Calandre (French Edition)

Aurélie Chateaux-Martin · Chapitre 33 sur 62

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Calandre (French Edition)

Chapitre 82 : arrivée tardive

 

Edem ne tenait plus en place.

Il avait hâte que Collin arrive. Celui-ci travaillant, en ce vendredi, avait prévenu qu’il n’arriverait que tard dans la soirée. Il avait affirmé qu’il aurait mangé, et qu’il ne fallait pas l’attendre.

Mais hors de question pour Edem d’aller se coucher avant de l’avoir vu !

Maniel, de temps à autre, faisait des petites moues de dépit en voyant son petit-ami si agité. Ce dernier essayait de dessiner, en compagnie du beau chat, de Maric et de Lubin et Alais qui, même s’ils n’avaient pas le don de leur frère en la matière, avaient eu envie de participer à cet atelier improvisé (ce que les autres avaient accepté avec plaisir).

Mais se concentrer sur ses esquisses alors que Collin serait bientôt là tenait du miracle.

Et tenter de canaliser ses émotions pour que Maniel ne s’en aperçoive pas n’était ni efficace, ni constructif.

Bref, Edem débordait de partout.

La cloche suspendue à l’extérieur de la maison finit par retentir, faisant sursauter Edem. Les autres tournèrent leur attention vers lui, aussi baissa-t-il les yeux, rouge de confusion.

—Ça doit être Collin, fit remarquer doucement Maric. Tu ne vas pas voir ?

Edem croisa le regard de Maniel, rougit. Aussitôt, le garçon prit un air conspirateur. Il hocha la tête gravement, comme s’il venait de comprendre la situation.

—Bon, ben moi j’y vais ! lança soudain Alais en sautant sur ses pieds.

D’un pas léger, elle quitta le loft d’Edem pour se diriger vers les voix étouffées que l’on pouvait entendre dans l’entrée. Le cœur battant, Edem la suivit des yeux avec envie. Il tressaillit violemment quand une main se posa tout doucement sur la sienne.

Il sombra aussitôt dans les prunelles remplies d’amour de Maniel.

—On y va aussi ? proposa ce dernier.

Sa voix était douce, mais le jeune calandre n’était pas dupe de ses épaules tendues. Il hocha malgré tout la tête silencieusement et se leva à son tour. Tout le monde le suivit dans le salon, où en effet, Collin était arrivé, accompagné d’un grand homme à la carrure puissante et musculeuse. Ce dernier semblait avoir la trentaine. Il respirait la joie de vivre, mais possédait aussi une énergie qui en imposait. Il avait des cheveux fauves, abondants et légèrement bouclés, qui ondulaient autour de son visage dans un joyeux désordre, à l’image d’une crinière de lion. Des sourcils épais, presque couleur de bronze, des yeux fins, étirés, presque ambrés, au regard acéré. Son visage possédait des traits secs, très masculins, un peu sauvages, mais son sourire était contagieux.

Il n’était pas seulement beau, il était profondément charismatique.

Edem fut aussitôt subjugué par lui.

L’homme l’aimantait, l’intriguait.

Il voulait découvrir qui était ce magnifique inconnu qui semblait en effet très proche de Collin, et discutait déjà avec les Coroné-Munin avec un naturel bluffant. Il venait d’arriver, il ne connaissait personne, mais il semblait totalement décontracté, même s’il s’échappait de lui une sensation de… vigilance.

Oui, l’homme restait sur ses gardes, c’était évident.

Mais pas comme quelqu’un qui se méfie de ses interlocuteurs, non.

Cela semblait faire partie de sa personnalité. Tel un lion, il gardait un œil attentif sur ce qui l’entourait.

—Oh, Edem ! fit Collin en voyant celui-ci.

Son sourire immense fit chaud au cœur du jeune calandre, qui accepta son étreinte avec émotion. Collin le serra contre son cœur avec une tendresse visible, le gardant contre lui un long moment.

—Tu m’as manqué, soupira-t-il finalement en le relâchant doucement.

Sa main se leva pour se poser spontanément sur ses cheveux, caressant délicatement ses boucles folles. Il souriait, mais il l’étudiait attentivement des yeux, comme pour s’assurer qu’il allait vraiment bien.

—Tu as l’air en pleine forme, conclut-il.

—Oui, souffla Edem en rosissant un peu, conscient du regard acéré que Maniel portait à la scène. Toi aussi.

C’était vrai. Collin était plus détendu que la dernière fois qu’ils s’étaient vus. Il ne semblait pas aussi malheureux, aussi désemparé. Au contraire, il se dégageait de lui une sérénité bluffante, qui fit plaisir à Edem.

—Oui, ça va bien, affirma l’adulte. Je suis content d’être arrivé. J’avais hâte de te voir et…

Son regard se détourna pour dériver sur Maniel qui, les bras croisés, avait pris un air légèrement boudeur.

—De rencontrer ton amoureux, conclut-il en s’avançant vers le beau chat. C’est toi, Mani, si je ne m’abuse ?

Celui-ci sembla décontenancé d’être abordé de la sorte. Il en perdit son humeur chagrine, surpris par les manières de Collin.

—Ou… oui, c’est moi, bredouilla-t-il en s’empourprant légèrement. Et toi, tu es Collin.

—C’est ça, rit l’intéressé. J’avais hâte de faire ta connaissance, Edem m’a tellement parlé de toi !

En fait, Edem n’avait pas eu beaucoup d’occasions de parler de Maniel à son ex, et avec lui, il ne savait jamais vraiment trop quoi dire à ce sujet. Mais c’était vrai qu’ils en avaient discuté malgré tout, et le jeune calandre avait même envoyé une photo d’eux deux à Collin, sur sa demande. Cela l’avait un peu gêné, mais il devait bien s’avouer que ça l’avait surtout rassuré de voir que l’adulte n’était pas terriblement blessé par la relation des deux adolescents, et qu’il n’avait pas l’impression d’avoir été « remplacé ».

Ce n’était pas le cas.

Il n’y avait aucune similitude entre ce qu’Edem avait partagé avec Collin, et ce qu’il partageait avec Maniel.

C’était vrai, dans les deux cas, il y avait eu de l’amour, beaucoup d’amour.

Et du désir.

Mais ce n’était pas le même genre de relation.

Le jeune calandre ne s’était jamais cru « en couple » avec Collin.

Il l’était avec Mani, par contre.

Et puis avec son ex, il savait que leur histoire n’était pas faite pour durer.

Avec son petit-ami, par contre… eh bien, s’il avait tant peur que le beau chat se lasse, c’était parce qu’il voulait le garder pour lui très longtemps, simplement.

C’était tellement évident.

Déjà, Maniel et Collin avaient engagé la conversation, et Edem les observait avec autant d’amusement que de joie.

Il espérait qu’ils sauraient s’entendre, tous les deux, parce qu’ils étaient très importants pour lui, chacun à sa manière.

—Tu es le fameux protégé de Collin, alors, fit une voix grave juste à côté de lui.

Edem tressaillit malgré lui, se tourna vers l’inconnu, qui l’observait de son regard aiguisé, un large sourire aux lèvres. Voyant qu’il avait capté son attention, l’homme lui tendit la main, son sourire s’agrandissant encore.

—Je suis Isaac. Ravi de te rencontrer. J’ai énormément entendu parler de toi…

Edem serra sa large paume, un peu intimidé par cet homme qui n’était clairement pas humain, qui dégageait une énergie massive, dangereuse mais… foncièrement positive.

—Et toi alors tu es un ami de Collin ? demanda le jeune calandre.

Isaac acquiesça avec sérieux.

—Nous nous fréquentons depuis peu, mais nous avons bien accroché, expliqua-t-il.

Il offrit un nouveau sourire à son interlocuteur.

—À Toulouse, ce n’est pas comme ici, nous n’avons pas une communauté unie qui regroupe toutes les races. C’est rare que nous créions des liens interraciaux, mais Collin vaut le détour.

—Et qu’est-ce qui t’amène ici ? osa Edem, intrigué.

—Collin m’a proposé de le suivre, j’étais en vacances, j’ai accepté. Et puis j’ai un cousin qui vit à Lunel, je me suis dit que c’était l’occasion de le voir et de passer du temps dans votre communauté que j’aime beaucoup.

—Oh, alors tu connais tout le monde, ici ? s’étonna le jeune calandre.

—Loin de là, rit Isaac. Je ne suis venu qu’une fois. Tous ceux que j’ai rencontrés se sont montrés adorables avec moi, et j’ai beaucoup aimé le concept du bar des foudres… J’avoue que j’aimerais bien qu’il y en ait un similaire à Toulouse, mais seul, je n’ai jamais eu les épaules de me lancer.

—Le bar des foudres ? demanda Edem, surpris.

—Tu n’y as jamais été ? Remarque, si je ne m’abuse, tu es encore lycéen. C’est un bar de Lunel, tenu par des surnaturels, pour les surnaturels… Un lieu vraiment chouette, que je te conseille, quand tu seras un peu plus âgé.

Edem ne put s’empêcher de lui sourire en retour, enfin sans plus de retenue.

Isaac lui plaisait atrocement.

Du coin de l’œil, il s’aperçut que Collin les observait sans cesser de parler avec Maniel, ainsi qu’Adonn et Alix qui s’étaient rapprochés. Alors que l’homme les couvait du regard, son visage respirait la sérénité.

Il semblait ravi de voir son ami et son ex discuter ensemble.

Edem sentit son cœur se serrer de bonheur.

Il y avait dans cette pièce la totalité des gens qu’il préférait.

Il était tellement heureux d’être là, avec eux tous, dans ce climat léger et chaleureux.

Il avait hâte de papoter davantage avec Collin.

Mais, dans l’instant, il se sentait parfaitement bien.

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