Voyage Au Congo

André Gide · Chapitre 87 sur 106

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Voyage Au Congo

20 décembre.

 

Lever beaucoup trop tôt. Lecture à la lueur insuffisante du photophore en attendant l’aube. Il fait froid. On a l’onglée. Les porteurs avaient allumé de grands feux, qu’ils quittent à regret ; chacun emporte avec lui un tison qu’il tient devant lui, presque contre lui. Traversée de l’Ouham ; au-dessus du courant des eaux, un fleuve de vapeurs, au cours plus lent, se déroule et s’écoule en se déchirant ; le jour naissant faiblement les colore.

 

Quantité d’insignifiants petits villages – si l’on peut appeler ainsi des groupements de quelques cases très misérables dont les habitants, devant un maigre feu, ou sur le pas des portes, ne nous saluent pas, se détournent à peine pour nous regarder pas-ser. Les huttes rappellent les abris précaires de nos charbon-niers dans les bois. Un peu moins, ce serait la tanière. Et cette absence d’accueil, à notre arrivée, de sourires et de saluts à notre passage ne semble point marquer de l’hostilité, mais la plus profonde apathie, l’engourdissement de la bêtise. Quand on s’approche d’eux, ils ne bougent guère plus que les animaux des Galapagos ; quand on tend à quelque enfant un sou neuf, il s’effare et ne comprend pas ce qu’on lui veut. L’idée qu’on puisse lui donner quelque chose ne saurait l’atteindre, et si quelque aîné, ou l’un de nos porteurs cherche à lui expliquer notre bon vouloir, il prend un air surpris, puis tend les deux mains jointes en écuelle.

 

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