Voyage Au Congo
12 septembre.
Hier, l’escale à Loukoléla fut particulièrement émouvante. Profitant de l’heure d’arrêt, tous trois nous avons gravi en hâte le bel escalier de bois qui relie l’importante scierie de la rive au village qui la domine ; puis, suivant le sentier devant nous, qui pénètre dans la forêt, nous nous sommes enfoncéspresque an-xieusement dans une Broceliande enchantée. Ce n’était pas en-core la grande forêt ténébreuse, mais solennelle déjà, peuplée de formes, d’odeurs et de bruits inconnus.
J’ai rapporté quelques très beaux papillons ; ils volaient en grand nombre sur notre sentier, mais d’un vol si fantasque et rapide qu’on avait le plus grand mal à les saisir. Certains, azurés et nacrés comme des morphos, mais aux ailes très découpées et portant queue, à la manière des flambés de France.
Parfois d’étroits couloirs liquides s’ouvrent profondément sous les ramures, où l’on souhaite s’aventurer en pirogue ; et rien n’est plus attirant que leur mystère ténébreux. La liane la plus fréquente est cette sorte de palmier flexible et grimpant qui dispose en un rythme alterné, tout au long de sa tige courbée, de grandes palmes-girandoles, d’une grâce un peu maniérée.
12 septembre.
Arrivés le 9 à Coquillatville. J’ai perdu prise. Je crains de me désintéresser de ce carnet si je ne le tiens pas à jour. Le gou-verneur a mis à notre disposition une auto et l’aimable M. Jadot, procureur du Roi, nous accompagne à travers les quartiers de cette vaste et encore informe ville. On admire non tant ce qu’elle est, que ce que l’on espère qu’elle sera dans dix
– 31 – ans. Remarquable hôpital indigène, non encore achevé, mais où