Voyage Au Congo

André Gide · Chapitre 68 sur 106

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Voyage Au Congo

22 novembre.

À noter le mauvais vouloir, presque l’hostilité de ce village (et du précédent) lorsque nous arrivons ; hostilité qui bientôt cède et fond devant nos avances, et fait place à un excès de sym-pathie aux effusions et démonstrations chaleureuses. Le chef même, qui d’abord se dérobait et déclarait ne pouvoir trouver des œufs pour nous, du manioc pour nos hommes, s’empresse à présent et propose plus qu’on ne lui demandait d’abord.

 

22 novembre.

 

Nous quittons Bakissa-Bougandui (quel nom de banlieue !) avant six heures ; tous les enfants accourent et nous escortent jusqu’à la sortie du village. Nous nous enfonçons dans un brouillard épais. Le paysage s’agrandit ; les plis de terrain de-viennent plus vastes. Nous suivons longtemps « la ligne des crêtes », puis descendons dans un vallonnement profond. Marche prolongée tout le matin, jusqu’à midi presque (avec une heure d’arrêt), sans aucune fatigue ; nous avons dû bien faire ainsi près de 25 kilomètres. La pluie, qui s’est mise à tomber avec abondance, seule nous a forcés à monter en tipoye, avant d’avoir atteint l’étape. Jusqu’à présent nous avions évité les tor-nades ; elles n’éclataient que pendant la nuit ou pendant nos repas. Mais à présent ce n’est pas un orage ; le ciel est unifor-

 

– 132 – mément gris et l’on sent que l’averse va durer longtemps. La pluie redouble tandis que nous atteignons le premier village ; ce qui n’empêche ni les tam-tams, ni les cris, ni les chants. Mais il n’y a plus désormais de chœurs de bacchantes ; en particulier celle que nous appelions « la vieille folle » et que, de village en village, il nous semblait toujours retrouver, est absente.