Calandre (French Edition)

Aurélie Chateaux-Martin · Chapitre 28 sur 62

Pages du PDF

Calandre (French Edition)

Chapitre 77 : retrouvailles heureuses

 

Edem ne tenait plus en place. Il avait du mal à se contrôler, et à sembler impassible. Si tout le monde, à table, faisait comme s’il n’avait rien remarqué (peut-être n’avaient-ils vraiment rien remarqué, ceci dit ?), Maric, lui, ne cessait de lancer des coups d’œil amusés à son ami. Il n’était pas dupe du tout, ni des sentiments d’Edem pour Maniel, ni de son impatience à l’idée de le revoir.

Bien sûr, Edem avait prévenu sa famille d’accueil que le beau chat viendrait passer non seulement l’après-midi dans son loft, mais aussi sa soirée et sa nuit.

Après tout, c’était les Coroné-Munin qui le nourriraient, n’est-ce pas !

Et l’hébergeraient, indirectement, même si le jeune calandre commençait à vraiment considérer son loft comme… eh bien, le sien, justement. Il savait qu’il était libre d’y faire ce qu’il voulait. Mais il n’en avait pas moins conscience d’être redevable envers ses adorables hôtes.

Il lui fut difficile d’avaler son déjeuner. La hâte lui coupait la faim.

Le trac aussi.

Il avait très envie de revoir Mani, comme toujours, mais cela ne l’empêchait pas d’être systématiquement nerveux quand il le retrouvait. Et puis ce serait la seconde fois que son petit-ami dormirait chez lui. Même si ce ne serait pas avant ce soir, il avait de quoi être un peu stressé, en y pensant, n’est-ce pas ?

Il ne doutait pas du tout que Maniel se montrerait très respectueux et ne tenterait rien contre son gré, mais cela ne le rendait pas moins un peu anxieux.

Ces émotions trop puissantes passeraient quand il pourrait enfin se lover dans les bras de son amoureux.

Même si cela aussi, lui procurerait d’autres émotions puissantes.

Elles seraient très différentes de cette pointe de peur qui secouait son univers et faisait vaciller son cœur.

Elles l’envahiraient d’euphorie et de sérénité.

Il savait d’avance à quel point cela serait bon. C’était douloureux, parfois, même, tellement c’était bon !

Aimer, être aimé était une bénédiction.

Un maelstrom de sentiments et de bonheur qui le traversait sans cesse, le bouleversait parfois, le remplissait généralement de ravissement.

Il était en train de débarrasser la table avec les autres quand la cloche légère et harmonieuse accrochée à la porte d’entrée tintinnabula. Il sursauta si fort que Maric en étouffa un petit rire léger.

—Si tu allais ouvrir, Edem ? proposa gentiment Alix.

—Je me demande qui ça peut être, si tôt, plaisanta doucement Airy.

Pourpre de confusion, le jeune calandre se précipita vers l’entrée en tentant bien en vain de cacher sa gêne. Il ouvrit un peu trop vivement le battant. De l’autre côté, Maniel sauta littéralement en arrière.

—Ah ! lança-t-il, l’air très surpris.

—Oh, pardon ! bredouilla Edem en plaçant sa main sur sa bouche. Je ne voulais pas te faire peur.

Maniel cligna des paupières, puis son visage retrouva son immense sourire et il poussa un gros soupir soulagé avant de s’avancer vers son petit-ami.

—Tu ne m’a pas fait peur, je ne m’attendais juste pas à être accueilli en fanfare, pouffa-t-il. Et puis je crains les mouvements trop rapides, comme je te l’ai expliqué, c’est tout, rien de grave.

Il avait l’air soudain totalement détendu. Il s’approcha d’Edem, se plaçant face à lui, un immense sourire aux lèvres.

—Bonjour, trésor, souffla-t-il. Je peux t’enlacer ?

Edem rougit malgré lui. Il avança timidement d’un demi-pas, leva la main, agrippa fermement le t-shirt de son vis-à-vis avant de se coller à lui. Les bras de Mani entourèrent ses épaules, et il ferma les yeux, se laissant aller à sa douce étreinte. Son cœur battait violemment la chamade mais, contre le torse de son amoureux, il se sentait déjà apaisé et heureux.

—Tu m’as manqué, chuchota le beau chat en plaquant ses lèvres dans ses boucles sombres.

Edem ne put s’empêcher de rire un peu.

—On s’est vus hier ! plaisanta-t-il, sa gorge malgré tout nouée par l’émotion.

—Hmmm. Justement. Hier. C’était trop long…

Le cœur d’Edem fit une embardée dans sa poitrine. Les mots de Maniel auraient pu sembler ridicules, mais ils lui faisaient un bien fou…

—On va dans ton loft ? proposa Mani dans un marmonnement convaincu, tout en resserrant son étreinte sur le jeune calandre.

—Oui, mais il faudrait que tu me lâches, pour ça, pouffa Edem.

—Nan, je t’ai, je te garde, t’es trop agréable à câliner, et puis tu sens trop bon !

Ce dernier constat empourpra à nouveau sauvagement l’adolescent, qui se figea un peu dans l’étreinte affectueuse de son petit-ami. Celui-ci le serra encore un instant contre lui avant de lui rendre doucement sa liberté. Leurs regards se croisèrent, pétillants. Le visage du beau chat était comme illuminé de l’intérieur.

Qu’il était magnifique…

Edem ne se lassait ni de le penser, ni de contempler ce jeune homme si séduisant qui sortait désormais avec lui.

Quand il y réfléchissait, il n’en revenait pas de sa chance.

Surtout vu ses pots cassés et limites…

Il était tellement reconnaissant à la vie de lui avoir offert l’amour de Maniel.

Le beau chat tendit finalement sa main à son vis-à-vis, sans quitter son sourire enjôleur et rempli de tendresse. Edem y noua la sienne. Leurs doigts s’entremêlèrent lentement, leur arrachant un frémissement de plaisir commun. Ils échangèrent un dernier regard complice et, ensemble, franchirent la porte de la demeure d’Edem.

À présent que Maniel venait très régulièrement chez les Coroné-Munin, il passait plus de temps avec la famille, et surtout venait toujours les saluer comme il le fallait, pas comme la première fois qu’il était venu.

Oh, cette fois-là, ça avait relativement été la faute d’Edem, s’il avait plus ou moins agi comme un voleur : après tout, ce dernier était cloîtré dans son loft, et Mani était fou d’inquiétude, le concernant. Évidemment que, dans ces conditions, il n’avait pas eu envie de s’attarder auprès des autres membres de ce foyer…

Cette fois-ci, donc, les deux jeunes hommes passèrent par le salon, où le beau chat salua tout le monde avec chaleur et s’engagea dans des conversations légères qui, pourtant, ne durèrent pas. Tout le monde semblait avoir bien compris que les deux amoureux n’avaient qu’une seule hâte : s’isoler du reste du monde. Il était de plus flagrant qu’Edem s’impatientait, même s’il n’en disait rien.

—Bon, filez, tous les deux, j’imagine que vous avez mille choses à vous dire, ironisa finalement gentiment Adonn. On parlera plus amplement au moment du souper, Maniel.

—Avec plaisir, répondit l’intéressé avec un sourire franc qui dévoilait ses dents blanches, surtout ses deux canines du haut, un peu plus pointues que la moyenne humaine, et qui lui donnaient un air bien trop craquant. À plus tard !

Il n’avait pas lâché la main de son petit-ami et, ayant pris congé quoique très sommairement, il le tira sans hésiter vers le couloir, entraînant le jeune calandre dans son sillage. Celui-ci se laissa tracter par son compagnon avec plaisir. Ils se turent le temps de s’enfermer dans le loft, avant de se tourner l’un vers l’autre, souriants et les joues un peu rosies.

—Enfin seuls, pouffa Maniel en tendant les bras à son vis-à-vis. Je peux quémander un nouveau câlin ?

Un peu tendu, Edem se mordilla les lèvres, détourna légèrement la tête pour observer le sofa. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose quand la main de Maniel reprit délicatement la sienne.

—Tu as raison, on sera mieux bien installés, conclut-il, comme si le jeune calandre avait parlé.

Celui-ci s’empourpra un peu et se contenta de hocher la tête en se laissant à nouveau tirer vers les tatamis. Maniel s’assit tranquillement avant de faire signe à son petit-ami de le rejoindre. Ce dernier se glissa tout contre lui, un peu intimidé, mais ayant très envie de coller son amoureux tout son saoul. Il ferma les paupières quand le bras du beau chat vint s’enrouler autour de ses épaules, l’attirant davantage à lui, et sourit.

Il n’avait plus tellement de mal avec les câlins, au contraire, il les recherchait intensément, désormais.

Même si cela le bousculait dans son univers et lui procurait des émotions qu’il avait bien du mal à canaliser…

N’empêche qu’être là, blotti contre Maniel, était la meilleure chose du monde.

Il n’aurait voulu être nulle part ailleurs.

Il était fier et heureux de parvenir à lâcher du lest, à accepter sans trop de difficulté ces moments de pure bénédiction, de véritable bonheur qu’il vivait dans les bras de son petit-ami.

Et qu’il partageait si intensément avec lui…

OceanofPDF.com