Voyage Au Congo
Bouar, 2 décembre.
Depuis plusieurs jours ont commencé les feux de brousse. On entend de loin leur crépitement, et, de plus loin encore, la nuit, on en voit la lueur ; ils versent vers le ciel des torrents de fumée. Arrivés à Bouar, hier, vers une heure. Malgré la grande chaleur, l’air est vif. Il ne semble pas que l’on ait beaucoup mon-té, mais, à un peu moins de mille mètres d’altitude, le poste de Bouar, distant de l’important village, domine immensément la contrée ; vers l’ouest, l’étendue que nous avons parcourue en deux jours, et, bordant l’horizon, les hauteurs où nous cou-chions avant-hier. Plus au sud, vers Carnot, le regard dans le bassin de la Nana fuit plus loin encore.
Hier le soleil en se couchant emplissait l’espace de rayons pourprés. Ce matin, tandis que j’écris ceci, le ciel est ineffable-ment pur ; mais l’air, trop chargé de vapeur pour être parfaite-ment limpide, étale sur les verts sombres des forêts et les verts glauques des savanes, un glacis de nacre azurée. Devant la case, un premier plan de terrain aride, crevé de-ci de-là par de gros boulders de granit ; les dernières huttes du village des gardes, qui s’étend sur la droite, derrière le poste ; quelques arbres qui, en France, seraient des châtaigniers – puis, aussitôt après, l’immensité diaprée, car le dévalement trop brusque échappe aux regards. Rien entre ces arbres, à cinquante mètres et la plaine étonnamment distante.
Bouar, 3 décembre.
Visité l’ancien poste allemand, à un kilomètre de là ; à demi ruiné par une tornade ; d’où l’on domineadmirablement le pays. Restes d’avenues de manguiers, et de cette sorte d’aloès, qui hébergent au haut de leur hampe, et parfois le long d’elle, la génération nouvelle ; de sorte que, lorsqu’on secoue cette hampe, ce ne sont pas des graines qui tombent, mais une pluie
– 149 – de petits aloès tout formés, avec des feuilles déjà fortes et des racines. Contre un des bâtiments du poste, quelques plants de tomates ; je reviens chargé de leurs fruits.