Calandre (French Edition)

Aurélie Chateaux-Martin · Chapitre 31 sur 62

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Calandre (French Edition)

Chapitre 80 : coup de fil impromptu

 Edem avait beaucoup réfléchi à la suggestion de Vinz.

Il n’avait même fait qu’y songer.

Cela envahissait son esprit et le faisait énormément angoisser.

En conséquence, il n’avait pas été capable de prendre la moindre décision, ni d’en parler à ses proches.

Il ne savait pas quoi faire.

Il avait bien conscience qu’il fallait qu’il règle cette histoire, mais il ne s’en sentait pas la force. Cela secouait trop de choses en lui.

Cela le forçait à faire face à ses propres démons.

C’était trop dur, pour lui.

Trop violent.

Et puis la simple idée de contacter ses parents le terrifiait. Il craignait de se faire disputer, que sa mère veuille le forcer à rentrer, qu’elle le rabaisse et le fasse culpabiliser. Il savait d’avance qu’elle ne pourrait jamais croire à son histoire, pour commencer. Elle le croirait fou, plus encore qu’elle ne l’avait pensé.

Elle lui parlerait de soins, de psy, d’hôpital, sans aucun doute.

Elle tenterait de le convaincre de se faire aider.

Elle n’entendrait pas le fait que c’était ce qu’il faisait, justement : Adonn, Airy, Alix, Aenor, Maric, Maniel… tous étaient là pour lui.

Pour le soutenir.

Pour l’écouter.

Pour lui tendre la main, et l’aider à se relever sans jamais le pousser à aller trop vite, sans jamais le juger.

Sans chercher à poser sur lui un diagnostic dont il n’avait pas besoin.

Ce qu’il lui fallait, c’était une épaule sur laquelle s’appuyer, une oreille patiente et discrète, et beaucoup d’amour.

C’était ce qu’il avait trouvé, ici, à Lunel.

Ce que ses parents n’avaient jamais su vraiment lui donner.

Ce soir-là, Edem ne cessait de ressasser des pensées anxiogènes. Pourtant, il avait passé une merveilleuse journée. Comme tous les mercredis, il avait été à l’atelier d’art, mais comme il faisait beau, Maniel lui avait proposé un pique-nique en amoureux juste avant, dans les jardins de l’école. Edem s’était étonné que ça soit autorisé.

Décidément, cet établissement était tellement loin des normes humaines.

Le repas avait été délicieux et câlin, puis Amalia, Appollo, Maric et Yrah étaient venus les rejoindre en attendant le cours, et ils avaient tous passé un fabuleux moment ensemble.

L’atelier avait été formidable également. Edem se sentait de plus en plus à l’aise dans ce groupe. De plus, avoir confié sa jalousie et ses doutes à Maric l’avait beaucoup aidé à se détendre. Sans compter qu’Appollo semblait avoir été recadré et n’avait plus fait de sous-entendus gênants. Au contraire, même, il se montrait chaleureux, adorable et très respectueux. Il paraissait beaucoup s’intéresser au jeune calandre, et était lui-même captivant. Edem était réellement content d’avoir fait davantage sa connaissance, et il était soulagé de ne plus ressentir ce pincement de possessivité qui l’avait perturbé la fois précédente.

Après l’atelier, Maniel avait râlé qu’il aurait voulu rentrer avec Edem pour profiter encore un peu, mais que comme il n’avait plus qu’une semaine pour réviser, il lui fallait être sérieux. Edem en avait été plus amusé que déçu. Lui-même avait failli proposer à son petit-ami de venir lui tenir compagnie pour le soutenir, cependant il avait conscience que le beau chat serait trop dissipé par sa présence.

Or, Edem tenait à ce qu’il réussisse ses épreuves, à commencer par la première : le tant redouté bac de philo. Humains ou surnaturels, tout le monde semblait égal face à cet examen : tout le monde le craignait.

Edem était en train de dessiner avec Maric dans son loft quand son téléphone sonna sur un appel entrant. Son ami lui lança un regard intrigué, mais Edem l’aperçut à peine, fasciné par le nom qui venait d’apparaître sur son portable.

Collin.

Il se leva vivement, retenant sa respiration, attrapa son portable et se précipita rapidement dehors, oubliant presque complètement Maric.

—Oui ? souffla-t-il en décrochant.

—Bonjour, Edem, fit la voix, douce et tranquille, de Collin. Je te dérange ?

—Oh… Non, non, pas du tout, bonjour, Collin.

—Tu as l’air d’avoir couru. Tu veux que je te rappelle plus tard ?

—Non, tout va bien, expira le jeune calandre. C’est juste que ton appel m’a surpris, je ne m’y attendais pas.

—Oh, d’accord, je vois, murmura l’adulte. Comment vas-tu, Edem ?

—Je… Bien, bredouilla l’interpellé en rougissant un peu.

Il inspira profondément.

—Oui, reprit-il. Ça va bien, en ce moment.

—Ça fait plaisir à entendre, admit Collin. Et ça se sent dans ta voix. Comment ça se passe avec les Coroné-Munin ? Et avec ton amoureux ?

Edem ne put s’empêcher de s’empourprer davantage. Il ne s’attendait pas à ce que son ex l’interroge à ce sujet. Il pensait que l’idée que l’adolescent se soit trouvé un petit-ami l’avait blessé, et qu’il éviterait d’en parler. Mais au contraire, le ton de Collin était aussi posé que sincèrement intrigué.

—Ça… ça va bien, balbutia-t-il, les joues brûlantes. Maniel est adorable avec moi, très patient, et on s’entend vraiment à merveille.

—Je suis content de l’apprendre. J’aimerais beaucoup le rencontrer, ce jeune homme qui prend si grand soin de toi.

—Oh, heu… bégaya Edem, ne sachant pas quoi dire.

—Et tu es bien, dans ton loft ? Tu t’entends bien avec les Coroné-Munin ?

—À merveille, affirma l’adolescent. Ils sont adorables, eux aussi, et je les aime vraiment beaucoup. J’ai sympathisé avec leur aîné, Maric, on est devenus très proches. On était en train de dessiner ensemble quand tu as appelé, d’ailleurs…

—Oh, je vois, donc je dérangeais, plaisanta doucement Collin.

—Mais non ! protesta vivement Edem.

—Je te charrie, Edem. Dis-moi, je suis en vacances d’ici quelques jours, et je pensais venir te voir. Je voulais te demander si tu étais d’accord, et si tu en avais envie. J’ai demandé à Adonn s’ils m’accueilleraient pour un petit moment, ça ne leur pose pas de souci, mais c’est ton accord que je veux avant tout. J’ai très envie de te voir, tu sais, et puis j’aimerais me pencher avec les Gardiens sur la menace qui pèse toujours sur toi. Qu’en penses-tu ?

Le cœur du jeune calandre fit une embardée brutale dans sa poitrine.

—Oh, oui, j’aimerais beaucoup que tu viennes ! lança-t-il joyeusement.

L’idée lui plaisait énormément.

Collin lui manquait, même si son quotidien était trop rempli pour que son absence soit réellement douloureuse.

—Super, dit doucement l’adulte. Je suis content, alors.

—Tu arrives quand ? fit vivement Edem.

—Si tout va bien, vendredi soir. Il faut que j’en rediscute avec les Coroné-Munin, je ne voudrais pas non plus les déranger.

—Je suis sûr que tu ne les dérangeras pas du tout, répliqua Edem, les joues rosies de plaisir et d’expectative.

—Nous verrons ça, rit Collin.

Edem hésita un court instant, avant de reprendre :

—Par contre, Collin, dis… bafouilla-t-il.

—Oui ?

—Est-ce que tu… est-ce que ça t’embêterait de dormir dans la chambre d’amis, et pas… et pas dans le loft avec moi ?

Il s’empourpra à nouveau, inspira nerveusement. Il avait très envie de revoir son ex, mais tout de même, la simple idée de dormir dans le même lieu que lui le stressait.

Il avait peur que les choses dérapent, s’ils étaient trop proches.

Il ne se souvenait que trop bien de l’attirance viscérale qu’ils partageaient tous les deux…

—Ne t’en fais pas, Edem, répondit tranquillement Collin. J’avais prévu de rester dans la chambre d’amis. En plus, je risque de venir avec un ami. Ce sera plus simple pour nous de ne pas envahir ton univers.

Edem en resta sans mot.

Collin venait… avec un ami ?

Il avait un ami ?

C’était tout aussi réjouissant qu’intrigant.

Le jeune calandre ne put s’empêcher de sourire en remarquant que, contrairement à Maniel, l’idée que son ex puisse éventuellement sortir avec quelqu’un d’autre ne semblait pas du tout le rendre jaloux.

Au contraire, il en était curieux.

Et rassuré.

Pas tant concernant leur relation à tous les deux que parce qu’il savait, intimement, à quel point Collin avait pu se sentir seul dans sa vie.

Amoureux ou simple ami, qu’importait ?

Apparemment, il l’appréciait assez pour voyager avec lui.

C’était une bonne nouvelle.

Un nouveau signe d’espoir, pour ces calandres déchirés et brisés qui avaient tant de mal à émerger dans le vaste monde…

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