Voyage Au Congo

André Gide · Chapitre 97 sur 106

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Voyage Au Congo

20 janvier.

Les belles zébrures des crocodiles.

 

Je n’ai le temps ni le désir de rien noter. Complètement ab-sorbé par la contemplation.

 

20 janvier.

 

Le paysage, sans changer précisément d’aspect, s’élargit. Il tend vers une perfection désertique et se dépouille lentement. Pourtant beaucoup d’arbres encore, et qui ne sont pas des pal-miers ; parfois ils s’approchent de la rive, lorsque le sol plus haut les met à l’abri de l’inondation périodique. Ce sont des arbres que je ne connais pas ; semblables à de grands mimosas, à des térébinthes.

 

Puis apparaissent les petits palmiers doums, au port de dracenas, et pendant quelques kilomètres il n’y en aura plus que pour eux.

 

Mais la faune, plus que la flore encore, fait l’intérêt cons-tant du paysage. Par instants les bancs de sable sont tout fleuris d’échassiers, de sarcelles, de canards, d’un tas d’oiseaux si charmants, si divers que l’œil ne peut quitter les rives, où par-fois un grand caïman, à notre passage, se réveille à demi pour se laisser choir dans l’azur.

 

Puis les rives s’écartent ; c’est l’envahissement de l’azur. Paysage spirituel. L’eau du fleuve s’étend comme une lame.

 

Je vais devoir jeter la boîte de coléoptères récoltés pour le muséum. J’avais cru bon de les faire sécher au soleil ; ils sont devenus si fragiles qu’il n’en est plus un seul qui ait gardé ses membres et ses antennes au complet.

 

Fréquents enlisements ; l’équipage descend, ayant de l’eau jusqu’à mi-corps, et pousse le navire comme il pousserait une

 

– 185 – auto. La délivrance occupe parfois plus d’une heure. Mais dans un paysage si vaste et si lent, on ne souhaite pas d’aller vite.