Calandre (French Edition)

Aurélie Chateaux-Martin · Chapitre 21 sur 62

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Calandre (French Edition)

Chapitre 70 : entre timidité et désir

 

La conversation avec Collin avait apaisé Edem autant qu’elle l’avait épuisé. Maniel et lui étaient restés un long moment à se câliner, silencieux, profitant de la chaleur de l’autre, jusqu’à ce que le beau chat se décide à bouger doucement.

—Ça va, mon p’tit cœur ? lui demanda-t-il.

Il fit aussitôt une moue de dépit.

—Je peux t’appeler mon p’tit cœur, au moins ? bredouilla-t-il en rosissant un peu.

Sa sollicitude autant que ses doutes firent pouffer Edem.

—Oui, tu peux, répondit-il. J’adore les surnoms que tu me donnes… Je les ai toujours adorés.

Cela ramena le sourire sur les lèvres de Mani, dont les yeux se mirent à briller comme des étoiles.

—Ouf ! soupira-t-il. Je n’ai jamais osé te demander. En vrai… j’avais peur que tu me dises d’arrêter. C’est très injuste, quand j’y pense, ce n’était pas super respectueux…

Edem inspira profondément, avant de lever la main vers le visage de son petit-ami, de déposer délicatement ses doigts sur sa joue. Ce geste empli de tendresse fit frissonner Maniel de tout son long.

—J’apprécie que tu sois précautionneux et à l’écoute, admit-il. Mais tu n’es pas obligé de prendre constamment des pincettes, tu sais.

—Mais je ne veux pas risquer de te faire du mal, ou de te pousser à faire une crise d’angoisse, objecta son compagnon.

Le jeune calandre hésita l’espace d’un battement de cœur avant de changer de position, posant sa joue contre le torse de Maniel. Sa paume quitta son visage pour venir s’enlacer à nouveau à celle de son petit-ami.

—Je sais que tu fais tous les efforts du monde pour que j’aille bien, murmura-t-il. Et je t’en suis reconnaissant, Mani. Mais tu sais… je dois aussi apprendre à gérer mes émotions. Et ta présence m’aide beaucoup.

—Oui, souffla Maniel en l’étreignant affectueusement. Mais c’est difficile, pour toi, et j’ai envie que tu te sentes bien, avec moi. Pas que tu stresses parce que je suis lourd ou… ou too much.

—Je me sens bien, avec toi, promis, répliqua le jeune calandre.

Il ne put retenir un bâillement sonore, qui fit rire son petit-ami.

—Il y a eu beaucoup d’émotions, aujourd’hui, hein, fit remarquer ce dernier. Tu veux qu’on se couche ?

—Il est encore tôt… grogna Edem en enfouissant son visage dans les plis du sweat de son compagnon.

—Oui, c’est vrai. Mais on pourrait très bien se câliner au lit.

Aussitôt, Edem se tendit malgré lui.

—Enfin, je dis ça, mais tu as sans doute envie de dormir seul, et que moi je reste sur le sofa, bredouilla vivement Maniel.

Edem prit le temps de réfléchir, sa main fermement accrochée à celle de son amoureux, son nez inspirant profondément l’odeur du beau chat, qu’il aimait tant.

Ces sensations-là l’apaisaient véritablement.

Il finit par relever la tête, alors que Mani se taisait, le corps crispé, l’air penaud et un peu inquiet.

—J’aimerais bien qu’on dorme dans le même lit, avoua Edem. Mais j’ai peur que… que tu…

—Je ne te toucherai pas ! balbutia Maniel. Enfin si tu veux des câlins, tu peux compter sur moi, et si toi, tu désires quoi que ce soit, je suis pour, bien sûr, mais je n’irai pas plus loin que ce que toi, tu as envie de partager avec moi, Edem, je te le promets. Je connais tes craintes et tes blocages, je sais à quoi ils sont dus, maintenant, jamais je n’abuserai de toi, d’aucune manière que ce soit, je te le jure !

Il avait l’air si piteux, soudain, que malgré sa propre anxiété, Edem en éprouva une bouffée d’attendrissement.

—Tant pis, soupira finalement Maniel en passant sa main sur son visage. Dormons séparément, ça sera plus facile pour toi, et je ne veux pas te mettre mal à l’aise, te forcer ou que tu te sentes mal. Je prendrai le sofa, ça sera très bien, il a l’air confortable, et…

—Mani ! souffla Edem en posant spontanément son doigt sur ses lèvres, ce qui figea totalement son vis-à-vis. Dors avec moi. J’ai confiance en toi.

Les joues de Maniel se colorèrent intensément, sans doute de joie autant que d’expectative.

—Merci, se contenta-t-il de souffler. Surtout, trésor… tu me dis si ça ne va pas, d’acc ?

Edem acquiesça gravement.

—Promis, répliqua-t-il.

Le beau chat lui offrit un sourire débordant de tendresse.

—Si on y allait ? On sera plus confortables pour se câliner, et franchement… moi aussi, je tombe de fatigue.

Le jeune calandre lui lança un regard intrigué. Maniel détourna légèrement la tête, expira avant de se tourner à nouveau vers lui, un sourire confus aux lèvres.

—Je t’avoue que je n’ai pas tellement dormi, ces derniers temps, dit-il simplement. J’étais tellement inquiet pour toi… Et puis très égoïstement, j’étais triste de n’avoir pas de tes nouvelles, j’avais peur que tu m’en veuilles et que tu me vires de ta vie.

Une bouffée de culpabilité traversa Edem, aussitôt chassée par le sourire affectueux de son vis-à-vis.

—N’essaie même pas de te sentir coupable, rit doucement celui-ci. C’est moi qui ai fait n’importe quoi. Et puis c’est normal de s’inquiéter pour le garçon qu’on aime, non ?

Il leva maladroitement la main, hésita à toucher la joue d’Edem. Ce dernier inspira profondément, puis se tendit vers ses doigts, entrefermant les yeux quand leurs peaux entrèrent en contact. Cela le fit frémir, bouscula un peu son cœur blessé, mais il ne s’éloigna pas, savourant la délicatesse de cette caresse complice et tendre.

—Pardon de ne pas t’avoir donné de nouvelles, chuchota-t-il.

—Edem, tu… voulut protester Mani.

—J’ai besoin de m’excuser, le coupa gentiment Edem. Tu sais, on a tous les deux nos « torts », dans cette histoire, et en même temps… on n’en est que des victimes, je m’en rends bien compte.

Entre ses cils presque clos, il vit le beau chat hocher la tête. Celui-ci avait l’air bouleversé, mais il choisit de ne rien ajouter. Edem se recula finalement et se leva, relâchant Maniel.

—Il faut que je te prête des vêtements et une brosse à dents ? demanda-t-il.

—Oui, s’il te plaît, répondit son petit-ami. Enfin t’embête pas, si tu n’as pas de brosse à dents à me prêter, je survivrai sans, hein.

Son ton était rieur, et il arracha un sourire au jeune calandre, qui se sentait un peu tendu par la situation.

—Tu me fais visiter ? plaisanta Mani.

—Oui, viens, souffla Edem.

Son compagnon sauta sur ses pieds, et leurs mains s’effleurèrent, leur arrachant un frémissement commun. Les doigts de Maniel caressèrent doucement ceux d’Edem, qui sentit son cœur s’affoler dans sa poitrine. Il s’éloigna d’un pas, offrit un sourire confus à son petit-ami avant de l’entraîner vers la salle de bain, où il lui montra sa brosse à dents.

—Je n’en ai qu’une, mais c’est une brosse à dents à tête changeable, donc je vais t’en sortir une neuve.

Joignant le geste à l’action, il attrapa dans le meuble une autre tête, et tendit le tout au beau chat.

—Je te laisse faire, je vais te chercher des habits. Tu veux quoi ?

—Hmmm, un boxer et un t-shirt ? Chez moi je dors nu, mais là ça ne serait pas très approprié.

Malgré son ton espiègle, Edem ne put s’empêcher de se crisper un peu à ces mots. Il s’en voulut d’être si facile à s’effaroucher. Il marmonna un « ok, je vais te chercher ça » et quitta rapidement la salle de bain. Sa propre pudeur, extrême, le gênait et le frustrait. Lui qui avait été si sensuel, si avide de caresses, de sexe, avec Collin, pourquoi réagissait-il ainsi avec l’homme qu’il aimait ?

Peut-être parce qu’il l’aimait, justement ?

Il l’aimait si fort que tout lui était embarrassant.

Parce que tout était si intense…

Il attrapa rapidement des vêtements dans sa commode avant de regagner la salle de bain. En le voyant, Maniel lui offrit un sourire tendre qui le rasséréna.

—Merci, dit-il en attrapant les habits. J’ai remis ta tête de brosse à dents. Ça te dérange si je prends une petite douche ?

—Non, vas-y, je te sors une serviette, affirma le jeune calandre.

Il se baissa pour attraper un drap de bain, rougit violemment quand, en se redressant, il aperçut Mani qui venait d’ôter son sweat et son t-shirt, se déshabillant sans pudeur. Celui-ci était en train de déboutonner son pantalon, mais il s’arrêta en voyant l’air perturbé et gêné de son petit-ami.

—Oh, excuse-moi, ça te dérange peut-être que je me désape devant toi ! lança-t-il. Je n’y avais pas pensé, dans ma famille on n’a pas la moindre pudeur entre nous…

Confus et profondément troublé, Edem posa ses mains sur son visage pour se cacher les yeux autant que dissimuler ses joues cramoisies.

—C’est pas grave, bredouilla-t-il maladroitement. Je vais… je vais attendre dans le salon.

—Tu peux rester et te laver les dents, hein ! protesta gentiment Maniel. Ça ne me gêne pas. Si tu veux, j’enlève le reste de mes fringues dans la douche, comme ça tu n’as pas à me voir tout nu. Désolé, Edem, vraiment, je ne voulais pas te mettre mal à l’aise.

Entendant son ton un peu penaud, le jeune calandre ôta ses paumes de son visage. Il ne put alors s’empêcher de contempler avidement le corps mince et sexy de son petit-ami, qui se tenait en face de lui, l’air un peu dépité. Maniel n’était ni grand ni puissant. Il avait la finesse d’un chat sauvage, des muscles souples et nerveux qui couraient sous sa peau claire et se dessinaient en courbes esthétiques, absolument séduisantes, du moins, aux yeux d’Edem, qui ne parvenait plus à détacher son regard de lui. Son torse mince, la cambrure légère de son dos, les poils clairs qui dépassaient de son boxer et de son jean légèrement abaissés, qu’il n’avait pas remontés mais n’avait pas plus ôtés…

Par tous les dieux, qu’il était beau !

À ses yeux, il était parfait.

Même avec ses cheveux décoiffés, même avec son air dépenaillé.

Maniel avait arrêté de bouger, visiblement conscient d’être la cible d’une observation intense. Ses joues avaient un peu rosi, il semblait apprécier d’être le centre de l’attention d’Edem.

—Je… je te plais ? bafouilla-t-il soudain d’un ton un peu troublé.

Edem sentit ses joues le brûler plus fort encore. Il détourna rapidement les yeux. Il avait envie de fuir et, en même temps, de dévorer encore Maniel des yeux.

—Tu veux que je me rhabille ? demanda doucement ce dernier dans le silence qui se prolongeait.

—N… non, bredouilla Edem. Va à la douche, je… je vais aller me laver les dents ailleurs.

—Ok, souffla Mani, entre frustration et amusement visibles.

Edem se dépêcha de quitter la salle de bain, le souffle un peu précipité par tant d’émotions.

Il réalisait qu’il désirait sincèrement Maniel.

Il aurait voulu que les choses soient plus simples.

Qu’il puisse se laisser aller à ces envies si naturelles, sans se poser de questions, sans crainte, sans doute.

Mais ce n’était pas possible.

Il n’y parvenait pas.

Pas encore.

Il inspira profondément, soupira de frustration quand il entendit l’eau se mettre à couler. Dans son esprit, mille images de douches prises avec Collin remontèrent à sa mémoire.

Un jour, peut-être…

Il inspira profondément, expira le plus calmement possible.

Il fallait qu’il se laisse du temps.

Cela viendrait.

Il y arriverait.

Un jour, oui, un jour… il saurait aimer Maniel entièrement.

Sans limites.

Sans peur.

Sans retenue.

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