Voyage Au Congo
Bouali, 29 septembre.
Les chutes de la M’Bali, si l’on était en Suisse, d’énormes hôtels se seraient élevés tout autour. Ici, la solitude ; une hutte, deux huttes au toit de paille, où nous allons coucher, ne dépa-rent pas la sauvage majesté du pays. À cinquante mètres de la table où j’écris, la cascade, grand rideau vaporeux qu’argente la clarté de la lune entre les branches des grands arbres.
Bouali, 29 septembre.
Première nuit dans le lit de camp, où l’on dort mieux que dans aucun autre. Au lever du soleil, la chute d’eau, que dore le rayon oblique, est de la plus grande beauté. Un vaste îlot de verdure divise le courant et l’eau forme vraiment deux cascades, disposées de telle sorte qu’on ne les puisse contempler à la fois. Et l’on reste surpris lorsqu’on comprend que celle que l’on ad-mire ne doit sa majesté, son ampleur, qu’à la moitié des eaux du fleuve. Celle que l’on découvre ens’approchant du bord, et que cachait un repli des roches, reste dans l’ombre et comme en-fouie à demi sous l’abondance de la végétation. Arbustes et plantes d’aspect, à vrai dire, fort peu exotique et, sans un étrange îlot de pandanus aux racines aériennes, un peu en amont de la chute, rien ne rappellerait ici qu’on est presque au cœur de l’Afrique.
Soir du même jour. Bangui.
Retour sans autre épisode qu’une tornade, qui nous sur-prend heureusement tandis que nous achevions de déjeuner au même poste et aussi agréablement que la veille. Le vent subit
– 49 – abat un petit arbre près de nous. Pluie diluvienne pendant près d’une heure, que nous occupons à organiser des jeux avec le peuple d’enfants qui nous entoure. Exercices de gymnastique, chants et danses. Tout se termine par un grand monôme. J’oubliais de dire que d’abord il y avait eu des baignades sous la pluie qui ruisselait du toit, de sorte que les premiers exercices avaient pour but de réchauffer les enfants un peu transis au sor-tir de la douche.