Voyage Au Congo
8 septembre.
Après que Léonard est enfin parti, rentrant dans la nuit, cette pauvre épave proteste : « Amiral ! Il me traite d’amiral… Mais je n’ai jamais été amiral… » Il craint que la duchesse de Trévise n’ait ajouté foi aux perfides accusations de Léonard. Le lendemain, il nous dira qu’il n’a pas pu dormir un seul instant. Et par protestation, par sympathie, les passagers, qui jus-qu’alors l’appelaient simplement : « capitaine », ce matin lui donnent du « commandant » à qui mieux mieux.
Le spectacle se rapproche de ce que je croyais qu’il serait ; il devient ressemblant. Abondance d’arbres extrêmement hauts, qui n’opposent plus au regard un trop impénétrable rideau ; ils s’écartent un peu, laissent s’ouvrir des baies profondes de ver-dure, se creuser des alcôves mystérieuses et, si des lianes les enlacent, c’est avec des courbes si molles que leur étreinte semble voluptueuse et pour moins d’étouffement que d’amour.
8 septembre.
Mais cette orgie n’a pas duré. Ce matin, tandis que j’écris ces lignes, les îles entre lesquelles nous voguons n’offrent plus qu’une touffe uniforme.
Hier, nous avions navigué toute la nuit. Ce soir, à la nuit tombante, nous jetons l’ancre au milieu du fleuve pour repartir aux premières lueurs.
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