Calandre (French Edition)

Aurélie Chateaux-Martin · Chapitre 24 sur 62

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Calandre (French Edition)

Chapitre 73 : tarasques

 

Des coups frappés à la porte le ramenèrent brutalement à la réalité, le faisant sursauter bien trop fort.

—Trésor ? fit la voix de Maniel. Tout va bien ?

—Ou… oui ! bredouilla Edem, dont les joues s’étaient changées en pivoines.

Il acheva rapidement de se vêtir avant de sortir de la salle de bain. Maniel l’attendait en face de la porte, le dos appuyé nonchalamment au mur, les mains dans les poches de son jean déchiré et délavé. Quand il le vit, il lui offrit un immense sourire ravi, qui coupa le souffle à Edem.

—Allons déjeuner, balbutia ce dernier en enroulant vivement sa main au poignet de son petit-ami pour le traîner hors de son loft.

Dans son agitation, il n’avait pas du tout pris conscience du geste qu’il venait d’accomplir. Mani se laissa guider jusqu’au salon sans protester, et ce ne fut que lorsque le regard de Maric, dans la cuisine, tomba sur leur rapprochement qu’Edem réalisa qu’il tenait fermement son compagnon. Il le relâcha un peu trop vite, pourpre de confusion.

—Ah, heu… tu… tu déjeunes quoi ? bafouilla-t-il, dans tous ses états.

Se tournant vers Maniel, il s’aperçut que lui aussi avait rosi. Son sourire était un peu timide, mais très satisfait.

—Peu importe, lança ce dernier. Comme toi.

Sans chercher à négocier, Edem acquiesça et sortit de quoi manger. Le silence se fit un moment sur la cuisine, un peu pesant, jusqu’à ce que Maric se mette à parler. Bientôt, une douce animation régnait dans la pièce, un climat de pure camaraderie qui soulagea Edem.

Ensuite, les deux amoureux regagnèrent le loft en attendant midi. En repensant à sa conversation avec Collin la veille, le jeune calandre éprouva le besoin d’avancer dans sa vie, et de réaliser ces dessins qu’il lui avait promis qu’il ferait. Il en parla à Maniel, lui expliquant en mots balbutiants son projet, acceptant de lui en dire davantage sur ce qui lui était arrivé. Le beau chat semblait sincèrement inquiet, il était visible qu’il le croyait, et s’il posa quelques questions, il n’en fut pas intrusif pour autant, ce qui permit à Edem de se confier sans crainte.

—C’est une bonne idée, de les dessiner, conclut son petit-ami. Si tu t’en sens capable. Tu devrais montrer tes dessins à Adonn, ensuite. Il a des connaissances incroyables, et s’il n’a jamais entendu parler de ces créatures, il pourra toujours en toucher un mot aux autres Gardiens. D’après ce que tu me dis, il est possible que ces monstres se dirigent vers Lunel et finissent par nous causer des ennuis pour te retrouver, ça serait sans doute bien que les Gardiens soient préparés, non ?

Il n’y avait rien de culpabilisant dans son ton, ce qui détendit Edem, qui hocha la tête gravement.

—Oui, tu as raison, souffla-t-il.

—On s’y met, alors ? proposa Maniel.

Edem se contenta d’acquiescer courageusement. Les deux jeunes hommes sortirent papier et crayons, et chacun se plongea dans son art. Le jeune calandre réalisa rapidement qu’il était lui-même le sujet de l’esquisse de son petit-ami, ce qui le fit rougir atrocement mais, étrangement, lui donna le courage d’aller au bout de son croquis. Sous ses doigts un peu tremblants, naissait peu à peu le visuel d’une des créatures qui l’avaient attaqué quelques mois plus tôt.

Une tête de lion, qui n’avait pourtant ni la noblesse, ni la beauté de ce félin.

Un corps solide et épais comme celui d’un taureau.

Six pattes au lieu de quatre, courtes mais plus agiles qu’on ne l’aurait pensé, ressemblant à celles d’un ours.

Et, enfin, une queue similaire à celle d’un scorpion.

Le tout était loin d’être harmonieux, et rien que sur papier, cette image faisait peur. D’ailleurs, Maniel, en lançant un coup d’œil au croquis, ne put retenir un frisson anxieux.

—Tu as… vraiment été attaqué par ça ? souffla-t-il.

—Oui, expira Edem.

—Et ils étaient… plusieurs ? balbutia son compagnon.

Le jeune calandre opina sombrement.

—Je comprends que tu aies été terrifié à ce point, expira le beau chat. Perso, j’aurais viré cinglé, si j’avais été pourchassé par… par des trucs pareils !

Ses mots rassérénèrent un peu Edem, qui se sentit soudain compris. Ils lui donnèrent la force de prendre une photo de son croquis pour l’envoyer à Collin, puis de se lever pour rejoindre Adonn et les autres au salon. Mani, en le voyant faire, sauta sur ses pieds et lui tendit la main.

—Un peu de soutien ? lui proposa-t-il d’une voix tendre.

Edem, la gorge nouée, se contenta encore une fois d’acquiescer silencieusement.

Toute la famille se trouvait au salon, ce qui n’arrangea clairement pas le jeune calandre. Un peu affolé, il se retrouva planté dans la pièce sans oser parler, sous le regard attentif de tout le monde. Mani pressa doucement sa main avant de prendre la parole à sa place :

—Adonn, est-ce qu’on pourrait te voir seuls à seul ? proposa-t-il.

Edem s’en sentit un peu mortifié. Ce qu’il avait à montrer à l’adulte n’était pas secret, il ne voulait pas exclure les autres, surtout qu’Airy aussi, était un Gardien. Mais son petit-ami savait bien qu’il était plus que mal à l’aise, et que ça serait plus simple pour lui en petit comité.

Adonn se leva tranquillement, souriant aux deux jeunes hommes, avant de les inviter à le suivre dans la chambre d’amis, qui servait aussi de bureau.

—Je vous écoute, dit doucement le calandre en refermant la porte.

Maniel et Edem échangèrent un regard. Le second se sentait tout chose, et très angoissé, d’un coup. Son petit-ami tendit sa main libre comme pour lui proposer de récupérer le dessin qu’il froissait entre ses doigts. Soulagé de le voir prendre des initiatives, Edem lui céda la feuille.

—Edem a dessiné les monstres qui l’ont attaqué il y a quelques mois, expliqua le beau chat en donnant le dessin à Adonn. Je crois que tu es déjà au courant ?

Adonn fixa un instant le jeune calandre avant de hocher la tête gravement.

—Oui. Collin m’en a parlé, admit-il en reportant son attention sur le croquis.

Il se figea soudain, et Edem put voir dans ses yeux une lueur de crainte.

—Par tous les dieux ! souffla l’adulte.

Il resta un instant silencieux, contemplant l’esquisse, avant de relever les yeux vers les deux adolescents, dont les doigts s’étaient resserrés les uns sur les autres. Il inspira profondément, puis offrit un sourire tendu aux deux jeunes gens avant d’ouvrir la porte du bureau.

—Airy, mon chéri, tu peux venir, s’il te plait ? lança-t-il d’une voix un peu forte, mais complètement posée.

Il n’y avait pas une once de tremblement dans son ton, et pourtant il semblait secoué par le dessin. En attendant son compagnon, il se tourna à nouveau vers Edem et Maniel, poussa un lourd soupir.

—Ces créatures, ce sont des tarasques, expliqua-t-il sombrement. Elles n’agissent jamais par elles-mêmes. Elles ont une intelligence limitée, ce sont des bêtes, quoique surnaturelles. Elles ne possèdent pas de conscience humaine. Elles sont souvent utilisées par les démons, ou certains sans faction pas franchement fréquentables. Globalement, ce sont des chasseuses de prime, en quelque sorte, mais qui n’agissent qu’en suivant les ordres donnés. Leurs proies sont souvent des clans entiers, ou des surnaturels très dangereux ayant mis des bâtons dans les roues d’un autre clan, ou d’un groupe de démons…

Airy entra à ce moment-là dans la pièce, posa délicatement sa main sur la hanche de son compagnon, qui lui tendit la feuille.

—Par tous les dieux ! dit à son tour le nouveau venu.

Les deux hommes échangèrent un long regard.

—Il va falloir qu’on rassemble les Gardiens pour en discuter, souffla Airy.

Adonn hocha la tête gravement.

—Oui… murmura-t-il. En tous les cas, je crois qu’on sait, désormais, pourquoi les parents d’Edem l’ont abandonné.

Il poussa un lourd soupir. Airy secoua la tête, l’air navré.

—Je suis désolé, Edem, dit ce dernier. Apparemment, ta tête est mise à prix.

Figé de terreur, le jeune calandre contempla un moment les deux adultes avec horreur.

—Mais… pourquoi ? bredouilla Maniel en resserrant ses doigts sur les siens.

Adonn secoua à son tour la tête, Airy soupira.

—Nous ne pouvons pour le moment pas vraiment savoir ce qui s’est produit dans le passé, expliqua celui-ci. Mais il est fort possible que les tarasques soient à l’origine de la destruction de ton clan, Edem. Je suis… désolé.

Ces paroles choquèrent profondément l’adolescent, qui resta pétrifié de peur et de désarroi. Adonn s’approcha rapidement de lui, échappant à la poigne délicate de son compagnon. Il se plaça face à Edem, chercha son regard.

—Edem… sache que tu es en sécurité, ici, promit-il. Nous allons en parler aux autres Gardiens, établir une stratégie. Les tarasques ne devraient pas pouvoir pénétrer dans Lunel, de toute manière. La cité est protégée. Mais nous allons tout faire pour faire cesser cette folie, tu as ma parole. D’accord ?

Il lui offrit un sourire penaud. Edem inspira profondément, expira le plus lentement possible. Il s’accrocha un instant à la chaleur de la main de Maniel enserrant la sienne.

Cette douce pression remplie d’amour et de soutien, de même que le regard débordant de gentillesse et d’assurance qu’Adonn et Airy lui lançaient, le rasséréna.

Il avait une famille, désormais.

Un clan.

Des gens qui se souciaient vraiment de lui, qui le croyaient, qui ne le laisseraient pas tomber.

Qui le protègeraient.

Et ça, c’était profondément rassurant.

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