Calandre (French Edition)
Chapitre 61 : un calandre blessé
J’ai beau avoir affirmé que j’acceptais l’idée de devoir être patient, la semaine qui a suivi a été un véritable cauchemar.
Edem ne m’a pas recontacté. Adonn m’a envoyé un petit message pour me dire qu’il avait besoin d’un peu de temps pour aller mieux, mais qu’il était en bonne voie. Ça m’a rassuré, mais le silence de mon ami commence à faire peser de gros doutes sur moi : et s’il ne m’aimait pas, finalement ?
S’il avait détesté mon baiser au point de ne plus du tout vouloir me parler ou me voir ?
Cette simple idée me rend si anxieux que je n’ai pas dormi de la semaine.
Je sais que toute ma famille s’inquiète. Auriel et Amael sont même venus discuter avec moi, mais je ne sais plus vraiment quoi leur dire, moi.
Je suis triste.
Je souffre.
Je veux voir Edem.
Je ne pense qu’à ça.
J’ai continué à lui envoyer des petits mots gentils et remplis d’amour, malgré tout. Je ne veux pas lâcher ça. Je me dis que si vraiment Edem ne veut plus entendre parler de moi, quelqu’un finira par me dire d’arrêter. Ou alors il me bloquera, et je serai fixé…
Cette simple idée me terrifie.
Je me sens minable.
Une semaine de plus a passé. Nous sommes samedi, j’ai refusé d’assister à la sortie de mon groupe d’artistes, demain. Je suis au fond du trou. Amalia est très inquiète, elle passe tout son temps libre avec moi, mais rien de ce qu’elle peut dire ou faire n’arrive à me remonter le moral.
Je suis une loque, et je suis tellement déprimé que je n’ai même pas envie de sortir de mon état.
En ce samedi matin, donc, je reste enfoui dans mon lit sans vouloir en sortir. Je ne sais pas tellement si j’ai dormi de la nuit. Amalia est restée, hier soir, et pour sa part, elle dort encore. Moi, je n’arrive ni à trouver le sommeil, ni à avoir envie de sortir de sous ma couette.
Mon téléphone vibre sur un message entrant et, un instant, j’hésite à l’attraper. Ce n’est pas Edem, c’est sûr, et si ce n’est pas Edem, je me fiche de savoir qui c’est. Pourtant, dans le doute, sachant que ça pourrait être Adonn ou Maric qui me donnent des nouvelles (ce dernier m’a envoyé des petits mots gentils toute la semaine), je finis par rouler sur le côté dans un grognement et saisir mon Smartphone.
Mon cœur explose en mille morceaux quand je m’aperçois de l’expéditeur.
Edem.
Par tous les dieux de toutes les mythologies !
Je n’arrive pas à y croire !
Je suis tellement sidéré que je reste un long moment buggué devant mon écran, qui finit par se remettre en veille. Un bras passe alors le long de mes hanches, un corps chaud se serre contre moi. Ça n’a rien de sexuel. Amalia et moi avons beau avoir souvent couché ensemble, nous sommes avant tout amis. Pour ma part, je suis très tactile, et Amalia le sait. Dans l’immédiat, elle ne lésine pas sur les câlins, sachant dans quel état je suis.
Ses lèvres se posent sur ma nuque, y laissent un baiser affectueux.
—Coucou, toi, ça va ? me demande-t-elle.
Il y a une sollicitude réelle dans sa voix. Mais dans l’instant, je m’en contrefous. Je n’arrive pas à sortie de mon hébétude, à rouvrir mon portable, à lire le message d’Edem.
Et s’il me demandait d’arrêter de le harceler ?
S’il voulait me dire qu’il n’a plus envie de me voir ou d’entendre parler de moi ?
Mon cœur bat comme un fou, à cette idée.
J’ai peur.
Plus que cela, même.
Je suis terrifié.
—Eh, Mani, qu’est-ce qui se passe ? me demande Amalia en se redressant dans le lit.
Elle doit apercevoir mon portable serré dans ma main, car elle pose délicatement ses doigts sur les miens.
—Tu as reçu un mauvais message ? m’interroge-t-elle doucement.
Je secoue la tête, les larmes aux yeux.
—Je… je bredouille misérablement. Je ne sais pas. Je ne l’ai pas encore lu.
—Oh, souffle mon amie. C’est un message de qui ? D’Edem ?
J’acquiesce en silence, la gorge nouée.
—Tu veux que je le lise en premier ? me propose Amalia.
Je m’assieds à mon tour sur la couche, me frotte le visage, tâchant de reprendre empire sur moi-même… de reprendre confiance en moi-même.
—Non, je lâche. Ça va aller. Est-ce que tu peux…
Je n’ai pas besoin de regarder mon amie pour savoir qu’une moue de dépit s’est imprimée sur ses lèvres. Elle ne s’en lève pas moins tranquillement et quitte la pièce sans s’habiller davantage que le t-shirt trop grand et la culotte qu’elle porte déjà.
—Je reste dans le coin, tu m’appelles si besoin, hein, soupire-t-elle avant de refermer la porte.
Je fixe un instant le battant sans bouger, avant de reporter mon regard sur mon téléphone. Je tergiverse, inspire profondément, expire avec force, avant de me décider à le déverrouiller.
En lisant les mots d’Edem, mon cœur se serre très fort dans ma poitrine, et j’explose en sanglots muets malgré moi.
—Coucou Mani. Excuse mon silence, je suis désolé de t’avoir ignoré comme ça. Je suis perdu. J’aimerais te voir. Tu me manques.
Je suis tellement rassuré… et en même temps, je souffre pour lui.
Je souffre avec lui.
Il ne va pas bien du tout, et ça me brise le cœur.
Je prends le temps de me calmer avant de me décider à répondre, choisissant précautionneusement chacun de mes mots :
—Coucou Edem. Merci pour ton message, ne t’excuse pas, s’il te plaît, je suis le seul fautif de ton état. Je suis tellement désolé pour ce que j’ai fait. J’ai merdé, j’aurais dû respecter ton rythme et tes envies, pas écouter les miennes. Je m’en veux beaucoup. Je t’aime, Edem, vraiment. Très fort. Je suis tellement triste que tu sois dans cet état, j’aimerais soulager tes émotions. Est-ce que je peux passer chez toi ? J’aimerais te voir. Mais je comprendrais que tu ne sois pas prêt.
J’ai failli écrire un « je t’embrasse » à la fin, heureusement je me suis retenu au dernier moment. J’envoie le message, attends la réponse d’Edem, le cœur battant très fort dans ma poitrine.
—Merci pour tes mots, et pour ta présence, Mani. C’est très précieux, pour moi. Je ne sais pas si je suis prêt à te recevoir, pour le moment. Je ne suis pas très… sociable et présentable, là.
De nouvelles larmes dévalent le long de mes joues. Sa détresse me touche profondément, j’en suis terriblement malheureux. J’aimerais lui faire comprendre que je me fiche qu’il soit « présentable ». J’ai juste envie de le voir. De lui assurer que je l’aime quoi qu’il advienne. Je me décide à lui faire part de mes pensées sans le brusquer :
—Je ne veux pas te forcer la main. Si tu ne te sens vraiment pas prêt, je respecterai ton rythme. Mais sache que je compte rester à tes côtés, c’est là qu’est ma place, là que j’ai envie d’être. Peu importe si tu es silencieux, si tu as besoin d’espace, de temps, tout ce que tu veux. Je suis là, et j’y resterai, à moins que tu veuilles me chasser. J’aimerais comprendre ce qui t’arrive, mais sache que jamais je ne t’imposerai de te livrer à moi. Et je ne te toucherai plus comme je l’ai fait, du moins, pas tant que tu ne le souhaiteras pas. Si tu le souhaites un jour. Et même si ce n’est pas le cas, je te jure que je resterai près de toi, Edem. Je t’adore. Vraiment.
Un moment qui me paraît horriblement long, mon téléphone reste muet. Aucune réponse ne vient me rassurer ou me confirmer qu’Edem a besoin de davantage de temps. La pression monte en moi, ma gorge se noue, à nouveau j’ai peur.
Est-ce que j’ai dit quelque chose de mal ?
Le message qui finit par arriver sur mon Smartphone me laisse échapper un sanglot de soulagement :
—Viens. Je t’attends.
Si peu de mots.
Tant d’émotions.
Tant d’espoir.
Tant de soulagement…
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