Calandre (French Edition)
Chapitre 76 : un petit-ami parfait
L’atelier s’était finalement très bien passé. Edem en était ressorti heureux d’avoir fait l’effort d’y aller. Il avait travaillé en quatuor avec Maric et Amalia sur un nouveau projet. Ilios leur avait demandé de figurer leur « muse ». Ils devaient le faire ensemble pour se poser des questions mutuelles, approfondir leur imaginaire et, surtout, si chacun devait figurer sa propre muse, il devait aussi tenter de percevoir celle des autres membres du groupe.
—C’est un exercice très intéressant, avait expliqué Ilios. Chacun a sa propre manière d’imaginer quelque chose qui n’a pas de « matière ». Voir comment les autres se figurent ce que nous imaginons nous permet d’affiner à la fois notre façon de le décrire, mais aussi d’affiner nos propres perceptions. On a parfois de grandes surprises, vous verrez !
Edem ignorait tout à fait comment représenter sa propre muse. Il n’avait jamais travaillé sur ce genre de thèmes, c’était donc très nouveau, pour lui. Pour dire la vérité, il n’avait jamais même pensé à personnifier son inspiration. Mais il n’en trouvait pas moins le concept fascinant, et exaltant.
Cela avait achevé de lui rendre son équilibre. Il s’était senti heureux d’être là.
En vérité, il s’y était senti à sa place.
Il était motivé pour avancer, plus que jamais. Et maintenant qu’il formait un couple avec Maniel… Eh bien, la simple idée d’aller à l’école le remplissait de joie et d’impatience.
Quand il était arrivé à l’école, vendredi en début d’après-midi, son petit-ami l’attendait dehors. D’habitude, chacun d’eux gagnait directement l’orangerie, où ils se retrouvaient. Mais là, Mani avait tenu à être présent pour Edem et à l’accueillir à l’entrée du bâtiment. Il s’était très visiblement retenu de lui offrir un câlin enthousiaste, ayant glissé ses mains dans ses poches pour ne pas lui sauter dessus, ce dont Edem lui avait su gré tout en ressentant… une forme de frustration.
Il adorait les câlins du beau chat, c’était une certitude.
Ce dernier l’avait salué, ainsi que Maric, puis avait sorti l’une de ses mains de ses poches et la lui avait tendue avec espoir.
Discrètement, pour lui laisser le choix.
Edem n’avait pas hésité. À gestes intimidés, il avait faufilé sa paume dans celle de son compagnon. Son cœur avait fait un véritable looping dans sa poitrine. Tous les deux avaient un peu rosi. Mais leurs doigts, loin de se détacher lors de cet accès d’embarras, n’avaient fait que se resserrer plus fort, s’étreignant avec émotion.
Oui, ce simple petit geste bouleversait le jeune calandre.
Cela bousculait son univers.
Cela le rendait heureux.
C’était ainsi qu’ils s’étaient rendus à l’atelier main dans la main. Personne n’avait commenté leur proximité. En fait, personne n’avait semblé étonné. Peut-être parce que c’était flagrant depuis un moment, que les deux jeunes hommes « s’appréciaient » un peu trop.
Peut-être aussi parce que Maniel avait prévenu le groupe pour que personne ne pose de question indiscrète ou ne fasse de réflexion gênante.
Edem n’en savait rien, et n’avait pas osé demander. Après tout, il profitait de cette quasi-indifférence que les autres leur portaient : il pouvait coller Mani tout son saoul sans déclencher aucun regard, aucun avis, rien.
C’était simple, facile, et cela faisait du bien.
Ce soir-là, Edem s’était senti comblé.
Et très rêveur.
Mani n’avait pas pu passer le voir, et il lui manquait atrocement, même s’ils s’étaient quittés depuis à peine quelques heures.
Il avait hâte de le revoir, déjà.
Il hésitait encore à assister à la sortie du dimanche, se sentant tout de même fatigué après cette après-midi si « agitée ». Il adorait le petit groupe d’artistes, si complice, si soudé, mais ils étaient tous relativement dynamiques, il fallait bien l’avouer.
Il était en train d’y penser quand il reçut un message de Maniel. Avant même de l’avoir lu, il souriait déjà comme un fou.
—Heyyyy mon p’tit cœur chéri ! Comment tu te sens ce soir ? Je suis dég de ne pas être avec toi :’( Tu as décidé pour dimanche, tu viens ? Je ne veux pas trop insister et te forcer. Mais j’avais une proposition à te faire. Si ça te tente et que tu le sens, sinon 0 forcing ! Je pensais que je pouvais venir te voir demain aprem. Ou alors tu viens chez moi, mais je crois que tu n’es pas trop prêt à te retrouver dans l’agitation de ma maison. Enfin, c’est comme tu préfères, je te propose les deux au cas où. Et doooonc, on dort ensemble demain, bien sûr en mode câlins, y’a pas d’entourloupe dans ma suggestion, hein, tu le sais ! On savoure la vie dimanche matin, et l’aprem on va à la sortie ensemble. Comme ça t’es avec moi, tu pourras te reposer sur moi au besoin, et on passe touuuuut plein de temps ensemble et ça serait trop bien ! T’en penses quoi ? tu peux aussi prendre le temps de réfléchir, 0 pression de chez 0 pression, trésor, hein ! Bref, je t’aime très fooooort <3
Malgré la légère anxiété que lui procuraient les mots de Maniel, Edem ne pouvait s’empêcher de continuer à sourire à s’en faire mal aux mâchoires. C’était plus fort que lui. Il adorait la bonne humeur et l’énergie immense que déployait le beau chat, et son envie d’être tout le temps collé à lui lui faisait énormément plaisir.
Il n’en prit pas moins le temps de réfléchir avant de répondre. Évidemment que les propositions de Mani le tentaient, cela allait sans dire ! Cependant, cela le rendait aussi un peu nerveux. Et très franchement, il avait du mal à supporter ses propres émotions, ses doutes continuels, cette fragilité qui le faisait sans cesse vaciller.
Il aurait souhaité que ça s’arrête.
Qu’il puisse profiter de la vie sans crainte.
Il avait une famille d’accueil pour l’épauler, des amis, un amoureux qui le chérissait profondément.
Il était heureux, et il aurait dû pouvoir avoir le droit de se détendre un peu !
Prenant une grande inspiration, il se lança, répondant à son petit-ami :
—Coucou Mani ! Oui, ça va, merci. C’était une belle journée, aujourd’hui. Même si c’est dur pour moi, je suis tellement… instable psychiquement. C’est très frustrant. Mais j’ai passé un très bon moment. Je suis juste fatigué, là. Je t’avoue que tes demandes m’angoissent un peu. Ce n’est pas de ta faute, et j’ai très envie de passer du temps avec toi. Alors oui, je suis d’accord avec ton programme, bien sûr ! C’est juste que je ne peux pas m’empêcher de stresser bêtement. J’aimerais tellement arriver à être plus serein… Je préfère que tu viennes chez moi en effet, si ça ne te dérange pas. J’aimerais beaucoup revoir ta famille, en fait. Mais c’est vrai que je me sens encore un peu trop agité intérieurement pour passer une soirée avec autant de monde. Et même s’ils ont tous l’air adorables et qu’ils m’ont vraiment bien accueilli, je ne les connais pas vraiment, et je préfèrerais prendre le temps de plus faire leur connaissance quand j’irai mieux. Si ça te va comme ça ?
Il envoya son message, le cœur battant un peu trop fort dans sa poitrine. Il espérait sincèrement que Maniel prendrait bien ses mots. En vérité, il n’en doutait pas tellement, mais une part de lui ne pouvait s’empêcher d’imaginer les pires scénarios qui soient.
Il se détestait, pour cela.
Heureusement, la réponse de Mani le rasséréna énormément :
—Loin de moi l’idée de te stresser, trésor. Je suis désolé que ça soit si compliqué pour toi de te détendre. Ne te mets pas la pression, ok ? Tu as le droit d’avoir besoin de temps. Et aussi d’espace. Tu as vécu des choses horribles, je ne sais même pas comment tu fais pour être encore debout après tout ça. Alors ne sois pas trop exigeant avec toi-même, d’acc ? Et puis je suis là pour toi. Je t’entends, je te comprends. Je te soutiens. Même si tu me disais « j’ai besoin de calme » ou « je voudrais être seul », je l’accepterais et je t’épaulerais du mieux que je le pourrais ! Pour en revenir à demain, aucun souci pour moi pour venir chez toi. Je comprends complètement ton point de vue. Les miens sont nombreux, affectueux, énergiques, et c’est vrai, tu ne les connais pas tellement. On fera les choses peu à peu, à ton rythme, mon p’tit cœur. Personne ne t’en voudra de préférer ta tranquillité. Donc, je viens chez toi ! Et puis ça sera encore mieux, parce qu’on aura plus d’intimité que dans ma chambre, clairement… C’est trop cool, j’ai hâte ! Ah, je ne dis pas ça pour des raisons, heu, triviales, on va dire, hein ! Juste parce que j’aime bien être seul à seul avec toi et profiter de nos câlins, de nos échanges, tout ça, quoi. Et pour dimanche, ce qu’on peut faire, c’est que si ça ne le fait pas pour toi d’aller à la sortie, on en parlera et on n’ira pas. On passera juste notre aprem ensemble, toi et moi <3 Et si tu en as envie, on ira, voilà tout ! Ça te va comme ça, poussin d’amour ? Oups, pardon, c’est rigolo, ça, « poussin d’amour », non ? XD C’est sorti tout seul :3 Bisous, mon cœur, je t’adore ! <3
Edem relut le message au moins quinze fois. Son cœur faisait absolument n’importe quoi dans sa poitrine. Il était aux anges.
Il se sentait chanceux.
Il allait passer un week-end, formidable, avec le meilleur petit-ami du monde.
Il lui tardait tellement demain…
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