Calandre (French Edition)

Aurélie Chateaux-Martin · Chapitre 46 sur 62

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Calandre (French Edition)

Chapitre 95 : réunion de mages

Le lendemain, Edem avait annoncé presque sans mal qu’il était prêt à répondre à la demande des Gardiens. Ses hôtes en avaient semblé très émus. Ils savaient à quel point c’était un grand pas en avant, de sa part, d’accepter pareille requête.

À quel point c’était inquiétant.

Comme Edem était encore fatigué de sa journée de la veille, on avait pris rendez-vous pour le lendemain matin. Adonn s’était occupé de prévenir les autres Gardiens par le biais de leur réseau privé. La plupart avaient pu se dégager du temps pour l’occasion.

De toute manière, il semblait qu’à l’heure actuelle, la menace des tarasques était une priorité, chez eux. Même si celles-ci se contentaient apparemment de rôder autour de la ville sans pouvoir agir. Des Gardiens les surveillaient de près, vérifiant qu’elles ne s’en prenaient à personne. Mais celles-ci semblaient uniquement en avoir après Edem, et aucune attaque n’avait été à déplorer, ni chez les surnaturels, ni chez les humains.

La situation était donc à peu près stable, et pas si urgente, mais tout de même : la menace pesait lourd sur la ville, et tout le monde voulait agir. D’après Airy, l’inaction rendait les Gardiens nerveux.

Tous avaient apparemment été soulagés qu’Edem accepte leur proposition.

Il n’était pas facile de réunir tout ce monde, ceci dit. D’après Adonn, les Gardiens se retrouvaient souvent dans la grande demeure des sirènes, car c’était spacieux et adapté. Cependant, celle-ci étant hors de Lunel, il n’était pas envisageable de s’y réunir avec Edem. Adonn et Airy avaient proposé leur propre demeure. Après tout, seule une partie des Gardiens devaient s’assembler pour l’occasion : les guerriers ne viendraient pas, à quelques exceptions près, car ils n’avaient pas les capacités d’intervenir ou de se montrer utiles. Seuls les mages étaient concernés.

Aenor et Alix, qui n’appartenaient pas à l’ordre des Gardiens, quittèrent la maison après le déjeuner, emportant avec elles les enfants. Maric avait traîné les pieds, il aurait voulu rester avec Edem, mais ses parents avaient estimé qu’il était trop jeune, et qu’il y aurait déjà suffisamment de monde comme cela. On avait déjà accepté la présence de Maniel et de Collin, deux profanes, on n’allait pas en ajouter un de plus. Malgré son dépit, Maric n’avait pas trop protesté. Il avait beau avoir un caractère enjoué et dynamique, il était plutôt obéissant, surtout quand c’était important.

 Et il savait que ça l’était, cette fois-ci.

À peine les calandres étaient-ils partis, les premiers invités commencèrent à arriver. Edem fut soulagé de voir que Mylena était la première, accompagnée de quatre autres sirènes. Ensuite vinrent les Dames Blanches. Cinq dans une voiture, deux dans celle d’Aelis, qui transportait également Fenris et un jeune homme qui s’avéra être un dhampire. Edem ignorait ce qu’était un dhampire, aussi Maniel le lui expliqua-t-il discrètement : il s’agissait d’un métis vampire-humain. Ceux-ci possédaient une magie plus puissante que celle des vampires, mais ne vivaient pas aussi vieux, et n’étaient pas aussi forts. Ils n’avaient pas besoin de se nourrir de sang, cependant cela augmentait leurs capacités.

Après cette nouvelle fournée, la maison continua de se remplir : nymphes, faunes, ondines, deux furies, un elfe, porte-parler de son clan. Et pour finir, une vouivre franchit la porte de la maison, accompagnée… de quatre des frères et sœurs de Maniel.

Edem les connaissait tous, et il fut rassuré de les voir. Il y avait là Amael, l’aîné de la fratrie. Marielle, la plus âgée des sœurs, et puis les jumeaux Samael et Auriel. Edem ne les ayant jamais vus ensemble fut bluffé par leurs différences. S’ils avaient le même genre de carrure fine et souple, Or semblait aussi éthéré et introverti que Sam était apparemment énergique et extraverti.

Deux opposés, voici ce qu’ils étaient.

Le jeune calandre pensait que tout le monde était arrivé quand on sonna une nouvelle fois à la porte. Cette fois-ci, ce ne furent pas des mages, qui pénétrèrent dans la demeure, mais quelques-uns des guerriers, qui venaient garder l’assemblée et en assurer le bon déroulement par leur présence, qui se ferait discrète.

Dans le lot, il y avait deux minotaures, que Mani salua avec une affection qui témoignait de sa proximité avec eux. Et en effet, le beau chat expliqua ensuite à Edem qu’il s’agissait là d’Agis et Zach, deux proches de leur famille.

—Agis est l’amant principal de Sam, chuchota-t-il. Et aussi celui de Gwen, mon frère, et Ilios, que tu connais. Enfin bref, il couche avec tout le monde.

Il rit doucement de son propre trait d’humour.

—Et Zach est le compagnon d’Or. Tu sais, celui qui est marié à une nymphe. Je t’ai raconté vite fait que mon frère sortait avec les deux. Eh bien voilà le beau Zakchéos.

En effet, les deux frères minotaures étaient splendides. Même si Edem s’avouait sans mal avoir plutôt un faible pour les silhouettes fines et sveltes comme celle de Maniel ou de Collin n’empêche qu’il aurait été impossible de nier le charme brutalement viril des deux hommes dont, en prime, les sourires étaient communicatifs.

Zach, après avoir salué tout le monde, se rapprocha d’Auriel et le prit tendrement dans ses bras. Tous les deux échangèrent un long regard complice avant de s’embrasser affectueusement. Il était évident qu’ils s’aimaient très fort, et ils formaient un très beau duo. Cela intrigua Edem. Il se demandait à quoi pouvait ressembler la femme de Zach, leur partenaire à tous les deux.

Agis, quant à lui, discutait déjà gaiement avec Samael, ainsi qu’une nymphe et une sirène mâle, qui s’étaient rapprochées. Tous les quatre riaient sans retenue et semblaient… Oui, ma foi, c’était évident, ils se draguaient.

—Ton frère est en couple avec Agis, alors ? s’enquit Edem.

—Oh, non, rit Maniel. Mon frère est un sacré libertin, bien pire que moi ! Et Agis est aromantique. Le couple ne l’intéresse pas du tout. Mais tu vois les deux avec qui ils discutent ? Je crois que Sam est intéressé par elles romantiquement parlant. Enfin, je sais qu’ils sont tous amants, ça, c’est un fait. Mais je sais aussi que Samael aimerait fonder une famille, un jour, et Miréla, la nymphe, est la candidate parfaite, si j’en crois leur alchimie. Mais Sam a l’air tout aussi intéressé par Orion, la sirène… Enfin ils font leur vie. De toute manière, ils sont tous très libérés, et je crois qu’aucun n’a prévu un couple mono bien fermé.

Il termina sa sentence par un petit ricanement satisfait qui amusa Edem.

Sacrée famille.

Ou plutôt… sacrée communauté.

—Et toi ? demanda-t-il timidement. Tu as envie de fonder un foyer ? Tu es d’accord avec l’idée d’un « couple mono bien fermé », comme tu dis ?

Le rire de Mani s’essouffla. Il tourna son regard vers Edem avec sérieux, leva la main, hésita, replaça derrière l’oreille de son petit-ami une boucle qui tombait devant ses yeux.

—On pourra en parler plus en détail plus tard, si tu veux, chuchota-t-il. Mais ne crois pas que je vais me lasser de toi et vouloir aller voir ailleurs, hein.

Son sourire doux contrastait avec son air grave et ses yeux brillants d’amour. Le tout rassura Edem. Il n’y pouvait rien, il ne pouvait s’empêcher de douter un peu, parfois.

Souvent.

—On s’y met ? fit la voix forte de Mylena.

—Si tu es prêt, Edem, renchérit Adonn.

—Oui, souffla ce dernier, le cœur serré d’expectative.

Il ne savait pas vraiment s’il était prêt, en vérité. Il avait surtout envie de fuir, à cet instant où tous les regards s’étaient tournés vers lui.

Mais il ne voulait pas leur faire faux bond.

Et puis il était résolu à s’engager dans cette voie-là, il n’allait pas renoncer maintenant.

La main de Maniel se glissa dans la sienne discrètement, la pressa avec force. Cela donna le courage au jeune calandre d’aller s’installer avec les autres au salon, où on avait disposé de nombreuses chaises pour tout le monde.

—Ce que nous allons faire est très simple, expliqua alors Mylena, gardant la parole et fixant Edem avec une bienveillance qui se lisait dans ses yeux. Nous allons sonder ton énergie, sans chercher à entrer dans tes pensées ou souvenirs. Ou plutôt, nous allons sélectionner ces souvenirs, pour ne garder que ceux qui concernent ton clan.

—Mais Edem n’était qu’un bébé, quand il a quitté son clan, intervint Maniel, qui n’avait pas lâché la main de son petit-ami.

—La conscience oublie beaucoup de choses, affirma une ondine. Mais les souvenirs restent gravés dans l’esprit et dans le corps.

—Et ce dès avant la naissance, précisa Aelis.

—Plus encore, fit calmement Airy, il est possible que certains évènements familiaux soient ancrés dans la mémoire des parents, et soient transmis au fœtus, ou bien au bébé…

—Donc, selon ce que vous dites, nous pourrions remonter avant la naissance d’Edem, grâce à cette technique ? demanda Collin, qui s’était placé à la gauche de son ex.

—Normalement, oui, admit Fenris.

—Et vous ne fouillerez pas du tout dans ses pensées ? insista Maniel. Vous n’exhumerez ni ne verrez rien qui ne soit pas lié à son clan ?

—Non, assura Adonn. Nous ne ferons aucune intrusion dans son intimité.

—Nous avons parmi nous des mages puissants et anciens, précisa un faune en jetant un regard à Fenris. Et nous sommes tous entraînés. Il n’y a ici que les meilleurs d’entre nous.

—Même si certains sont très jeunes, intervint Adonn en offrant un clin d’œil complice à Auriel, qui rosit un peu.

—C’est une promesse, Edem, conclut gentiment Airy. Nous ne fouillerons pas en toi. Notre démarche est ciblée, et elle le restera.

L’intéressé hocha la tête. Il avait la gorge nouée, mais il était bien décidé à se prêter au « jeu ».

—Ok, expira-t-il.

Fenris se leva, lui montra de la main la table de soin qui avait été installée dans le cercle.

—Si tu veux bien t’avancer et t’allonger, l’invita-t-il.

Intimidé, Edem se redressa à son tour, ses jambes tremblant un peu.

—Je peux rester près de lui ? demanda aussitôt Maniel en sautant sur ses pieds.

—Nous avons prévu que Collin et toi seriez à ses côtés, oui, affirma Mylena. Vous pouvez installer vos chaises de part et d’autre de lui, et tenir ses mains, si Edem le souhaite, durant tout le temps que durera la séance.

—Bien, souffla Collin en rejoignant les autres, tirant sa chaise derrière lui.

Maniel accomplit le même geste. Edem s’assit sur la table de massage, lança un regard hésitant à Fenris.

—Comment je dois m’installer ? s’enquit-il.

—Comme tu le souhaites.

—Je te conseille de te mettre sur le ventre, intervint Samael d’une voix affectueuse. Ça sera moins stressant pour toi. Enfin, je pense.

D’autres acquiescèrent, aussi Edem obtempéra, s’allongeant sur le matelas. Il tourna son visage vers Maniel, qui le fixait avec une légère inquiétude. C’était évident que son petit-ami veillerait sur lui comme un dragon sur son trésor.

Cette pensée rassura infiniment Edem, qui lui tendit la main, ainsi qu’à Collin. Quand les doigts de ses compagnons enserrèrent les siens, il ferma les yeux, s’abandonnant au moment. Il écoutait d’une oreille distraite les indications des mages, se laissant aller entièrement.

Ils lui demandaient de se relâcher, de se détendre autant que possible.

De les laisser entrer en lui.

Il ne put d’abord s’empêcher de lutter contre l’invasion de son intimité. Il eut peur, un instant, en sentant le corbeau s’affoler en lui. Mais les mains de Collin et Mani se resserrèrent sur les siennes, les pressant avec tendresse.

Apaisé, rasséréné, il s’ouvrit enfin à la présence des mages, à leur mana qui cherchait à s’infiltrer en lui.

Et soudain, il plongea.

Droit dans le passé.

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