Calandre (French Edition)

Aurélie Chateaux-Martin · Chapitre 37 sur 62

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Calandre (French Edition)

Chapitre 86 : une proposition angoissante

Chapitre 86 : une proposition

angoissante

Maniel avait fini par rejoindre son petit-ami au salon, s’étonnant de la présence des autres Gardiens. Tout le monde avait changé de sujet, estimant qu’il n’était pas concerné par la situation. Edem s’en était voulu un peu de le mettre à l’écart. Il s’était promis de lui expliquer plus tard ce qui se passait… même s’il ne savait pas s’il y parviendrait.

Après tout, les évènements étaient profondément anxiogènes, pour lui.

Fenris avait rapidement quitté la demeure des calandres, regagnant ses propres pénates avec Aelis, qui le véhiculait. Mylena, par contre, avait joué les prolongations, prenant plaisir à discuter aussi bien avec Edem et Maniel (qu’elle connaissait plus que très bien, après tout, il était le meilleur ami de sa fille) qu’avec les adultes.

L’ambiance avait fini par se détendre et, glissé dans le creux du bras de Maniel, un thé chaud à la main, le jeune calandre s’était peu à peu apaisé.

Avant de partir, la sirène demanda cependant à parler à Edem à part, ce qui inquiéta un peu ce dernier, surtout que Mani ne semblait pas du tout ravi, pour ne pas dire qu’il était visiblement nerveux. Le voyant hésiter, Mylena finit par pousser un lourd soupir.

—Ça ne me dérange pas d’en discuter devant tout le monde, affirma-t-elle. Mais ce que j’ai à te demander, Edem, ne concerne que toi. Même si je suis persuadée que tu auras besoin de débriefer avec tes protecteurs avant de prendre ta décision.

Elle lança un regard aux enfants des Coroné-Munin, qui les avaient également rejoints.

—Ce serait sans doute bien qu’on soit un peu tranquilles, ceci dit, conclut-elle.

Edem, du coin de l’œil, vit Maric faire une moue dépitée.

—Ce n’est pas contre toi, mon garçon… lança Mylena. Il est des sujets qu’il vaut juste mieux éviter d’aborder devant les enfants.

—Je ne comprends pas ce qui se passe, intervint Maniel en resserrant son étreinte sur Edem. Et si tu nous expliquais ?

La sirène échangea un regard avec Adonn, qui haussa les épaules et secoua la tête.

—Et si nous allions dans ton loft, Edem ? proposa-t-il gentiment en se levant.

Conscient de la tension qui régnait, le jeune calandre acquiesça silencieusement et se mit sur ses pieds, quittant la chaleur du bras de son petit-ami.

—Est-ce que Mani peut quand même venir ? demanda-t-il timidement. Je ne veux pas avoir de secrets pour lui.

—Oui, Mani peut venir, expira Mylena. En fait, Collin aussi, je pense que ça ne serait pas plus mal que tu sois présent.

Les deux intéressés rejoignirent le petit groupe. Adonn échangea un regard de connivence avec Alix, Aenor et Airy, qui choisirent de rester en arrière pour s’occuper des enfants et d’Isaac, qui n’avait, pour sa part, pas bougé.

Après tout, il n’était pas concerné.

Les autres gagnèrent rapidement le loft d’Edem. Celui-ci ne savait pas pourquoi Mylena souhaitait lui parler, ni pourquoi elle arborait soudain un air aussi sérieux, et cela l’angoissait. Il se laissa mécaniquement tomber à terre, sentit son cœur se serrer de soulagement quand Maniel s’assit près de lui et lui tendit les bras. Il se rapprocha de lui, le laissant enlacer ses épaules. Leurs paumes se posèrent l’une sur l’autre, leurs doigts s’entremêlèrent spontanément. Edem y puisa un peu de sérénité bienvenue.

—Je suis désolée, ma façon de m’y prendre pour avoir un espace pour discuter avec toi était un peu maladroite, démarra Mylena. J’ai plombé l’ambiance. Mais c’est important.

Elle fixait Edem de ses yeux aigue-marine, avec une gravité peuplée de bienveillance.

—Nous n’avons pas encore pu tous nous réunir pour parler de la menace qui vient d’atteindre Lunel, expliqua-t-elle sans tergiverser. Mais les mages qui sont au courant pensent qu’il est important que nous ayons tous une entrevue avec toi, Edem. Je pense qu’Adonn et Airy seront d’accord avec cela.

Adonn opina.

—Je parle en notre nom à tous les deux, affirma-t-il. Même si Airy n’est pas présent, je sais d’avance qu’il trouvera l’idée bonne.

—Attendez, je ne comprends pas, les coupa Maniel sans manière. La menace qui vient d’atteindre Lunel ? De quoi vous parlez ?

Il avait l’air très nerveux, et sa poigne s’était spontanément resserrée à la fois sur les épaules et sur les doigts de son petit-ami.

—Tu sais, Mani, je t’ai parlé de… des monstres qui me poursuivent, souffla le jeune calandre, mal à l’aise et intimidé.

—Oh ! bredouilla son compagnon. Ils…

—Ils sont à nos portes, oui, intervint doucement Adonn. Mais tu n’as pas besoin de t’inquiéter pour ça, Mani, les Gardiens gèrent la situation.

—Mais… commença le beau chat.

—Les tarasques ne peuvent pas entrer dans Lunel, intervint Mylena d’un ton ferme. Fin de la discussion, Mani. Je suis désolée, je me doute que ça t’effraie pour ton amoureux, mais il va bien, il est en sécurité, et nous avons plus important à gérer. Nous sommes en situation de crise, même si aucun des habitants de Lunel n’est directement en danger. Je te demande de te contenir. Tu poseras tes questions plus tard. Je voudrais que nous allions à l’essentiel.

Elle offrit un sourire d’excuse à Maniel avant de plonger son regard dans celui d’Edem.

—Nous aimerions « t’étudier », lui expliqua-t-elle. Je sais que ça paraît très… froid, dit comme ça. Mais nous autres, mages, sommes connectés à des énergies spirituelles qui nous permettent, en entrant dans la sphère intime de quelqu’un, d’en découvrir davantage sur lui, sur son Histoire, sur son passé. Nous l’avons déjà fait, tu peux demander à Mani, son beau-frère est passé entre nos mains, et ça nous avait beaucoup aidés.

Aussitôt, Maniel se crispa davantage. Il semblait très nerveux.

Un peu dépassé, aussi.

Edem l’était également. Il ne savait ni quoi dire, ni quoi penser.

L’idée qu’on puisse pénétrer dans ses pensées, dans ses ressentis, dans son vécu le bouleversait, lui faisait peur, et faisait monter en lui une anxiété qu’il avait du mal à contrôler.

Il ne voulait pas que l’on devine ce qu’il avait traversé.

Il ignorait tout des techniques de ces mages, mais s’ils voyaient ce qu’il avait subi, de leurs propres yeux, en images, ou pire, s’ils le sentaient dans leur corps, dans leurs tripes ?

Non, il ne pouvait pas accepter cela.

—Il ne s’agit pas de te forcer à livrer tous tes secrets et émotions, Edem, fit la voix, douce, d’Adonn. Les Gardiens n’iront pas fouiller en toi. Ce que nous chercherons, en entrant dans ta sphère intime de la sorte, ce sont uniquement les évènements de ton passé qui ont mené les tarasques sur tes traces.

Edem cligna des yeux, réalisant qu’il s’était perdu dans sa propre angoisse. Il haletait légèrement, il voyait trouble. Il inspira profondément, se concentrant sur la voix d’Adonn, sur la douce étreinte possessive de Mani, sur le regard affectueux et inquiet de Collin.

—Oui, le but n’est absolument pas de te pousser dans tes retranchements, précisa vivement Mylena. Personne, au sein de notre communauté, ne s’amuserait à agir de la sorte. Ce serait un manque de respect complet, et une faute considérable.

Adonn acquiesça paisiblement.

—Tu portes en toi l’Histoire de ton clan de naissance, Edem, continua-t-il de son ton tranquille. Ce clan, il y a de fortes chances qu’il ait été décimé par les tarasques. De toutes les manières qui soient, ces créatures sont, comme je te l’ai expliqué, des mercenaires, si je puis dire. Elles ont été envoyées pour exterminer ton clan, toi y compris. Il y a donc des commanditaires, derrière cela, et il y a sans aucun doute une raison.

—Le clan d’Edem était forcément constitué de calandres ! protesta Maniel avec force. Ils n’ont rien pu faire de mal !

—Je n’ai pas dit le contraire, Mani, soupira Adonn. Crois-moi, je suis le premier à savoir que les calandres ne peuvent pas même envisager de faire le mal autour d’eux. Mais le monde ne nous perçoit pas toujours d’un bon œil, et n’interprète pas forcément nos actions, notre existence comme nous l’aimerions.

Il offrit un sourire penaud à Edem.

—Edem en sait, je crois, quelque chose…

Ce dernier hocha la tête, une boule nouant douloureusement sa gorge. Le silence se posa sur la pièce, lourd et un peu nerveux. Le jeune calandre prit le temps d’inspirer profondément, cherchant dans la poigne de son petit-ami, un peu trop sauvage, la force de prendre une décision.

—Est-ce que je peux… y réfléchir ? demanda-t-il finalement en baissant les yeux et en rougissant un peu.

—Bien sûr, répondit doucement Mylena. Personne ne souhaite t’obliger à rien, Edem. Prends le temps qu’il te faut, discutes-en avec tes proches, si tu le souhaites… Notre proposition n’est pas plus que ça : une proposition. C’est à toi de choisir si tu veux nous faire confiance et nous offrir plus de clés pour comprendre ce qui t’arrive et lutter contre la menace qui pèse sur toi, ou si tu ne t’en sens ni l’envie, ni la force.

—Edem, fit Adonn. Sache que si tu acceptes, je serai à tes côtés, ainsi qu’Airy, pour te soutenir et veiller sur toi.

—Et moi ? intervint Maniel sans la moindre gêne. Est-ce que je pourrai être là ?

—Je me permets de poser la même question, renchérit Collin d’une voix grave. Si Edem venait à accepter de laisser les Gardiens l’étudier, j’aimerais être près de lui.

Il se tourna vers son ex, lui sourit.

—Si tu veux bien de moi, bien sûr.

—Ou… oui, souffla Edem.

L’idée d’avoir Collin et Maniel à ses côtés le rassurait énormément.

Et ne parlons même pas du fait que tout le monde semblait accepter totalement sa décision, quelle qu’elle soit.

Même s’il s’agissait de lui laisser du temps pour réfléchir, alors que les tarasques étaient aux portes de la ville.

Il se sentait tellement choyé qu’il en avait les larmes aux yeux.

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