Voyage Au Congo

André Gide · Chapitre 83 sur 106

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Voyage Au Congo

11 décembre.

 

Admirables feux de brousse – dans la plaine, au près, au loin, de tous côtés de l’horizon, à la nuit tombante – et même ceux, là-bas, qu’on ne peut voir, mais qui derrière l’horizon, font une étrange rougeur, et comme une « une aube qui point ». Les hautes herbes, souvent encore pleines de sève, laissent le feu courir sous elles et ne se consument pas ; on voit alors la flamme à travers le réseau de leurs chaumes noirs.

 

Bosoum, 12 décembre.

 

Ciel ineffablement pur. Il me semble que jamais, nulle part, il n’a pu faire plus beau. Matin très frais. Lumière argentée ; on se croirait en Écosse. Une légère brume couvre les parties les plus basses de la plaine. L’air est suave, agité doucement ; sa fuite vous caresse. Je laisse Marc cinématographier un feu de brousse et reste tranquillement assis en compagnie de Gœthe.

 

13 décembre.

 

Toujours sans auto, sans nouvelles de Lamblin. Que faire ? Attendre. Le temps est splendide ; le ciel ne peut être plus pur, plus profond ; la lumière plus belle ; l’air plus tiède à la fois et plus vif… Achevé la première partie des Affinités, et parcouru quantité de Revues de Paris. Morel va mieux. Les vomissements ont enfin cédé à la piqûre de morphine que nous lui avons faite hier soir.

 

14 décembre.

 

Achevé la relecture complète des Fables de La Fontaine. Aucune littérature a-t-elle offert jamais rien de plus exquis, de plus sage, de plus parfait ?

 

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