Calandre (French Edition)

Aurélie Chateaux-Martin · Chapitre 60 sur 62

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Calandre (French Edition)

Troisième partie : un foyer en devenir

01 septembre 2029

La voiture était sortie de Lunel depuis un moment. Assis à l’arrière à côté de Maniel, sa tête calée contre son épaule, ses doigts liés aux siens, Edem contemplait le paysage avec ce mélange d’euphorie et de légère anxiété qui grimpait en lui depuis quelques jours.

Le pas en avant qu’il était en train d’accomplir était énorme, et il avait un peu peur, même s’il était sûr de son choix.

L’auto s’engagea enfin sur une petite route, pénétrant dans une forêt, avant de bifurquer sur un chemin de castine.

—On est presque arrivés ! lança Amalia qui, sur le siège passager, semblait surexcitée.

Elle se tourna vers les deux amoureux, leur offrit un large sourire rayonnant.

—Alors, vous êtes prêts, tous les deux ?

—Amali, calme-toi un peu, rit Maniel en lui tirant la langue. T’es épuisante.

—Et toi, t’es pas sympa, plaisanta la jeune femme.

—Ne commencez pas à vous chahuter en voiture, les gosses, ironisa Appollo, qui était au volant. Amali-chérie, assieds-toi correctement, s’il te plaît, à force de t’agiter tu vas m’empêcher de conduire. Ça serait con qu’on ait un accident juste à l’arrivée.

—Tu parles comme si on avait accompli un voyage de dix heures, se moqua Mani. On a quitté Lunel y’a même pas un quart d’heure…

—Oui, bon, ça va, toi, le chieur, répliqua joyeusement la nymphe en lui offrant un clin d’œil dans le rétroviseur.

Edem se taisait, mais il ne pouvait s’empêcher de sourire avec amusement.

Ces trois-là étaient infernaux.

Il ne savait même pas pourquoi il avait accepté ce projet commun.

Il allait en baver au quotidien.

Oh, il ne le pensait pas sincèrement. Il adorait l’énergie positive et… très énergique de son compagnon, et il avait véritablement apprivoisé Amalia et Appollo, depuis bien longtemps, à présent. Il les adorait.

Il était loin, le temps où il jalousait leur proximité d’avec Mani…

Oui, décidément très loin, vu ce qu’ils étaient en train d’accomplir, tous les quatre, ensemble.

—Ahhhh, on y est ! s’écria soudain Amalia.

Le cœur d’Edem manqua un battement lorsqu’il aperçut la grande maison qui s’élevait près de l’Étang du Carpillon.

Il avait rêvé de vivre dans ce genre de cadre.

C’était tout ce qu’il avait pu fantasmer : une belle demeure, une forêt, de la nature à perte de vue…

C’était parfait.

Quand il avait visité la maison, trois mois plus tôt, il en était tombé sous le charme, et il n’avait pas été le seul. Maniel, Amalia et Appollo, en l’explorant, avaient été eux aussi formels : c’était ce qu’ils recherchaient.

C’était là qu’ils habiteraient.

La voiture s’arrêta sur le parking en castine, et les quatre jeunes gens en jaillirent rapidement. Le palpitant d’Edem cognait dans sa poitrine à lui en faire mal.

Il n’arrivait pas à y croire.

Ce petit paradis sur terre était à lui.

Oh, pas seulement à lui : c’était là qu’il allait emménager avec Maniel, bien sûr, mais également avec Amalia et Appollo.

Comment en étaient-ils arrivés là ? Edem s’en étonnait encore. L’idée était née peu à peu, alors que les deux amoureux parlaient de déménager de leur petit loft. Ils avaient des projets d’avenir, des envies un peu folles, et il s’était trouvé qu’Amalia et Appollo étaient en harmonie avec eux, à tout niveau.

Ils en avaient beaucoup parlé.

Il y avait eu énormément de doutes.

De nœuds à démêler.

De peurs et d’hésitation.

Mais, peu à peu, c’était tombé sous le sens. Et pour dire la vérité, tous les quatre s’entendaient tellement bien qu’Edem savait, avec une certitude absolue, que la vie qu’ils s’étaient choisie tous ensemble serait douce et agréable.

Ils auraient de l’espace, dans cette maison qu’ils allaient séparer en deux tout en gardant des pièces communes, comme le salon, la cuisine, la bibliothèque (parce que oui, ça avait toujours été un immense rêve, pour Edem, de posséder une salle consacrée uniquement aux livres !).

Les deux couples auraient chacun sa vie, tout en étant proches les uns des autres et en partageant un quotidien.

En y pensant, c’était tout de même enthousiasmant.

Même si Edem avait un peu le trac, maintenant qu’il y était, il ne pouvait que se l’avouer…

Maniel lui tendit la main, et le jeune calandre le rejoignit. Ils échangèrent tous deux un regard d’éternité, puis un sourire, avant de se tourner de concert vers la grande maison.

—Quand même… soupira le beau chat. Ça me fait drôlement bizarre, d’être ici.

Edem savait pourquoi il disait cela. Oh, bien sûr, c’était difficile de réaliser que cette belle demeure entourée de verdure leur appartenait, mais ce n’était pas là ce que voulait signifier son petit-ami.

Ils en avaient souvent discuté, ces derniers mois.

Edem avait ses craintes, Maniel aussi.

La plus grande d’entre elles, pour lui, était de s’éloigner des siens.

Même s’il habitait depuis des années avec Edem, ayant déménagé dans son loft, il restait assez proche de sa famille, qu’il fréquentait plus qu’abondamment. Il possédait un lien très fort avec sa fratrie, avec qui il était incroyablement complice. Déjà, quand il avait emménagé avec Edem, les siens avaient râlé. Pour la forme, mais il était évident qu’ils étaient tristes de le voir quitter leur foyer. Ils avaient toujours vécu dans une même maison, et cela leur avait toujours plu. Le seul qui était « parti » était, à l’époque, Jude, qui habitait… littéralement dans la maison voisine.

Et encore, Maniel avouait sans pudeur que lorsque Jude avait annoncé qu’il allait vivre chez son amoureux, cela l’avait beaucoup peiné.

—Je savais qu’on le verrait presque autant, mais ce n’était pas pareil, s’était-il confié. On est un clan soudé et fusionnel. C’est dur de voir les siens faire leur vie dans leur coin.

Depuis le départ de Mani, ceci dit, les choses avaient bougé pour plusieurs autres membres de la fratrie. Jude et Ambre avaient eu une fille, la première naissance d’une nouvelle génération qui n’avait fait que grandir. Puis Or avait quitté le domicile familial pour gagner celui de Zach et Danaé, dont il était toujours aussi amoureux. Ces trois-là avaient vu naître dans leur demeure, ces trois dernières années, non moins de trois enfants : des jumelles, puis un petit garçon qui venait tout juste de poser ses pieds sur terre.

Ensuite, cela avait été au tour de Samael de prendre son « indépendance ». Il avait emménagé avec ses deux amoureux, Miréla et Orion. Il s’était assagi, mais il était toujours libertin, pour sa part. Agis restait son principal amant que, parfois, le trouple invitait même à gagner leur couche commune. Mais si les trois amoureux aimaient pimenter leur relation de temps à autre, leurs aventures se faisaient majoritairement solitaires. Ils ne se bridaient pas, et ça leur allait très bien comme cela. Ils étaient heureux, c’était l’essentiel.

Tellement heureux que Miréla était à son tour enceinte de jumeaux…

Enfin, Neïel s’apprêtait à démarrer des études sur Montpellier, quant à Gwen et Ilios, ils parlaient eux aussi de se trouver un lieu de vie rien qu’à eux, passant leur temps l’un chez l’autre, et ayant grandement envie d’un peu plus d’intimité…

Dans toutes ces évolutions, le nouveau départ de Maniel avait été vécu avec une grande sérénité. Le quotidien leur avait apporté la preuve que leurs liens ne se desserraient pas et que, même s’ils étaient un peu plus disséminés aux quatre coins de Lunel et environs, ils continuaient de s’aimer, de se voir, souvent, de se rassembler.

Ils étaient toujours aussi proches, toujours aussi complices.

Personne ne doutait que Maniel serait souvent fourré dans la demeure familiale, celle dans laquelle Amael, Marielle, Anaelle et Mel vivaient encore, celle dans laquelle Neïel comptait bien revenir tous les week-ends, et qu’il considérait encore comme sa véritable maison, malgré son émancipation nouvelle.

Bref, la vie suivait son cours.

Et même si Mani avait un peu le cœur serré à s’éloigner des siens, il était absolument motivé par cette nouvelle existence qui s’offrait à lui.

—Et puis je sais que j’exagère, avait-il admis. On « s’éloigne », mais on va habiter à un quart d’heure de Lunel, c’est pas comme si c’était à l’autre bout du monde.

Ces paroles avaient fait sourire Edem.

Il s’était dit, une fois de plus, qu’il adorait son petit-ami.

Cet homme exceptionnel, énergique et affectueux, qui se souciait tellement des autres que la simple idée de n’être pas collé aux siens le rendait tout chose.

Il pouvait fanfaronner, n’empêche qu’il avait un cœur trop tendre pour ne pas en être touchant.

Edem noua plus intimement ses doigts aux siens, lança un nouveau regard à son compagnon.

—On y va ? lui souffla-t-il.

Amalia et Appollo, eux, avaient déjà disparu dans la maison, qu’ils redécouvraient à présent qu’elle leur appartenait.

Edem avait hâte d’en franchir le seuil à son tour.

Hâte d’être chez lui.

Enfin.

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