Calandre (French Edition)
Chapitre 67 : petit-ami
Les deux jeunes hommes finirent par accepter de se relâcher, quoique bien à regret. À peine avait-il quitté les bras de Maniel, Edem avait eu envie de retourner s’y blottir. Et pourtant, il était trop timide pour demander, trop traumatisé pour ne pas angoisser à la simple idée de retrouver cette proximité.
Il s’en voulait de ne pas arriver à gérer ses émotions à ce point, concernant Mani. Il l’aimait, profondément, et désormais, c’était son petit-ami. Malgré cela, il avait peur que le beau chat le touche.
Et il était visible que celui-ci se retenait, autant qu’il en était frustré. Cependant, Maniel n’en disait rien, respectant les limites de son compagnon. Il semblait même les considérer comme étant légitimes.
Ce dernier finit par se laisser aller sur les tatamis dans un soupir soulagé, et Edem le contempla un long moment, se gorgeant de son image. Il était totalement euphorique à l’idée que tous les deux sortaient enfin ensemble.
Il l’avait tellement désiré.
Il en était ivre de bonheur.
Il aurait voulu être plus courageux et venir se lover contre le beau chat qui, allongé par terre, le fixait de son regard brillant, un sourire tendre aux lèvres.
Ces lèvres…
Par tous les dieux, Edem les désirait, vraiment.
Cette simple pensée le faisait rougir… autant qu’elle le rendait anxieux.
Désirer ne suffisait pas.
Il fallait qu’il fasse tomber une à une ses barrières, et cela ne se ferait pas en un seul jour. Il avait besoin de temps, il en avait conscience. C’était frustrant.
C’était difficile à accepter.
Il culpabilisait un peu, mais l’amour et la patience de Maniel lui apprenaient à respecter ses propres limites, à les valider.
À se donner le droit d’être un peu cassé, et très fragile.
—Ça va ? lui demanda finalement Mani, ses yeux jaunes toujours plantés dans les siens.
Edem acquiesça silencieusement, avant de se rapprocher de son petit-ami. Ce dernier se redressa sur ses coudes, tandis que le calandre s’installait contre le sofa sans le quitter du regard. Il vit le beau chat se mordre la lèvre inférieure, en éprouva un mélange de gêne et d’excitation.
—T’es trop beau, soupira Maniel.
Edem baissa le visage, embarrassé.
—Mes mots te gênent ? s’enquit son compagnon.
Le calandre hésita.
—Oui… admit-il. Et non à la fois. On va dire que ça me perturbe beaucoup, mais ça me fait plaisir, aussi.
Il voulut ajouter quelque chose, n’osa pas.
À part Collin, personne ne lui avait fait de tels compliments, jamais.
Or, Edem ne voulait pas comparer Collin et Maniel.
Bon, en vérité, à bien y réfléchir, Jules aussi, lui avait souvent dit qu’il le trouvait beau. Mais de sa part, ce n’était pas un « compliment », du moins pas aux yeux d’Edem. Ce dernier aurait mille fois préféré que son bourreau le trouve moche et lui fiche la paix.
—Ok, souffla Mani. Dis-moi quand tu en as marre de mes paroles, en tout cas, j’arrêterai, hein !
Son sourire s’était fait espiègle et affectueux à la fois.
—Je n’en ai jamais marre de toi, répliqua Edem.
Maniel sembla hésiter un moment, puis son regard se fit un peu suppliant.
—Dis, Edem… osa-t-il. Est-ce que je peux te demander quelque chose ?
L’interpellé le fixa avec curiosité.
—Oui, j’imagine, répondit-il simplement.
—Surtout renvoie-moi chier si ça te déplaît, hein ! précisa son petit-ami.
Edem opina gravement. Il n’aurait jamais « renvoyé chier » Maniel, mais il se passa de le lui dire.
—Est-ce que ça te dirait que je… que je dorme ici cette nuit ? proposa le beau chat.
Le cœur du calandre s’arrêta soudain de battre. Une vague d’angoisse le déborda. Il ne put pas répondre, se contentant d’ouvrir la bouche et de fixer son compagnon avec un affolement qui devait être visible.
—Je ne veux pas te forcer la main ! dit vivement Maniel. Je ne parlais pas de dormir forcément avec toi. J’adorerais, mais je me doute que c’est très prématuré, même sans sexe ni bisous. Je voulais dire ici, chez toi. Je peux dormir sur le sofa. Ou dans le salon principal, si les Coroné-Munin veulent bien de moi. C’est juste que j’ai…
Il se releva, baissa les yeux.
—J’ai envie de passer du temps avec toi. Et j’ai besoin de me rassurer, aussi, d’être sûr que toi et moi… Que c’est réel, tout ça. Mais si ça te met trop mal à l’aise, ou si ça te stresse trop, ce n’est pas grave. Je te l’ai dit, c’est juste une proposition, tu peux dire non, je ne me vexerai pas ou quoi.
Il disait qu’il ne se vexerait pas, et c’était sans doute la vérité, mais ça lui ferait forcément de la peine si Edem refusait.
Seulement, Edem ne voulait pas refuser.
Il avait un peu peur, c’était vrai.
Cependant, il se sentait en sécurité, avec Maniel, et il savait que ses craintes n’étaient pas réelles, qu’elles étaient juste le fruit de ses traumatismes.
—Ok, lâcha-t-il finalement. Je veux bien.
—C’est vrai ? s’exclama Mani, un immense sourire ravi aux lèvres. Tu es sûr ? Je ne veux vraiment pas te forcer la main.
—Tu ne me forces pas la main. J’ai envie de passer du temps avec toi, moi aussi. Ça me ferait très plaisir.
—Trop bien ! lança le beau chat en levant les bras comme pour le serrer contre lui.
Edem eut un petit mouvement de recul, et Maniel s’arrêta à temps pour ne pas le mettre dans une situation inconfortable.
—Excuse-moi, fit-il dans un rire embarrassé. Je suis quelqu’un de très tactile, et j’ai très envie de te toucher, tout le temps, mais promis, je sais me comporter comme une personne civilisée.
Le calandre baissa les yeux.
—Moi aussi j’ai envie que tu me touches, tu sais, chuchota-t-il. Et en même temps j’en ai peur. Ça me frustre et ça m’énerve envers moi-même.
Les doigts de son petit-ami se posèrent à côté des siens sans les effleurer.
—Ne sois pas trop dur avec toi-même, répondit-il simplement. Ça viendra. Sans doute.
Edem releva sa main, la posa délicatement sur celle de son compagnon. Quand c’était lui-même qui prenait les devants, cela le mettait mal à l’aise, mais il gérait mieux ses émotions. Le sourire rayonnant qui illumina le visage de Mani fit accélérer les battements de son cœur.
Ç’aurait pu être si simple.
Si beau.
Si évident.
Mais ça ne l’était pas, et il fallait constituer avec.
Si Maniel était prêt à patienter et à agir en fonction des blocages de son partenaire, alors ce dernier devait cesser de se morigéner à chaque fois qu’il surréagissait.
OceanofPDF.com