Voyage Au Congo
5 décembre.
Épais brouillard, ce matin ; on avance dans les hautes herbes trempées d’un chemin mal frayé. Ce n’est que passé dix heures que le soleil parvient à triompher des nuées et rétablit un ciel admirablement pur. Contrée sans grand intérêt. Hier les villages, une heure après Bouar, se sont succédé tous les deux kilomètres environ. C’est une région mal soumise, et nous nous attendions à beaucoup de mauvais vouloir. Il est vrai que cer-tains villages sont à demi désertés. Devant notre venue (against) beaucoup d’indigènes craintifs se sont égaillés dans la brousse. Mais combien ceux qui restent sont faciles à ressaisir, dès qu’ils comprennent qu’on ne vient pas chez eux pour leur dam. Et, comme les nouvelles se transmettent vite, de village en village, les habitants se présentent toujours plus nombreux et leur accueil se fait plus chaud. Flatteuse impression de regagner ce peuple à la France.
C’est à l’espacement des arbres d’un verger, aux pommiers d’une cour de ferme normande, aux ormes, soutiens des vignes en Italie dans la région de Sienne, que j’aurais dû comparer le clairsemé des arbres dans la savane que nous traversons depuis tant de jours ; dont les hautes graminées noient les troncs. Et j’admire la constance de ces arbres, de résister aux incendies périodiques. Aujourd’hui l’espacement beaucoup plus grand des arbres fait la seule modification de ce paysage, d’une désespé-
rante monotonie. Le village où nous nous arrêtons ce soir 64, seconde étape sur la route de Bosoum, est sans autre beauté que celle qu’y verse à flots la lumière. Comme de coutume je choisis, dans le cortège formé pour fêter notre entrée dans le village, un préféré sur lequel je m’appuie, ou qui marche à mon côté en me donnant la main. Il se trouve souvent que c’est le fils du chef, ce qui est d’un excellent effet. Celui-ci est particulièrement beau, svelte, élégant et fait penser à la Sisina de Baudelaire. Ce soir,
64 Kouiso-Bagéra (Baghera).
– 152 – avec deux compagnons, il me fait savoir que tous trois veulent nous accompagner jusqu’à Bosoum.