Calandre (French Edition)

Aurélie Chateaux-Martin · Chapitre 48 sur 62

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Calandre (French Edition)

Chapitre 97 : sang, cœur et âme

Le silence, dans le salon, était dense.

Quand Edem revint à lui, sorti de sa torpeur par le bruit d’un reniflement, il réalisa que ses joues étaient couvertes de larmes. Ses mains s’étaient sauvagement crispées sur celles de Mani et de Collin, comme pour s’y raccrocher désespérément.

Désespoir.

C’était ce qu’il ressentait, dans l’instant.

Comme un grand trou béant qui perçait son cœur et ne s’était jamais refermé.

La paume libre de Maniel se posa doucement sur sa joue. Son regard inquiet se vrilla dans le sien.

—Trésor… souffla-t-il. Est-ce que ça va ?

Edem crispa ses épaules, puis se redressa lentement sans quitter Maniel des yeux. Quand il fut assis sur la table, cependant, il essuya ses joues d’un revers de main avant de tourner la tête vers Collin.

—C’était chez toi, dit-il d’une voix brisée.

Son vis-à-vis le fixa avec tristesse, sans parler.

—C’était chez toi qu’elle voulait me déposer, insista Edem.

Une larme perla à nouveau à son œil, faisant écho à celle qui coulait sur la joue de Collin.

—Ç’aurait dû… être toi, répéta-t-il dans un sanglot brisé.

Collin s’avança soudain et l’enlaça avec force. Edem se laissa aller à son câlin un peu tremblant, se laissa aller à ses émotions.

Ce qu’il venait de vivre, ou de revivre, l’avait fortement secoué.

Mais il était malgré tout soulagé d’y avoir assisté.

D’avoir pu ressentir l’amour de ses parents.

La tendresse de son clan.

Il avait été chéri.

Il avait été désiré.

Toute sa vie, il s’était senti exclu, il s’était senti différent, il avait vécu la désapprobation, le dégoût des autres, leur malaise, même celui de ses parents adoptifs.

Toute sa vie, il avait été seul.

Mais ce n’était pas ce à quoi il avait été promis.

Il avait été conçu par des gens qui le voulaient vraiment, il avait été entouré, protégé, jusqu’à la fin.

Et cela…

C’était, à ses yeux, inestimable.

Cela changeait tout.

Enfin, Collin le relâcha tout doucement, et Edem se perdit un instant dans son regard rempli d’affection.

Collin aurait dû être son père.

Celui qui l’aurait élevé.

Celui qui l’aurait protégé.

Il l’avait toujours pensé, mais savoir que c’était ce qui aurait dû être le bouleversait au-delà des mots.

Il se détourna lentement de son ex pour sombrer dans les yeux inquiets de Maniel. Il lui tendit les bras, simplement, sans un mot. Le beau chat se rapprocha de lui, l’étreignit avec force. Il s’abandonna à son câlin, le cœur battant entre tristesse et bonheur.

Ses parents, son clan avaient tout donné pour lui.

Ils l’avaient sauvé.

Et il était encore en vie.

Il avait souffert, il avait vacillé, il avait traversé l’enfer, mais il avait enfin trouvé sa voie. Il était entouré, adulé, soutenu.

Et même si les terribles harpies qui avaient décimé sa famille le pourchassaient toujours, elles n’avaient pas réussi à éteindre cette lumière de vie, ce futur, cet espoir dont les siens avaient rêvé.

Sauve la vie de Dorían. Il est notre avenir. Il est notre sang, notre cœur, notre âme battante.

Clarisse l’avait sauvé.

Et il portait en lui leur héritage.

Il voulait s’en montrer digne.

Il releva le menton sans quitter la chaleur des bras de Maniel.

Il était plus décidé que jamais.

Aller de l’avant, désormais, avait un tout autre sens, à ses yeux.

Ce n’était plus que de lui qu’il était question.

C’était de son clan.

Il était leur sang, leur cœur, leur âme battante.

Il porterait leur flambeau dans ce monde.

Il se redressa finalement, contemplant Mani éperdument. Il posa sa main sur sa joue, en caressant doucement la peau.

Il l’aimait, plus fort que jamais.

C’était comme s’il vibrait désormais différemment.

Comme s’il vibrait plus puissamment.

Plus entièrement.

Il détourna finalement son visage, quittant la chaleur des bras de son petit-ami pour observer la foule qui le fixait sans un mot. Le silence était dense.

Il était religieux.

Le moment était chargé en émotion, et chacun respectait la souffrance vibrante d’Edem.

Edem.

Ou Dorían.

Il aimait ce prénom qui lui appartenait, même s’il ne le connaissait pas. Il ne voulait pas en changer, il avait apprivoisé celui que l’existence lui avait offert, mais il chérirait ce nom toute sa vie durant.

Il se promit de faire les démarches pour l’adopter en second prénom, légalement.

Quand il en aurait la force.

Un jour.

En l’honneur des siens.

Adonn s’avança lentement, son regard planté dans le sien. Il brûlait au fond de ses prunelles une compassion immense.

Il lui tendit la main. Edem posa sa paume contre la sienne.

—Comment te sens-tu ? lui demanda l’adulte.

Le jeune calandre fit une moue confuse.

—Je suis éreinté, admit-il.

Adonn acquiesça gravement.

—En notre nom à tous, je te remercie infiniment de t’être ainsi livré à nous. Ça a dû être une expérience très éprouvante, pour toi.

Edem hocha la tête.

—Mais c’était libérateur, murmura-t-il.

Adonn lui offrit un sourire empli de tendresse.

—Nous en savons assez pour en discuter de notre côté, et trouver des solutions. Si tu le souhaites, tu peux aller te reposer. Si tu en as envie, nous te tiendrons au courant de ce que nous échangerons, et de nos décisions.

Ce n’était très certainement pas habituel. Les Gardiens, d’après Maniel, n’étaient pas un cercle fermé, mais ils se consultaient entre eux et ne parlaient de leurs verdicts que si cela concernait toute la communauté. Or, dans le cas actuel, même si Edem était concerné malgré lui, il n’avait pas réellement besoin de savoir comment les Gardiens choisiraient d’agir.

Tout ce dont il avait besoin, c’était d’être en sécurité.

Et il l’était.

Cependant, il était trop impliqué pour qu’on le mette sur la touche, et il se sentit ému de voir qu’on le prenait au sérieux à ce point. Il tendit les bras à Maniel, lui quémandant de l’aide pour descendre de son perchoir. Il se sentait si fatigué qu’il tenait à peine sur ses jambes. Son petit-ami le soutint, l’entraînant sans un mot vers son loft. Les deux jeunes hommes s’y enfermèrent, laissant derrière eux les Gardiens et leurs discussions.

La suite ne dépendait pas d’eux.

Edem en avait bien assez fait.

—Tu veux t’installer où ? demanda Maniel sans le relâcher.

—Je voudrais qu’on aille au lit, murmura le jeune calandre, assommé d’épuisement.

—Ok, souffla le beau chat.

Il le conduisit vers l’escalier, l’aida à en gravir les marches. Ce ne fut pas facile, mais bientôt, Edem put se laisser aller sur les draps. Il frissonna, attira fermement son petit-ami à lui.

—J’ai froid, souffla-t-il. Serre-moi très fort contre toi, Mani.

Ce dernier déglutit de manière audible. Il n’en obtempéra pas moins, se glissant près de son compagnon pour l’étreindre amoureusement. Edem blottit son visage dans les plis du débardeur du beau chat, inspira profondément, se gorgeant de son parfum. Contre sa joue, il sentait les jeunes muscles de Maniel réchauffer ses chairs glacées.

Son cœur battait très vite.

Pourtant, ce rythme démentiel était apaisant.

Le jeune calandre sourit, se rapprocha encore de son petit-ami, cherchant dans ses bras la bulle protectrice dont il avait besoin. La tiédeur de Mani l’apaisa.

Sa présence le calma.

Il se laissa glisser dans le sommeil, serein et heureux.

Les ombres de sa vie semblaient avoir refoulé.

Il voyait enfin pleinement la lumière sur son chemin.

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