Voyage Au Congo
29 novembre.
Départ de Baboua à l’aube. Nouvelle équipe ; ce qui en-traîne des hésitations et des discussions pour la répartition des charges. De plus il faut apprêter un hamac pour porter Adoum, incapable de marcher. Je laisse à Marc le soin de régler l’ordonnance du convoi et pars de l’avant. Je vais glorieusement bien, et fais à pied presque toute la route, en tête de colonne. Le temps est splendide. La route n’a pas été nettoyée, ni même les hautes herbes rabattues de côté, ainsi qu’elles étaient tout le long de la route précédente pour faciliter notre passage. Et je ne me doutais point de l’obstacle qu’elle peuvent présenter, car enfin la route est très large (de deux mètres cinquante à trois mètres), mais les herbes sont si hautes qu’elles la recouvrent complètement, repliées, s’opposant à notre marche ; elles sont encore couvertes de rosée, et, d’avoir à me frayer un chemin à travers elles, me voici bientôt tout trempé. C’est bien pis encore lorsqu’on approche d’un marigot ; la route disparaît alors sous l’abondance des plantes.
Après six heures de marche environ, nous atteignons un ruisseau qui traverse la route, non sous une galerie de hauts arbres ainsi que d’ordinaire, mais dans un espace découvert. Ce ruisseau n’est ni particulièrement clair, ni très profond, ni de
– 144 – cours très abondant ; mais il se brise et retombe entre des roches de granit si nettes, si lisses et, là-bas, un peu plus loin, si bien ombragées par un buisson, un arbre bas si prodigieuse-ment embaumé, que je cède à l’invite de l’eau.