes, ramenées en avant. Ce sont des N’Zakaras, une des tri-bus les plus intéressantes des Sultanats.
Bangassou, 8 octobre.
J’écris ces lignes sous la véranda de notre case. Bangassou me déçoit un peu. La ville se ressent sans doute de l’occupation militaire et a beaucoup perdu de son étrangeté. Mauvaise jour-née. J’ai commencé par me casser une dent ; puis, extraction pénible d’une chique monstre, qui me laisse le pied tout endolo-ri. J’ai mal à la tête et la visite à la mission américaine où m’entraîne M. Bouvet, m’exténue. Interminable déjeuner chez
21 Non point, semble-t-il, en tant que lépreux, mais parce qu’il « portait la guigne » au village.
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