Voyage Au Congo

André Gide · Chapitre 15 sur 106

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Voyage Au Congo

Lundi matin, 7 septembre.

 

Au réveil, le spectacle le plus magnifique. Le soleil se lève tandis que nous entrons dans le pool de Bolobo. Sur l’immense élargissement de la nappe d’eau, pas une ride, pas même un froissement léger qui puisse en ternir un peu la surface ; c’est une écaille intacte, où rit le très pur reflet du ciel pur. À l’orient quelques nuages longs que le soleil empourpre. Vers l’ouest, ciel et lac sont d’une même couleur de perle, un gris d’une délica-tesse attendrie, nacre exquise où tous les tons mêlés dorment encore, mais où déjà frémit la promesse de la riche diaprure du jour. Au loin, quelques îlots très bas flottent impondérablement sur unematière fluide… L’enchantement de ce paysage mys-tique ne dure que quelques instants ; bientôt les contours s’affirment, les lignes se précisent ; on est sur terre de nouveau.

 

L’air parfois souffle si léger, si suave et voluptueusement doux, qu’on croit respirer du bien-être.

 

Tout le jour nous avons circulé entre les îles ; certaines abondamment boisées, d’autres couvertes de papyrus et de ro-seaux. Un étrange enchevêtrement de branches s’enfonce épais-sement dans l’eau noire. Parfois quelque village, dont les huttes se distinguent à peine ; mais on est averti de sa présence par celle des palmiers et des bananiers. Et le paysage, dans sa mo-notonie variée, reste si attachant que j’ai peine à le quitter pour la sieste.

 

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